La natalité en 2020 au plus bas depuis 1945, les mariages et l’espérance de vie également en diminution

Mauvaises nouvelles pour la France sur le front de la démographie. Selon le bilan démographique 2020 de l’Insee, l’espérance de vie comme la natalité ont connu une baisse sur tout le territoire, qui ne serait pas sans lien avec l’épidémie de coronavirus qui a débuté en mars dernier. Ainsi, le nombre de naissances a atteint un plus bas inédit depuis 1945 et la fin de la Seconde Guerre mondiale, tandis que l’espérance de vie a connu une chute aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Côté natalité, 740.000 enfants ont vu le jour en 2020, le taux de fécondité ayant baissé à 1,84 enfant par femme, contre 1,86 en 2019.

L’espérance de vie à la naissance atteint 85,2 ans pour les femmes (en baisse de quasiment cinq mois) et 79,2 ans pour les hommes (en baisse de six mois), soit une baisse bien plus forte que celle observée en 2015, année marquée par une forte grippe hivernale. Pendant cette première année de l’épidémie de Covid-19, 658.000 personnes sont décédées en France – toutes causes confondues –, soit 7,3 % de plus qu’en 2019, selon une estimation corrigée. Le 15 janvier dernier, l’Insee avait estimé le nombre de décès 2020 à 667.400 personnes (+ 9 % en un an).

Naissances en baisse, décès en hausse : logiquement, cette conjonction a entraîné un solde naturel très bas, à 82.000 contre 140.000 en 2019. C’est le solde naturel le plus faible depuis 1945. L’année 2020 a également été marquée par un effondrement de 34 % du nombre de mariages, ces célébrations ayant été interdites pendant le premier confinement, puis autorisées mais avec une stricte limitation du nombre d’invités.

Cela pourrait remonter avec une place plus grande au télétravail“, estime un démographe

Selon Gérard-François Dumont, le travail à la maison donne du “budget temps” au couple en réduisant les trajets et permet aussi d’envisager un logement plus grand.

Nous avons trois causes. D’une part il y a des causes politiques : la politique familiale a été rabotée ces dernières années. Ensuite, des raisons économiques car les Français sont inquiets, avec notamment des risques de chômage. Il y a enfin un troisième élément sociologique : un certain nombre de couples ne se sont pas formés à cause des confinements, en raison de la distanciation sociale, de la fermeture des bars, restaurants et boîtes de nuit.

Cela a conduit un certain nombre de jeunes adultes à ne pas pouvoir faire de rencontre, qui pourraient conduire à une mise en couple et éventuellement à des mariages et des naissances. Et puis, pour une minorité qui considère que l’enfant doit arriver après le mariage, les unions retardées voire ajournées à cause de la pandémie ont eu des conséquences sur la natalité.

Est-ce que cela peut avoir une influence sur notre démographie ?

Ce qui compte dans une économie, ce sont les ressources humaines et leur qualité. La France aggrave donc ce que j’appelle “l’hiver démographique”, c’est-à-dire que la fécondité ne permet plus le remplacement des générations. Nous ne sommes pas dans la même situation que d’autres pays européens, mais à terme, cela signifie un vieillissement accru de la population voire une baisse de la population, et donc une perte de dynamisme qui peut jouer sur l’économie et les évolutions sociales.

Le taux de natalité pourrait-il remonter avec les bébés conçus pendant les confinements ?

Cela suppose que le gouvernement revienne sur les rabotages de ces dernières années sur la politique familiale. Ensuite, il faut mettre en place une vraie politique d’aménagement du territoire. Et enfin, cela pourrait remonter si on maintient une nouvelle organisation du travail, avec une place plus grande au télétravail, qui donne du “budget temps” au couple. Élever des enfants demande du temps : le télétravail ne rend pas nécessairement obligatoire d’avoir un logement près du lieu de travail et donc cela offre plus de liberté pour avoir un logement plus grand, éventuellement plus éloigné.

Le Point