La Chine peut-elle sauver le Liban ?

Temps de lecture : 2 minutes

Oubliez les États-Unis, la France et les pays arabes du Golfe, et tournez-vous vers Pékin : c’est le leitmotiv que l’axe pro-iranien ne cesse de scander au Moyen-Orient.

La volonté américaine de se retirer du Moyen-Orient n’a pas seulement laissé la porte ouverte à la Russie et aux puissances régionales pour occuper le terrain et en tirer avantage. Aujourd’hui, c’est la Chine qui semble le candidat favori des pays et mouvements.

Aujourd’hui, c’est la Chine qui semble le candidat favori des pays et mouvements antiaméricains pour investir le Moyen-Orient. Pour contrer les sanctions américaines sur l’Iran et la Syrie, un accord économique et militaire entre Téhéran et Pékin, capable de redonner un nouveau souffle à la République islamique, devrait bientôt voir le jour.

Et au Liban, le secrétaire général du Hezbollah (mouvement chiite pro-iranien) appelle Beyrouth, depuis le mois de juin, à rejeter l’Occident et à “se diriger plus à l’Est”. Pékin, selon le site officiel iranien Parstoday, s’est félicité d’une telle initiative, faisant miroiter de nombreux projets qui peuvent aider le pays du Cèdre.

Or l’explosion qui a détruit ce 4 août des pans entiers de Beyrouth, donnant le coup de massue à une économie déjà à bout de souffle, a poussé le quotidien libanais Al-Akhbar, considéré comme proche du Hezbollah, à ouvrir le débat sur les nouvelles alliances que le Liban doit mener.

Faire appel au Hezbollah

Dans son éditorial, le directeur du quotidien, Ibrahim Al-Amine, incite le
gouvernement libanais à se tourner vers la Chine : “‘Le gouvernement fait ce qu’il peut pour résoudre les problèmes.’ Voilà ce qu’ont expliqué les sept ministres qui ont répondu aux questions des journalistes. Le souci, c’est qu’avant de résoudre les problèmes, ils jacassent, comme tous les Libanais.

C’est ce qu’on a vu ces deux derniers mois, avec des ministres qui confient en privé leur lassitude…

Le journaliste poursuit : “Qu’attend-on pour demander l’aide de la Chine pour la reconstruction ? Avons-nous peur que les Américains, les Européens ou les pays du Golfe rajoutent une énième couche de sanctions économiques ? Les aéroports de New York, de Londres ou de Paris seraient-ils tellement plus modernes que celui de Shanghai ?

Rares sont ceux qui ont ravalé leur orgueil et se sont rendus à l’évidence : ils sont impuissants, et la seule chose qu’ils peuvent faire est d’en appeler au Hezbollah. Lui seul peut empêcher le gouvernement de sombrer.

Le “marchand d’armes” français

L’éditorial conclut sur une note antioccidentale et antisaoudienne : “S’il y en a, parmi les ministres, qui tiennent à se ranger derrière les Occidentaux, grand bien leur fasse, mais qu’ils nous laissent vivre notre vie sans nous obliger à adopter leur système de valeurs morales méprisables. Pourquoi aucun ministre libanais n’a-t-il encore été envoyé en Chine pour s’enquérir des moyens de coopération ?

La France n’ose pas prendre de mesures contre l’avis des Américains, et nous envoie un marchand d’armes en habit de ministre des Affaires étrangères [JeanYves Le Drian, venu à Beyrouth le 23 juillet] pour nous donner des leçons sur les réformes à faire.

Peut-être le Premier ministre libanais attend-il un signe de Mohamed ben Salmane, l’ours déchaîné saoudien. Mais comment croire que celui-ci se préoccupe du devenir d’une poignée de Libanais alors qu’il est indifférent au sort de millions de Yéménites? Faut-il rappeler au Premier ministre les difficultés des pays du Golfe, où des centaines de milliers d’employés étrangers sont renvoyés, dont beaucoup de Libanais ?

Al-akhbarا