La Ferme des animaux d’Orwell prend des couleurs

La maison Grasset adapte en roman graphique ce classique, nouvellement traduit par Josée Kamoun et illustré par Odyr.

Et si demain nous vivions dans La Ferme des animaux, de quel côté serions-nous? Celui des moutons, des poules ou des cochons? La fable d’Orwell, si elle est une fiction, est par bien des aspects réelle.

Écrite dans les années 1943-1944, et publiée en 1945, elle est une critique du système dictatorial soviétique. Mais, c’est là le génie de l’auteur, son conte philosophique dépasse son époque. Il peut se lire aujourd’hui comme une critique des discours wokes et populistes qui mettent en péril nos démocraties. Ou comme Orwell le disait lui-même en son temps: «Il n’est pas indispensable, pour être corrompu par le totalitarisme, de vivre dans un pays totalitaire.» Ainsi, l’adaptation de son classique, nouvellement traduit par Josée Kamoun, en un superbe roman graphique par l’illustrateur Odyr est-elle bienvenue.

Tous les animaux sont égaux… ou presque

Le ciel est d’un bleu d’encre. Sous des nuages d’écume, un paysan se met au lit. Tout est calme. Mais, ce qu’il ne sait pas, c’est que dans sa ferme non loin de là, les animaux fomentent une insurrection. «La vie de l’animal n’est que misère et servitude», déclare Sénateur, le cochon, devant une assemblée captive. «Tout ce qui est sur deux pattes est un ennemi.» Le message est clair: il faut se révolter. Les pages peintes au couteau, se tournent et voilà l’homme chassé de chez lui. Les bêtes sont enfin libres… ou presque. Si «tous les animaux sont égaux», certains le sont plus que d’autres. Alors, comme le lecteur s’y attend trop bien, l’égalité va se retrouver piétinée.

Les couleurs éclatantes s’assombrissent. L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. La Ferme des animaux incarne bien cette société qui dévie de son idéal pour aboutir au pire des mondes possibles. Cette adaptation expressionniste, aux formes angoissantes, fait très bien écho aux mots secs de l’auteur. Un ouvrage qui hante à l’heure de la culture de l’effacement…

La Ferme des animaux, De George Orwell, traduit par Josée Kamoun, illustré par Odyr, Grasset, 176 p., 20 €.