La Croatie devient le 5e client export du Rafale

Ce nouveau succès ne surprendra pas les lecteurs d’Air&Cosmos. Car dés le mois de février nous annoncions que l’offre française avait la faveur des autorités Croates

L’axe pétrolier 

Après plusieurs mois de tergiversations politiques et financières, dues au séisme de décembre 2020, Zagreb vient d’écarter le F-16V de Lockheed Martin, en faveur du Rafale, qui remporte ici son premier appel d’offres. Les précédents contrats étant effectivement passés en gré à gré avec l’Etat français. Ce contrat estimé à 930 millions d’euros comprend 12 Rafale F3R de seconde main (ou plutôt “rôdés” comme aiment à le souligner malicieusement les pilotes de l’Armée de l’Air), ainsi que la formation, la maintenance et l’armement. La décision officielle devrait être annoncée le 28 mai 2021, le jour de la fête des forces armées Croates. Une décision qui constitue également une rupture géostratégique pour ce pays, très longtemps soutenu par le monde germanique. Mais une rupture rationnelle car le Rafale est également le garant de la souveraineté des futures puissances énergétiques de la Méditerranée orientale que sont la Grèce et l’Egypte. Or Zagreb dispose d’une expertise recherchée dans le domaine de la prospection et de l’exploitation des hydrocarbures, qui lui ont permis jadis d’être un acteur prépondérant au sein de l’industrie pétrolière libyenne. C’est ce qui explique sa récente alliance stratégique avec Le Caire et Athènes. Ces trois clients du Rafale qui ont également en commun de partager un lourd passif avec la Turquie, garantiront donc aussi, et selon toute probabilité, une partie de l’autonomie énergétique de la France. 

Les termes du contrat 

Issu du parc de l’Armée de l’Air et de l’Espace, un premier lot de 6 appareils sera livré en 2024 et le second en 2025. Dassault Aviation garantissant un potentiel de 9000 heures par appareil. Le plus âgé fêtera ses 10 ans en 2024. Pour permettre la réussite de cette transaction, Paris aurait offert un paiement différé sur plusieurs années. Aucune information sur la présence du missile Meteor dans ce lot n’a été divulguée. Toutefois dotée de cet appareil, la Croatie pourra le faire évoluer vers les futurs standards F4 et F5 pour bénéficier des technologies caractéristiques des avions de cinquième génération comme la fusion de données, le combat collaboratif et l’intelligence artificielle (automatisation de certaines tâches chronophages pour le pilote, maintenance prédictive, reconnaissance de formes …). Lockheed Martin avait proposé 12 F-16V pour un montant de 1,5 milliards d’euros, une somme dissuasive pour Zagreb malgré sa proximité avec les Etats-Unis.

Rafale vs MIG-29 

La Croatie va donc pouvoir mettre à la retraite ses antiques MIG-21 bis/UM en fin de potentiel. Les Rafale seront, en toute logique, basés à Pleso, l’antre des Fishbed. Cet achat va aussi permettre à la Croatie de reprendre l’ascendant sur la Serbie, qui dispose désormais de 14 redoutables MIG-29 9.13, cédés par Minsk et Moscou avant leur modernisation en Biélorussie. Un autre batch étant planifié prochainement. Et ce alors que les tensions entre les deux anciens belligérants sont de retour depuis plusieurs mois et les poussent à réaffirmer leurs alliances respectives. En outre, les Russes ont mené pendant des années des études de vulnérabilités sur le F-16 en se concentrant moins sur ses systèmes que sur sa cellule et sa cinématique pour le plus grand bénéfice des évolutions apportées à leurs avions de combat. Faire le choix de l’avion français était donc aussi pour la Croatie un moyen de conserver l’avantage, et de se ménager un plan B face aux ambiguïtés américaines.

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