“La Chute de la maison Balkany”, la saga des “Thénardier” de Levallois-Perret

Diffusé sur France 5, mardi 29 juin, La Chute de la maison Balkany décrypte l’ascension et la chute d’Isabelle et Patrick Balkany, couple politique hors norme qui a défrayé la chronique pendant près de quarante ans.

Patrick et Isabelle Balkany ont rythmé la vie politique française durant quatre décennies. De leur ascension dans les années 1980 au feuilleton judiciaire de 2019, La Chute de la maison Balkany (1) revient sur une saga politique hors norme, faite de succès électoraux, d’excès, de scandales financiers et de jeu de cache-cache avec la justice.

Réalisé par Félix Seger, le film remonte aux origines de leur parcours afin d’en dévoiler la mécanique. S’appuyant sur des archives et les témoignages de proches, de magistrats, d’opposants et de journalistes d’investigation, le documentaire de 90 minutes décortique le système mis en place par le couple à Levallois-Perret. Il raconte la fuite en avant d’un duo, qui jusqu’au bout s’est cru intouchable.

1975, le coup de foudre

Elle est née avec «une cuillère en or dans la bouche». Issue d’une famille de commerçants juifs de Tunisie, Isabelle Smadja grandit dans un vaste hôtel particulier de 3000 m² du XVIe arrondissement de Paris, et se rend à l’école en Rolls avec chauffeur. Élève brillante, elle décroche le bac à 16 ans et se lance dans le journalisme. Embauchée par son oncle Henri Smadja, patron du journal Combat, la jeune femme est initiée au métier par le rédacteur en chef, Philippe Tesson. Ce dernier lui ouvre également les portes de la politique et lui confie la direction de sa campagne aux législatives de 1968. Excellente communicante, elle est ensuite nommée directrice de la com’ d’Europe 1.

Patrick Balkany fête sa victoire de maire de Levallois-Perret avec son épouse, Isabelle, le 8 mars 1983.
William Karel / Getty Images

Lui est fils d’un entrepreneur hongrois qui a fait fortune dans le prêt-à-porter. Patrick Balkany, autodidacte touche-à-tout, préfère briller dans le sport ou le cinéma que dans le monde des affaires. Évoluant dans le même milieu, le séducteur ambitieux rencontre la brillante communicante en décembre 1975. Ils se plaisent aussitôt et se marient trois mois plus tard en avril 1976. Habités par la même envie de réussir, ils se jettent dans l’aventure politique au côté de Jacques Chirac, qui vient de créer le RPR. Patrick Balkany y fait la rencontre de Nicolas Sarkozy, dont il partage les origines hongroises, et de Charles Pasqua, qui va devenir son mentor. En 1978, ce dernier envoie le jeune loup se faire les dents sur le terrain des législatives. Parachutés à Auxerre, le jeune candidat et sa directrice de campagne perdent l’élection, mais trouvent leur voie.

Direction Levallois-Perret

Convaincu par les qualités du couple, la direction du RPR leur confie une nouvelle mission : ravir aux communistes la commune de Levallois-Perret. Dans ce bastion ouvrier dont l’histoire est liée à celle des usines Renault, l’opération s’avère délicate. Suivant le conseil de son épouse selon laquelle tout électeur est un consommateur, le candidat RPR se lance dans une véritable opération de séduction. Dans leur QG de campagne situé à deux pas de la mairie, ils reçoivent les habitants qui viennent exposer leurs problèmes. Emploi, place en crèche, logement, une fois élu, le candidat promet de trouver des solutions. La stratégie s’avère payante. En mars 1983, Patrick Balkany obtient 51% des voix et remporte le scrutin dès le premier tour. Leur carrière politique lancée, l’édile et sa femme ont trouvé leur fief, ils ne le lâcheront plus.

La folie des grandeurs

Isabelle Balkany accompagne Marlène Schiappa dans le soutien aux jeunes parents célibataires à Levallois-Perret, le 18 septembre 2018.
Georges Mérillon / Getty Images

Sous leurs mandats, la commune ouvrière se transforme en ville bourgeoise et en paradis pour les promoteurs immobiliers. La ville devient alors une véritable «machine à cash», comme le démontre le documentaire. Fausses factures, abus de biens sociaux, évasion fiscale, prise illégale d’intérêts, durant près de trente ans, Patrick et Isabelle Balkany vont échapper à la justice et céder à la folie des grandeurs. Une luxueuse villa aux Antilles, un somptueux riyad à Marrakech, une demeure normande évaluée à 4 millions d’euros… le train de vie du couple ne cadre pas avec ce qu’il déclare aux impôts. Mais ce sont les révélations de leur ancien allié, Didier Schuller, ex-directeur de l’office HLM des Hauts-de-Seine, qui va permettre au parquet national financier d’ouvrir, en 2014, une enquête pour fraude fiscale. Ces frasques leur valent peu à peu le surnom de «Thénardier de la République française».

Un feuilleton judiciaire

Après cinq ans de travail minutieux, les enquêteurs découvrent le montage financier complexe mis en place par les Balkany pour échapper au fisc. Commence alors un long feuilleton judiciaire pour les époux septuagénaires. Le 13 septembre 2019, Patrick Balkany est condamné à quatre ans de prison et aussitôt incarcéré à la prison de la Santé, à Paris. Absente du tribunal, son épouse affaiblie par une tentative de suicide, écope d’une peine 3 ans de prison, sans mandat de dépôt. Tout deux sont privés du droit de gérer une société et frappés d’inéligibilité pendant dix ans. Sorti de prison pour des raisons de santé et placé sous contrôle judiciaire, l’ancien maire de Levallois-Perret a de nouveau été mis en examen en février 2021, pour «prise illégale d’intérêts» et «abus de biens sociaux». Ce 26 juin, Isabelle Balkany s’est également vu retirer sa légion d’honneur, d’après une décision publiée au Journal Officiel.

Indestructibles

Après avoir été jugés et mis au banc de la vie politique, les époux Balkany continuent de se rendre chaque dimanche au marché de Levallois-Perret. Une façon pour eux de continuer à exister publiquement. «C’est un couple qui est resté indestructiblement lié. Malgré les avanies, malgré les trahisons, malgré le temps qui passe, malgré les infidélités, malgré les problèmes politiques, c’est un couple comme il n’y en a pas eu deux dans la vie politique française», résume Gérard Davet, journaliste d’investigation au Monde.

Le Figaro

(1) À voir sur France 5, le 29 juin à 20h50.