La difficile adaptation des écoles musulmanes aux règles de l’État

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Les établissements privés musulmans sont dans le viseur de l’exécutif. Dans son discours du 2 octobre aux Mureaux (Yvelines), le président Macron a pointé le «séparatisme islamiste», «un projet conscient, théorisé, politico-religieux».

Entre autres mesures, il a annoncé que les écoles hors contrat (non subventionnées par l’État et non liées à lui par un contrat) «feront l’objet d’un encadrement encore renforcé». «On se réveille quand le scandale arrive, ce qui est la pire des choses», a-t-il expliqué. Il est notamment question de «pouvoir procéder à des fermetures administratives quand elles s’imposent». Et d’éviter des procédures judiciaires qui, d’appels en appels, permettent à des établissements hors contrat de rester ouverts.

Rue de Grenelle, on a toujours en tête les démêlés autour d’Al Badr, une école musulmane hors contrat toulousaine. Fondée en 2013 par un imam au discours rigoriste, elle avait été mise en demeure de fermer ses portes en 2016 par l’Éducation nationale. Laquelle avait constaté des enseignements «très déficitaires», en dehors de l’arabe et de l’étude du Coran. Pour autant, l’établissement avait continué de fonctionner, jusqu’à sa condamnation cinq mois plus tard par le tribunal correctionnel.

Mais l’affaire ne s’était pas arrêtée là. À l’issue d’une procédure à rebondissements lancée par l’imam directeur, la justice avait fini, en 2019, par donner raison à Al Badr, considérant irrégulière la mise en demeure de l’Éducation nationale, en raison de ses imprécisions sur les manquements observés. Aujourd’hui, l’école Al Badr n’existe plus. Mais elle a rouvert ses portes sous le nom d’Avicennes.

Il y a eu un acharnement contre ce directeur. C’est avant tout lui qui était visé, pas l’école, estime Makhlouf Mamèche, président de la Fédération nationale de l’enseignement privé musulman (Fnem) – qui abritait l’école Al Badr -, et par ailleurs vice-président de Musulmans de France (l’ex-UOIF, proche des Frères musulmans). Il ne serait pas normal d’aller plus vite dans les procédures.

Nous sommes dans un État de droit. L’enseignement privé est inscrit dans la Constitution», ajoute-t-il. Fondée en 2014 pour devenir un interlocuteur des pouvoirs publics au même titre que les écoles catholiques ou juives, la Fnem entend répondre à la demande de familles qui recherchent des établissements mêlant excellence scolaire et valeurs fondamentales de l’islam.

Elle affiche la volonté de faire passer sous contrat le maximum d’établissements musulmans (dans ce cas, les salaires des enseignants sont pris en charge par l’État).

«Cela permettrait de mettre fin aux suspicions concernant les financements venus de l’étranger. Mais l’État ne veut pas signer de contrat avec nous!», regrette-t-il. Si la jeune fédération a été écoutée par la Rue de Grenelle du temps de Najat Vallaud-Belkacem, ses relations avec Jean-Michel Blanquer, son successeur, sont inexistantes.

«Nous sommes marginalisés», estime Makhlouf Mamèche, qui est aussi le directeur adjoint du lycée Averroès, à Lille, le premier établissement musulman à être passé sous contrat avec l’État, en 2008. Un lycée pour lequel Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a suspendu ses subventions, il y a un an. L’établissement vient de saisir la justice.

La région, elle, attend les résultats de l’inspection de l’Éducation nationale, qui devrait faire le clair sur la question de fonds versés par le Qatar. Six ans après sa création, la fédération compte une cinquantaine d’établissements. Mais a peu progressé sur ceux passés sous contrat. Seulement cinq, de Lille à Lyon, en passant par Mantes-la-Jolie. Au total, le monde de l’enseignement privé musulman (sous et hors contrat) compte une centaine de structures (soit 12.000 élèves).

Un chiffre à mettre en regard avec les quelque 500 établissements hors contrat confessionnels en France, parmi lesquels 250 catholiques. «Dans le monde du hors-contrat musulman, on trouve de tout. Nous manquons de données chiffrées, observe l’historien de l’éducation Bruno Poucet. Certains établissements recherchent le contrat. D’autres ont une position traditionaliste, voire intégriste.»

Depuis 2018, la loi Gatel a durci le régime d’ouverture des écoles hors contrat afin de faire obstacle à l’instrumentalisation de l’école par des officines de radicalisation, notamment salafistes. En 2018-2019, sur 205 demandes, 30 se sont vu opposer un refus.

Quant aux fermetures, au nombre de cinq, elles ont concerné des établissements musulmans. Parmi elles, l’école hors contrat Grenier, à Échirolles, qualifiée de «salafiste» par Blanquer, mais aussi une école dite «clandestine», à Sevran, où l’association Amana accueillait 70 élèves officiellement déclarés en instruction à domicile.

Le Figaro