La France continue d’expulser des Afghans pendant le pont aérien

La France a suspendu les expulsions vers l’Afghanistan mais elle continue les retours forcés de demandeurs d’asile afghans vers des pays européens comme l’Autriche où ils restent menacés d’être renvoyés en Afghanistan à plus ou moins longue échéance.

Un Afghan de 21 ans placé en rétention à Bordeaux a été expulsé mercredi vers l’Autriche qui n’a pas suspendu les retours forcés vers l’Afghanistan contrairement à la France. Photo Stéphane DE SAKUTIN/AFP

La France a évacué plus de 2 000 Afghans depuis le début du pont aérien entre Kaboul et Paris le 14 août mais elle continue en parallèle à expulser des Afghans qui demandent l’asile dans l’Hexagone. C’est ce qui vient d’arriver à un Afghan de 21 ans qui a été renvoyé par avion en Autriche mercredi après avoir été interpellé à la préfecture de la Gironde à Bordeaux et retenu au centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux.

Le jeune Afghan avait initialement demandé l’asile en Autriche mais il a été définitivement débouté. Il a donc déposé une nouvelle demande d’asile en France. Le préfet de la Gironde a refusé d’enregistrer sa demande et a décidé de le renvoyer en Autriche en application du règlement Dublin qui confie la responsabilité de l’examen de la demande d’asile au premier pays d’arrivée d’un migrant en Europe. Le même traité oblige toutefois un pays à instruire la demande après un délai de 18 mois, même si le migrant a été débouté par un autre Etat.

Trois autres Afghans sont en attente d’expulsion vers l’Autriche au CRA du Mesnil-Amelot, près de l’aéroport de Roissy, et un quatrième au CRA de Rennes.

Des craintes d’expulsions par ricochet

Ces retours forcés à destination de Vienne choquent les associations car l’Autriche fait partie des six pays de l’Union européenne qui ont refusé de suspendre les expulsions vers l’Afghanistan de migrants déboutés du droit d’asile. Le 2 août, l’Autriche a dû suspendre provisoirement l’expulsion d’un ressortissant afghan à la demande expresse de la Cour européenne des droits de l’homme.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz n’a pas renoncé pour autant aux retours forcés d’Afghans. Il souhaite les renvoyer dans des pays voisins de l’Afghanistan, tels que l’Ouzbékistan et le Turkménistan.

L’Autriche affirme avoir pris plus que sa part dans l’exil des Afghans. Le pays en accueille déjà 40 000, soit la plus large communauté afghane de tous les pays européens par rapport à sa population. C’est comme si la France avait reçu 300 000 Afghans, alors qu’ils ne sont que 35 000 à être protégés dans l’Hexagone.

“On peut craindre que des Afghans soient renvoyés dans leur pays par ricochet. C’est un peu de l’hypocrisie de la part de la France”, réagit Marion Beaufils, responsable de l’action en rétention à la Cimade.

“La France suspend les expulsions vers l’Afghanistan, mais renvoie des Afghans vers l’Autriche en expliquant qu’il n’y a pas de problème dans ce pays, alors qu’on sait très bien ce qu’ils risquent une fois en Autriche. La France refuse d’assumer ce qui se passe”.

“Une politique délibérée et organisée”

Les associations qui viennent en aide aux migrants demandent à la France de suspendre l’application du règlement Dublin pour les ressortissants afghans. “La loi prévoit qu’un préfet peut très bien décider d’annuler une procédure de Dublin et délivrer un récépissé pour qu’un demandeur d’asile puisse déposer sa demande en France sans attendre le délai de 18 mois”, rappelle Marion Beaufils. “Au contraire, en convoquant des Afghans à la préfecture pour les placer en rétention et les expulser vers un autre pays européen, les préfectures démontrent qu’il s’agit d’une politique délibérée et organisée”.

Ces éloignements semblent en effet en complet décalage au moment où la France se réjouit d’avoir pu mettre en sécurité plus de 2 000 Afghans évacués de Kaboul.

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