La « Fraternité missionnaire des cités » soutient les prêtres des banlieues sensibles grâce à un monastère invisible

Une équipe de bénévoles et le père Patrice Gaudin, curé de Bondy-Nord (Seine-Saint-Denis), ont lancé la « Fraternité missionnaire des cités » pour soutenir les prêtres des quartiers populaires. Un groupe d’une quinzaine de prêtres de banlieue, essentiellement de la région parisienne, s’est réuni à la fin mars à Paris pour apprendre à se connaître, partager leur expérience et réfléchir à des actions.

Un “monastère invisible” est organisé avec et autour des prêtres des cités. Il est composé de communautés religieuses et des membres de la fraternité.

De la tranquille campagne d’Eure-et-Loir à la bouillonnante ville populaire et multiculturelle de Sarcelles (Val-d’Oise) : en 2019, le père Hugues Mathieu n’a pas seulement changé de paroisse, mais aussi d’univers. Peu familier de la banlieue parisienne, il ne possédait pas les codes d’un milieu qui n’est pas du tout le sien. Tout juste arrivé, en guise de découverte, il se rend à Bondy, en Seine-Saint-Denis, pour essayer de mieux appréhender sa nouvelle mission.

La cité est univers clos, souligne le père Patrice Gaudin. Nous avons besoin de nous connaître entre prêtres. Nous avons tous inventé notre mission et faisons nos propres découvertes. Par exemple, j’ai appris à connaître la communauté tamoule. Nous pouvons échanger sur la manière de créer un patronage, sur la façon de réagir quand il y a un point de deal devant son église… »

Sans formation ni « mode d’emploi »

Depuis, le père Mathieu a appris à connaître Sarcelles, cette commune traversée par de « très fortes influences religieuses » et un « équilibre » entre musulmans, juifs et chrétiens, où les catholiques sont « une minorité ». Mais son expérience ressemble à celle de nombreux prêtres nommés au cœur des cités, sans formation ni « mode d’emploi » dans des quartiers populaires, souvent marqués par la précarité, la place de l’islam et un sentiment d’abandon.

Pour répondre aux besoins de ces pasteurs, le père Patrice Gaudin, prêtre de la paroisse de la cité de Bondy-Nord, et une équipe de laïcs bénévoles ont lancé, mi-mars, la « Fraternité missionnaire des cités ». Cette démarche informelle vise à créer un réseau de prêtres des quartiers sensibles offrant un lieu d’échanges et d’entraide mais aussi de partage de bonnes pratiques.

Ne pas partir avec son savoir-faire

Pour le lancement de cette Fraternité, une courte étude a été menée auprès des prêtres des cités dans toute la France. Elle met au jour une certaine solitude face à l’ampleur de la mission et à un contexte très particulier. D’autant que le partage d’expérience avec leurs prédécesseurs s’avère extrêmement rare. Une limite à laquelle la Fraternité souhaite répondre en évitant que le prêtre en fin de mission ne parte en même temps que son savoir-faire. « Être en lien avec des prêtres qui maîtrisent ces terrains permettrait de gagner du temps », confirme le père Hugues Mathieu.

La première réunion, fin mars à Paris, organisée avec le soutien de Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis, a ainsi attiré une quinzaine de prêtres de toutes sensibilités, la plupart de région parisienne, dont le curé de Sarcelles, en présence de Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre mais aussi de Mgr Benoist de Sinety, ancien vicaire général du diocèse de Paris désormais en paroisse à Lille.À lire aussiPrêtres en banlieue, deux visages de la relève

Présent également, le père Gérard Hall, curé des deux paroisses de la cité du Mirail à Toulouse (Haute-Garonne), observe avec intérêt la mise en place de ce projet. Lui se dit « passionné » par son quartier qu’il connaît par cœur pour y avoir exercé dix-sept ans comme instituteur. Il est persuadé que cette Église des cités, à la fois jeune, fragile et vivante, est le « germe de l’Église de demain », mais qu’il faut l’accompagner. Or, les forces manquent ; c’est pourquoi il suggère l’appel à des personnes extérieures au quartier, à l’instar des volontaires de l’association Le Rocher.

Porter un autre discours sur les cités

Pour ces prêtres des cités, le fait même d’échanger entre eux sur ce qu’ils vivent représente une nouveauté. Ils peuvent partager leur vécu auprès de communautés chrétiennes multiculturelles, ferventes, mais aussi nombreuses, alors même que de l’extérieur « certains pensent que nous sommes persécutés et que nos églises sont vides », pointe le père Gaudin, prêtre de la communauté de l’Emmanuel, connu pour son franc-parler.

Hyperactif, ce dernier, qui a découvert la banlieue parisienne en arrivant du centre-ville de Bordeaux, n’hésite pas à aller à la rencontre des jeunes de sa cité de Bondy. Il souhaite porter un autre discours sur les quartiers populaires. « Cette Fraternité peut permettre de montrer et de raconter de belles histoires alors que l’image des cités est déplorable », affirme-t-il avec conviction.

Si le projet ne fait que démarrer, le curé de Bondy et le groupe de laïcs qui l’entourent ne manquent pas d’idées. Déjà, la Fraternité projette d’élaborer des fiches pratiques pour les prêtres fraîchement nommés dans les banlieues et imagine un « pèlerinage des cités » à Lourdes.

Une Fraternité missionnaire

La Fraternité missionnaire des cités s’adresse aux prêtres, curés ou vicaires, aux diacres en mission dans les quartiers sensibles. « Elle mobilise aussi les laïcs bénévoles pour entourer, aider, communiquer », selon le communiqué annonçant le lancement de ce projet. Selon les différentes estimations, près de 5 millions de personnes en France vivent au sein des zones urbaines sensibles (ZUS).

Cette Fraternité doit permettre d’échanger sur des sujets concrets : « comment recevoir une demande de baptême d’une personne d’origine comorienne ou marocaine, comment célébrer avec les Mauriciens, quelles relations avec les autres religions, que dire et faire face à la violence, la drogue ou la solitude et la grande pauvreté ».

La Croix