Kervignac (56) : Stage de survie mortel, l’organisateur placé en détention

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Ce vendredi 14 août 2020, le Parquet de Lorient annonce le décès, survenu le mardi 11 août, du jeune Parisien de 26 ans, intoxiqué samedi 8 août, lors d’un stage de survie en forêt, à 20 km de Lorient (Morbihan), à Kervignac.

L’organisateur de ce stage a été déféré ce vendredi 14 août puis présenté au juge d’instruction. « Il a été mis en examen des chefs d’homicide involontaire, de blessures involontaires, de faux et usages de faux et de détention illégale d’armes. Il a été placé en détention provisoire », annonce le vice-procureur Michel Giraudet.

Huit personnes dont un enfant intoxiquées

Il retrace le drame, survenu ce samedi-là. À 23 h 30, les gendarmes de la compagnie de Lorient se rendaient sur le site. « Sur les 12 participants, 8 présentaient des symptômes d’intoxication alimentaire caractérisés principalement par des vomissements. Un des participants était en arrêt cardio-respiratoire. 7 des 8 personnes, dont un enfant, étaient conduites au centre hospitalier de Lorient. » Sept des personnes en étaient sorties sans séquelle le lendemain ; le jeune Parisien étant alors toujours dans le coma.

Une plante de même famille que la ciguë

Les premières investigations ont établi que l’intoxication était due à la consommation d’une préparation à base de plantes incorrectement identifiées comme des carottes sauvages « alors qu’il s’agissait d’œnanthe safranée, plante de même famille que la ciguë dont la consommation peut être mortelle même à faible dose ».

L’organisateur a été placé en garde à vue jeudi 13. La réalité des qualifications qui seraient les siennes « fait malheureusement défaut », retient le parquet. L’enquête a démontré « qu’il avait laissé les stagiaires consommer le végétal incriminé sans vérifier son innocuité alors même que ce produit lui avait été dûment présenté. »

« Ulysse, ce jeune de 26 ans qui a été intoxiqué, a commis une erreur en ingérant cette plante que je n’avais pas autorisée et en la cuisinant pour d’autres », précise John Malardé, organisateur du stage à Ouest-France.

Interrogé par nos confrères, un des participants conteste cette version des faits : « John Malardé a désigné cette plante comme étant de la carotte sauvage comestible. Nous l’avons cuisinée devant lui. Nous avons tous été très malades, hospitalisés. Tous victimes de vomissements, de troubles de la vue, de paralysie, perte de conscience… C’était violent. »

Ouest-France

Jusqu’alors prisés par les entreprises pour la cohésion de groupe, les stages de survie en milieu hostile tentent de plus en plus de particuliers en Bretagne. La preuve dans le Morbihan, où l’ancien militaire John Malardé encadre des journées et week-ends à Kervignac et Port-Louis depuis deux ans et demi.

En novembre dernier, le stage « boot camp commando », sur les rives du Blavet à Caudan (Morbihan), a réuni des Parisiens, des Normands et quelques Bretons. Le principe ? « Ils ou elles arrivent propres. Ils ou elles repartent bien sales mais avec le sourire ! ». John Malardé, 45 ans, est à la manoeuvre. En juillet 2015, l’ancien militaire de l’armée de terre, engagé sur 47 missions dans 57 pays (ex-Yougoslavie, Irak, Somalie, Zaïre, Togo, Bénin…), a profité de ses nouvelles bases morbihannaises pour se lancer dans les stages de survie, à destination du grand public.

Cadres, avocats, médecins…

« J’étais déjà instructeur jungle en milieu hostile dans l’armée. J’avais envisagé de travailler ensuite avec les scouts mais ça n’a pas pris. La demande est en fait tout de suite venue des particuliers. Des Belges, des Suisses, des Espagnols, des Italiens et, pour la France, des gens de Paris, Lyon, Bordeaux, Carcassonne, pour qui la Bretagne apporte une image de calme et de propreté ».

