Kenya : La circoncision passe avant le Covid-19

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Malgré l’interdiction des rassemblements et les mises en garde du gouvernement, les Bukusus ont décidé de maintenir les cérémonies de circoncision traditionnelles.

C’est un “clash des cultures”. D’un côté, les anciens de la tribu
bukusu et la tradition. De l’autre, le gouvernement kényan aux prises avec une pandémie. Entre les deux, un bout de peau sème la division.

Chez les Bukusus, dans l’ouest du Kenya, peu d’événements rivalisent
d’importance avec les cérémonies de circoncision. Tenues tous les deux ans entre les mois de juillet et décembre, elles symbolisent le passage de l’enfance à l’âge adulte pour les garçons “coupés” sans anesthésie.

Hautement ritualisées, les cérémonies rassemblent de larges foules qui accompagnent les “initiés”, plongés dans une eau glacée au petit matin avant d’être couverts d’argile et remis aux mains des circonciseurs.

Boisson, danse et chants

En juin dernier, les anciens de la tribu avaient accepté de reporter le rituel pour cause de Covid-19, conformément aux nouvelles règles interdisant les
rassemblements. “Les réjouissances s’accompagnent de contacts rapprochés, [les gens] boivent de la bière traditionnelle, chantent et dansent, [des activités] interdites par le ministère de la Santé”, concédait le chef des circonciseurs du comté de Bungoma, Sinino Wo Omukolongolo, cité par le journal kényan.

Mais, un mois plus tard, à l’approche de la saison des circoncisions, les anciens sont revenus sur leur décision. Compte tenu de l’importance du rituel et de la réouverture de l’économie, ils annoncent que les cérémonies n’ont aucune raison d’être annulées : “Le président a partiellement rouvert le pays, des gens vont à l’église pendant que d’autres voyagent dans les terres. C’est pourquoi nous procéderons aux cérémonies”, explique alors un parent, qui a suivi l’évolution de la saga dans le détail.

Respecter le calendrier

Les circonciseurs craignent également de voir “mourir les traditions” : après l’annonce du report des cérémonies, certains parents ont préféré envoyer leurs enfants à l’hôpital afin d’y être circoncis dans le respect du calendrier traditionnel.

Quelques jours plus tard, les entrailles d’une chèvre confirment le bien-fondé de la décision malgré les mises en garde du gouvernement. “Tous ceux qui enfreignent la loi seront traités sans ménagement. Personne ne devrait enfreindre la loi sous prétexte de culture et de traditions sans se préoccuper des conséquences”, avertit le responsable du comté Abdi Hassan.

Au début d’août, une trentaine de garçons ont finalement été soumis au rituel, accompagnés par la foule, malgré les promesses des circonciseurs de pratiquer les cérémonies dans le respect des consignes sanitaires, rapporte la chaîne kényane NTV. Vu du comté de Bungoma, la menace du virus semble très lointaine : “Nous ne connaissons personne qui est mort du virus ici”, explique un jeune homme à l’agence de presse étatique, Kenya News Agency.

L’annonce des cérémonies a provoqué la colère du ministre de la Santé, Mutahi Kagwe, qui a promis des sanctions : “Ceux qui pratiquent la circoncision avec toute sorte de gadgets et tuent nos enfants seront tenus entièrement responsables, a-t-il martelé en conférence de presse. C’est une cérémonie importante, nous le savons, certains d’entre nous sont passés par là, mais il n’est pas question de tuer des gens au nom de la tradition. C’est bien, c’est important, mais ça ne justifie pas de mourir.

Daily Nation