La non-mixité choisie racontée par celles qui la pratiquent

Les réunions non mixtes suscitent souvent incompréhension et rejet. Mais selon les minorités concernées, elles garantissent une liberté de parole dans un espace sécurisant.

En 2018, un atelier en «non-mixité raciale» a été organisé lors du blocage de la fac de Tolbiac. | Christophe Simon / AFP

Souvent contestés parce qu’ils s’extraient, selon leurs opposants, des principes de l’universalisme républicain et instaureraient de nouvelles discriminations, les rassemblements et réunions en non-mixité choisie suscitent souvent incompréhension et rejet..[…]..

Un ancrage historique

L’historienne revient sur la différence de nature entre les manières de se rassembler: «À cette époque, il y avait beaucoup de lieux fermés aux femmes: il s’agissait de répondre à une fermeture par une fermeture, mais aussi de se donner les moyens de s’organiser et de discuter à part pour faire avancer les choses. Mais ce n’était pas conçu en matière de libération de la parole ou comme la possibilité d’échanger des choses que l’on ne pouvait pas mentionner en présence des hommes.» Les clubs de femmes n’étaient pas voués à s’institutionnaliser«Compte tenu de la situation d’alors, où les femmes n’avaient pas voix au chapitre, il s’agissait simplement de pouvoir parler entre soi, complète Mathilde Larrère. On considérait que les femmes n’avaient pas à jouer un rôle en politique ni à prendre place dans la cité. Que leur place était au foyer. C’est la raison pour laquelle les clubs de femmes ont été fermés après la Révolution ou la Commune, ou qu’ils faisaient l’objet de critiques.»

«“Centrer les espaces autour des voix de ceux qui subissent l’oppression est le seul moyen pour eux d’identifier des stratégies pour déconstruire les inégalités structurelles.” Mon dernier article pour @PostOpinions.»

«Une société fermée qui ne veut pas ouvrir les yeux»

«Moins l’universalisme tient ses promesses, plus la non-mixité est nécessaire», avance Gwen Fauchois, ancienne vice-présidente d’Act Up-Paris et militante lesbienne. L’incompréhension et le rejet de ces réunions seraient-ils à chercher du côté de l’incapacité des dominants –généralement les membres des catégories sociales supérieures, résumés en la personne de l’homme blanc hétérosexuel– à remettre en question leur hégémonie?…[…]

Slate