La Désobéissance fertile pousse aux portes de la Dordogne

Jonathan Attias, auteur d’un best-seller militant, et sa famille ont quitté Chasteaux, en Corrèze, pour créer le Croissant fertile, un paradis pour les habitats légers, à un jet de pierre de Piégut-Pluviers

Ils ont quitté le décor d’un roman de Tolkien en Corrèze pour embrasser celui d’un roman de Christian Signol aux portes de la Dordogne. Chevilles ouvrières du sauvetage des cabanes de Chasteaux (19), longtemps menacées de démolition, l’enseignant et journaliste Jonathan Attias, auteur du best-seller prônant « La Désobéissance fertile » (1), sa femme Caroline Perez et leurs deux filles, Lia et Mani, ont déménagé en juillet 2021 sur les hauteurs de Marval, en Haute-Vienne, à un jet de pierre de Piégut-Pluviers (Dordogne), patrie des jeunes collapsologues de La Suite du monde. La famille, qui a fait le deuil d’une vie citadine depuis trois ans, a jeté son dévolu sur un terrain agricole de 10 hectares acheté, par l’entremise de l’association, à Éric, un voisin éleveur de bovins qui cherchait à passer la main à « un porteur de projet alternatif ».

Jonathan Attias et Caroline Perez ont participé au sauvetage des cabanes de Chasteaux, en Corrèze, avant de déménager à Marval, aux portes de la Dordogne. archives AFP

Après l’avoir baptisé « Croissant fertile » en référence à la région du Moyen-Orient qui a vu naître l’agriculture, elle y a installé un mobile-home d’occasion qui était à vendre à quelques kilomètres de là pour une bouchée de pain. Rien de très vaste, ni de très luxueux. Dans la cuisine, comme dans le reste de l’habitation, les mètres carrés sont comptés à tel point qu’une partie de la vaisselle doit être rangée dans un meuble placé à l’extérieur du mobile-home. Mais l’endroit est suffisamment fonctionnel pour que personne ne se marche sur les pieds. « On a refait le sol et repeint un peu les murs », explique Caroline, déterminée à importer à Marval un peu de l’atmosphère bucolique qui imprégnait la maison autoconstruite de Chasteaux.

Les panneaux solaires ne sont pas encore installés, mais cela ne saurait tarder. En attendant, la famille s’éclaire tant bien que mal à la pile ou à la bougie. Un pis-aller dont s’accommode tout le monde, à commencer par les amis de passage sur les terres du Croissant fertile. « Cela donne une ambiance particulière », se félicitent Miguel, 41 ans, et Morgan, 31 ans, invités l’un et l’autre à venir découvrir le dernier bébé de la famille Attias, une yourte de huit mètres de diamètre et de 50 m² au sol, montée en un week-end avec l’aide de 18 volontaires venus de France et de Navarre. « On aurait aimé pouvoir participer au montage, mais ce n’était pas possible, explique Miguel avec un accent qui lui vient tout droit de sa terre chilienne. On fera en sorte de se libérer pour monter la prochaine. »

Laboratoire

À l’instar du mobile-home et de la yourte posés sur l’herbe de la prairie, « d’autres formes d’habitat léger viendront peupler le Croissant fertile », annoncent Caroline et Jonathan, qui veulent faire de leur nouveau nid un laboratoire de la « Désobéissance fertile » et de « l’aggradation », deux concepts savants pensés comme autant de leviers d’action pour créer un nouveau modèle de société respectueux de l’environnement. Le hasard faisant bien les choses, la Commune imaginée du Bandiat, créée à l’initiative de La Suite du monde, vient d’acquérir pas moins de sept hectares de terres. À moins de 50 m du Croissant fertile de Jonathan et de Caroline. Une aubaine pour le débat d’idées qui ne devrait s’en trouver que plus fécond.

« D’autres formes d’habitat léger viendront peupler le Croissant fertile »

La désobéissance, quèsaco ?

La Désobéissance fertile ne consiste à rien d’autre qu’à faciliter le retour de la vie sur des terres agricoles épuisées, acquises ou cédées via un bail d’usage. Comment ? En creusant des mares, en construisant des ruches ou encore en replantant des espèces d’arbres en voie de raréfaction : c’est ce qu’on appelle « l’aggradation », qui vient contrebalancer l’inclination à penser que l’homme doit limiter la dégradation de son environnement, sans chercher à le régénérer. Pour faciliter cette « aggradation », Jonathan Attias et sa femme Caroline n’hésitent pas à recommander l’installation sur des terrains agricoles vidés de leur substance par l’agriculture intensive d’habitats légers, facilement démontables et « ne laissant pas de trace quand on les défait », précise Jonathan Attias. La loi interdit les constructions sur des terrains agricoles ? C’est là que le principe de la Désobéissance fertile vient bousculer les règles établies qui sacralisent la constructibilité ou la non-constructibilité d’un terrain. « Nous avons engagé un bras de fer avec le législateur », glisse Jonathan Attias, qui ne désespère pas de pouvoir faire un jour changer les textes de loi. « En France, ce sont des centaines de milliers de personnes qui vivent dans l’illégalité, poursuit le trentenaire. D’où la nécessité de faire évoluer la loi pour coller à une réalité qui existe déjà. » 

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