La gauche affiche ses désaccords sur l’Otan et la Russie

Le député Aurélien Saintoul a défendu la position du groupe Insoumis lors des débats. (JULIEN DE ROSA/AFP)

Mardi soir, l’Assemblée nationale a ratifié les protocoles d’adhésion à l’Otan de la Suède et de la Finlande, soucieuses de se protéger face à Vladimir Poutine. Alors que les socialistes et écologistes ont voté en faveur du texte, les Insoumis et les communistes s’y sont opposés.

C’est la première fois qu’un désaccord si tranché apparaît au sein de l’alliance de gauche depuis le début de la législature. Mardi soir, lors du vote ratifiant les protocoles d’adhésion à l’Otan de la Suède et de la Finlande , les députés socialistes et écologistes ont voté en faveur du texte, tandis que les Insoumis et les communistes se sont quasiment tous prononcés contre. Quand les élus du Rassemblement national, eux, s’abstenaient.

Comme dans d’autres pays membres de l’Otan avant eux, les parlementaires français ont approuvé la demande des deux Etats du nord de l’Europe, jusqu’ici attachés à leur neutralité, de rejoindre l’Alliance atlantique pour se protéger contre une éventuelle menace de la Russie. Une décision prise à la suite de l’invasion de l’Ukraine.

Précipitation ou nécessité ?

Dans le détail, le texte a été adopté par 209 voix contre 46. La majorité présidentielle et les députés des Républicains ont quasiment tous voté pour. Tout comme les 14 socialistes et les 11 écologistes présents à ce moment-là dans l’hémicycle. En revanche, les 43 Insoumis ayant participé au scrutin ont voté contre, tandis que chez les communistes 3 ont voté contre et 2 se sont abstenus.

Lors des débats, les parlementaires LFI ont défendu leur position : « Cette demande d’adhésion a été engagée hâtivement, sous le coup de l’émotion, voire de la peur. Elle nourrit un mécanisme de polarisation extrême des relations internationales qui n’est pas dans l’intérêt de la France, ni de la Suède, ni de la Finlande », a souligné le député Insoumis Aurélien Saintoul.

Mais son collègue socialiste, Alain David, a ensuite défendu une position pour le moins différente : « Une ratification rapide de ce projet de loi semble évidemment nécessaire. Ni moi ni mes collègues socialistes ne sommes devenus ‘Otanthousiastes” ou ‘Otanbéats”. Mais si, au contexte géopolitique, vous ajoutez le revirement spectaculaire des citoyens et des opinions publiques des deux pays, il serait incongru de contredire le souhait désormais profond de ces deux pays de rejoindre l’Alliance », a estimé l’élu de Gironde.

Désaccord ancien

Si c’est la première fois qu’une telle division apparaît au sein de la Nupes au Palais-Bourbon, il n’est pas surprenant qu’elle arrive sur ce sujet. Lors des négociations pour sceller leur alliance et leur programme commun avant les législatives, la politique internationale était apparue comme l’une des principales pierres d’achoppement.

Même avant cela, pendant la campagne présidentielle, le candidat Insoumis Jean-Luc Mélenchon avait été régulièrement critiqué pour son ambiguïté vis-à-vis de la politique du Kremlin mais aussi pour sa défiance considérable envers l’Otan, qu’il a accusée plus ou moins directement d’avoir provoqué les Russes et d’être en partie responsable du drame ukrainien.

Des propos qui lui avaient valu de vives attaques de sa rivale socialiste, Anne Hidalgo, et de l’écologiste, Yannick Jadot. Mais ayant réalisé de loin le meilleur résultat des candidats de gauche à l’élection présidentielle, l’Insoumis avait pu imposer les grandes lignes de son programme international à ses nouveaux alliés, poussant même les socialistes et écologistes, historiquement europhiles, à accepter le principe d’une « désobéissance » aux traités européens.

Les Echos