La Chapelle-Saint-Laurian (36) : Mamadou Fofana, un apprenti maçon malien menacé d’expulsion, “Un apprenti aussi motivé que lui ? Je n’en ai jamais vu”

La Chapelle-Saint-Laurian. Sylvain Auger a recruté Mamadou Fofana, 17 ans, en apprentissage. Dans trois mois, ce jeune migrant sera menacé d’expulsion du territoire.

Des apprentis aussi motivés que lui ? Je n’en ai jamais vu, concède Sylvain Auger, maçon et maire de la commune de La Chapelle-Saint-Laurian. Ce jeune homme, c’est Mamadou Fofana, un Malien, arrivé en France en 2019. Dès son plus jeune âge, cette motivation était déjà présente : « Mon père avait un ami qui était maçon. À un moment, ils sont allés manger, j’en ai profité pour continuer de bâtir le mur mais j’ai fait n’importe quoi, je n’avais pas mis les joints correctement, j’ai tout mélangé », plaisante-t-il dans la cuisine de son patron actuel.

Un voyage en enfer à travers le Sahara et la Méditerranée

Une joie de vivre communicative qui n’est pourtant pas représentative de ses dernières années. Il a fui son pays avec son père à l’âge de 16 ans. La guerre, le système politique, l’invasion des pilleurs dans les villages sont quelques-unes des raisons du départ du binôme vers un autre continent.

Comme beaucoup de migrants, Mamadou Fofana traverse le Sahara pour rejoindre la Libye et sa capitale Tripoli : « Il y avait des contrôles partout, et si tu n’avais pas d’argent, ils te rackettaient. Seuls les enfants n’étaient pas fouillés. Très souvent les parents glissaient l’argent dans les vêtements des enfants », se souvient-il. Puis il y a la traversée de la Méditerranée, un souvenir encore trop brûlant pour qu’il en parle lui-même. « Ils ont traversé sur un zodiac, un petit bateau pneumatique, ils étaient très nombreux apparemment », raconte Sylvain Auger. Son père meurt noyé. Sans aucun repère, il poursuit ce voyage de l’enfer vers l’Italie puis la France, à Lyon, avant de prendre un dernier train pour Châteauroux. 

« J’ai dormi dans la gare pendant deux jours à mon arrivée », rappelle-t-il. Lyon, il doit justement y retourner ce vendredi. « On va à l’ambassade du Mali ensemble, sûrement pour demander un titre de séjour, on ne sait pas vraiment… souffle Sylvain Auger. En terme d’accompagnement c’est vraiment limité. » « On lui a dit qu’il devait se rendre là-bas à 10 h, mais on n’envoie pas un gamin de 17 ans prendre le train tout seul dans une ville qu’il ne connaît pas du tout », s’emporte Nathalie Auger.

Son mari va prendre sa journée pour l’accompagner. « Au mois de juin, il aura 18 ans, et il sera menacé d’expulsion. Je ne veux pas qu’on se retrouve dans cette situation, c’est pour cette raison qu’on doit s’occuper des papiers rapidement », prévient-il, empreint d’émotion devant un gamin à qui il s’attache de plus en plus. Depuis septembre, moment où Mamadou Fofana débute son apprentissage, le jeune homme vit chez la famille Auger. Il récupère le mobil-home situé dans la cour de la maison de son patron : « Ça lui permet d’avoir un peu d’intimité », explique Nathalie Auger – et de ne pas déranger les dormeurs lors de ses excursions matinales. « Il part courir tous les deux jours à 5 h du matin ! Je ne sais pas comment il fait, ajoute-t-elle. Lorsque Sylvain part faire du vélo, il le suit aussi. »

Mamadou Fofana a de l’énergie à revendre et de l’affection à n’en pas douter. « On s’occupe de nombreux enfants à la maison, ils sont toujours avec lui, ils veulent tout le temps jouer avec Mamadou », sourit son patron, un brin jaloux. Une intégration idéale dans une commune de La Chapelle-Saint-Laurien que Mamadou Fofana apprécie : « Je vivais déjà en pleine campagne au Mali, j’ai l’habitude. » « C’est dingue, enchaîne Sylvain Auger, je ne pensais pas qu’un jour je prendrais un migrant chez moi, je ne voyais ça qu’à la télé… »

La Nouvelle République