La Croatie obligée d’avouer des violences policières contre les migrants

Un consortium de journalistes a mis en évidence la semaine passée des pratiques violentes de la police croate, qui refoule des migrants vers la Bosnie-Herzégovine. Face à ces actes illégaux, Zagreb parle d’« infraction individuelle ».

Voilà cinq ans que le gouvernement croate niait toute responsabilité dans les violences faites aux migrants à sa frontière avec la Bosnie-Herzégovine. Face aux accusations, aux rapports médicaux attestant d’hématomes chez les ressortissants d’Afghanistan, du Pakistan ou de Syrie rebroussant chemin sur la route des Balkans, en provenance de Croatie, Zagreb accusait même ces personnes d’utiliser du « sirop de cerise » pour maquiller de fausses blessures.

Grâce à un consortium de journalistes d’investigation de plusieurs pays, ce mur de silence vient de se briser. Lighthouse Reports, c’est son nom, a publié une vidéo, mercredi 6 octobre, montrant des hommes armés, à cette frontière au sud-est de la Croatie, en train de matraquer des migrants. Dissimulés par des cagoules et des uniformes sans insignes, les auteurs des coups avaient le pistolet de service et la matraque de la police croate. « Il s’agit de trois policiers, membres de nos forces d’intervention », a fini par admettre le chef de la police, Nikola Milina, confronté aux images accablantes.

La Croatie n’est pas le seul pays membre de l’Union européenne (UE) à user de violence avec les migrants qui arrivent aux portes de l’UE. Le consortium de journalistes pointe également des cas de « pushback » (refoulements illégaux) en Roumanie ou en Grèce. Le gouvernement de Zagreb, lui, a ouvert une enquête, et suspendu les agents qui auraient agi « durant leur horaire de travail mais de façon autonome », selon Nikola Milina. « C’est un comportement inacceptable », a condamné le ministre de l’intérieur, Davor Božinović, qui parle « d’une infraction individuelle commise par plusieurs policiers ». « Nous n’avons pas filmé quelques pommes pourries », rétorque, sur Twitter, Lighthouse Reports qui, comme les ONG de défense des droits de l’homme en Croatie, peine à croire la version des autorités : « La violence à la frontière bosno-croate est systémique. »

Depuis 2016, année où la route des Balkans a été fermée, la frontière méridionale de la Croatie a connu plusieurs cas de pushbacks, parfois tragiques. En 2017, une fillette afghane de 6 ans, Madina Hussiny, est morte renversée par un train alors qu’elle longeait des rails, avec sa famille, pour regagner la Serbie, après avoir été refoulée par la police croate. Aucune responsabilité n’a été établie. L’année suivante, la défenseure croate des droits des citoyens a déploré ne plus avoir accès aux vidéos enregistrées par la police lors de ses interventions avec des migrants. À chaque demande officielle, la réponse est la même : les images ont été effacées par erreur […].

En 2018, la Commission européenne a alloué 6,8 millions d’euros à Zagreb pour l’inspection de ses régions frontalières, tout en appelant de ses vœux un mécanisme de contrôle des policiers frontaliers, financé à hauteur de 300 000 € […].

La Croix