“La peau brune est la plus grande de toutes les prisons”

Kamal Al-Solaylee, Brun: ce que cela signifie d’être brun aujourd’hui, essai traduit de l’anglais par Felicia Mihali, Montréal, Éditions Hashtag, 2022, 372 pages 28,95 $.

Tout le monde raffole du riz biryani, du falafel, du couscous et des tacos. Or, ces mets sont préparés par des gens à la peau brune… Laquelle suscite confusion, haine et violence, selon Kamal Al-Solaylee, auteur d’un essai intitulé Brun: ce que cela signifie d’être brun aujourd’hui.

L’auteur, lui-même brun, note que «le racisme anti-brun est un mélange d’incompréhension culturelle, de peur religieuse et d’insécurité économique, auquel s’ajoute une bonne vieille discrimination basée sur la couleur».

Les Blancs aux barricades

Il souligne que les attaques contre les communautés mexicaines, musulmanes, arabes et iraniennes aux États-Unis trahissent une vision générale selon laquelle les Bruns «contamineraient la pureté et la grandeur de l’Amérique blanche, l’Amérique blanche en état de siège, pour être plus précis».

Le brun est aussi la couleur de cinq millions de musulmans en France, et celle des immigrants pakistanais et indiens au Royaume-Uni.

À Toronto, on n’a qu’à se promener au centre-ville ou dans certaines parties de la banlieue pour constater «que le brunissement de la plus grande ville du Canada est en cours».

Les nations à la peau brune dominent presque toutes les sources d’immigration au Canada.

Récits de vie des Bruns

Brun regorge de récits de vie troublants recueillis par Al-Solaylee pendant deux ans en sillonnant dix pays sur quatre continents.

Ils révèlent une multitude d’histoires provenant de destinations aussi éloignées les unes des autres que les Émirats arabes unis, les Philippines, les États-Unis, la Grande-Bretagne, Trinidad, la France, Hong Kong, le Sri Lanka, le Qatar et le Canada.

L’essayiste étudie la signification de la peau brune pour les personnes originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, du Mexique et d’Amérique centrale, d’Asie du Sud et de l’Est.

Il réfléchit également à sa propre identité et à ses expériences en tant que gai à la peau brune, qui a grandi avec des images de blancheur comme seuls indicateurs de beauté et de réussite.

Mannequins très noirs

L’auteur gai signale que les mannequins faisant la promotion de sous-vêtements moulants ou de sexe par téléphone sont blancs ou noirs. «Très noirs. Le désir n’était disponible qu’en deux couleurs, et la mienne n’en faisait pas partie.»

Nord-Africains, Moyen-Orientaux, Sud-Asiatiques, Indiens, Mexicains, autant de gens à la peau brune. Al-Solaylee propose de les considérer comme un continuum, une métaphore.

Ces millions de gens, historiquement parlant, n’ont pas profité des gains du monde post-industriel; ils réclament aujourd’hui leur juste part dans la mobilité sociale, l’égalité et la liberté.

Plusieurs groupes bruns

Les Bruns ne sont pas un groupe ethnique distinct, mais «une myriade de grands groupes ayant plus de points en commun que ce qu’on admet depuis toujours.»

Les nombreux témoignages permettent de dresser un constat percutant: «Nous vivons dans notre peau, l’organe humain le plus large et, possiblement, la plus grande prison de toutes.»

Né au Yémen, Kamal Al-Solaylee enseigne à l’école de journalisme, de rédaction et de médias de l’Université de la Colombie-Britannique. Paru en anglais en 2016, Brun a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général dans la catégorie essais.

L-express.ca