500 clients, à raison de quinze personnes par stage, ont déjà tapé à la porte de son entreprise individuelle Aïto Survivor, la dernière née d’un marché qui compte peu d’acteurs locaux. Le profil type : « Des médecins, des avocats, des agents immobiliers, parfois seuls, parfois en couple ou en famille. Ils veulent quitter le stress de la ville pour réapprendre à se débrouiller par eux-mêmes, au contact de la nature », explique le natif de Polynésie.

Je fais de la survie utilitaire, dont ils apprendront à se servir ensuite

Pour l’accompagner dans son aventure, John Malardé a pu compter sur des propriétaires privés. « J’utilise 22 hectares de bois et de pâtures que j’entretiens, à Kervignac. J’ai aussi accès à un bâtiment en ruine, à Locmiquélic, sur lequel je propose davantage les stages de survie en zone catastrophe ». À chaque fois, le même rituel. « Les stagiaires arrivent avec leur paquetage. Je leur fournis la tenue de camouflage obligatoire et le programme. En deux jours, ils vont devoir se débrouiller pour se chauffer, se nourrir et s’orienter. Ce que je leur propose n’a rien d’académique. Je fais de la survie utilitaire, dont ils apprendront à se servir ensuite », précise l’instructeur, qui a déjà vu des stagiaires venir jusqu’à neuf fois. « Au niveau 1, on voit les bases, au niveau 2, on bouge le campement, au niveau 4, on simule des situations d’attaque, avec un kidnapping en pleine nuit ».

Pour les enfants aussi

« À jour dans le milieu de la sécurité », John Malardé répond aujourd’hui aussi à des demandes ponctuelles de conseils en entreprise. « L’effet attentats n’y est pas étranger », assure-t-il. Autre corde à son arc : des apparitions télévisées, avec une contribution sur l’émission « E = M6 », et une autre sur « SOS ma famille a besoin d’aide » (NRJ12), qui se prolongera en 2018.

« Encadrer des jeunes, ça me parle. Je suis de plus en plus sollicité par des établissements scolaires ou même des communes. J’adapte aussi mon stage survie aux enfants, avec une version petits débrouillards pendant les vacances scolaires ». Dernier projet, et pas des moindres : dans le courant de l’année, John Malardé compte emmener deux groupes adultes aguerris tester leurs réflexes en Amazonie. « Et là, on sera dans la totale survie ».

Le Télégramme

5 Commentaires

  1. Ce qui marche aussi du tonnerre (de Brest, bien entendu), ce sont des stages d’initiation au chamanisme.

  2. Les “stages de survie en milieu hostile”?
    Bof bof, en deux jours, même en forêt en novembre, on ne risque pas de crever, ni de faim ni de froid. Que d’émotions pour les urbains dont la vision de la nature s’arrête à Jardiland.

  3. Déjà le bulot, sans GPS, il est paumé, avec une carte routière c’est panique à bord, alors en pleine nature….

  4. Je n’ai jamais fait partie des forces spéciales, mais dans ma carrière militaire j’ai appris un truc, que j’ai également appris à mes gars : “chose inconnue, touche à ton cul !”

  5. Avant même de savoir différencier la carotte sauvage comestible de la carotte sauvage cigüe (il me semble que la deuxième sent le pipi de chat mais je ne m’y risquerais pas), il est vital de distinguer l’escroc marronnasse : si celui-ci a un certain potentiel pour vous éloigner de la civilisation, on voit ici qu’il n’est pas forcément capable de vous y ramener. Je ne confierais pas ma vie à l’héritier d’une peuplade qui s’est si mal démerdée au stade de la survie qu’elle n’en est jamais sortie seule, et qui “connaît” si bien la nature qu’elle y est restée soumise jusqu’à ce que des Européens mettent leur grain de sel là-dedans, soit très récemment à l’échelle génétique. Je ne le ferais pas en général, je ne le ferais pas forcée dans la jungle, alors pour jouer dans un bois du Morbihan…

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