« La réforme des études de médecine est une catastrophe pour toute une génération d’étudiants poussés à l’exil. Pendant ce temps, on recrute des praticiens étrangers non francophones sur le Bon coin… »

Avez-vous une idée des sujets de ces oraux qui permettent d’évaluer les compétences transversales des étudiants à l’Université de Paris ? Voici un exemple de sujet délirant de l’épreuve de «mise en situation» de l’université de Paris : «Dans un musée, on voit une enseigne d’une ancienne chocolaterie du XVIIIe siècle avec un domestique noir qui sert sa maîtresse blanche. Le nom de la chocolaterie est “le nègre joyeux”. Qu’en pensez-vous?». Il s’agit pourtant bien d’un sujet censé évaluer si les étudiants «disposent des compétences nécessaires pour accéder aux formations de médecine», selon le décret.

À l’Université de Paris, on atteint le summum de l’absurdité : deux oraux arbitraires et improvisés de 10 mn, sans rapport avec un cursus médical, comptent pour 72 % de la note finale d’un étudiant en médecine, annihilant 15 heures d’examens écrits évaluant des milliers d’heures de travail sur 12 matières, qui eux, ne représentent que 28 % de cette même note. Après avoir obtenu gain de cause auprès du Conseil d’État en s’opposant à la réforme des études de médecine, Frédéric Bamas, père de l’une des étudiantes et le Collectif PASS 2020-21 Université de Paris demandent la réintégration de 48 étudiants en médecine qui s’estiment injustement lésés par la réforme.

La palme revient à l’Université de Paris où l’oral compte pour 72 % contre 28 % pour les écrits ! La mise à mort d’une génération d’étudiants méritants sacrifiés sans possibilité de seconde chance.

En médecine à l’Université de Paris, deux oraux de 10 minutes comptent pour 72% de la note contre 28% pour 15 heures d’écrit.

Le Président de la République a voulu nous faire rêver, mais la réalité «c’est qu’il a volé nos rêves et fait de cette réforme un enfer». Il avait annoncé la fin d’un système absurde, celui du numerus clausus qui en médecine «élimine précocement 85% d’étudiants excellents et motivés et conduit à l’expatriation dans les pays voisins, puis, ensuite, à l’embauche de médecins formés à l’étranger pour combler notre propre pénurie». Il avait annoncé vouloir que la France «redevienne la nation de l’excellence scientifique, du savoir, et de la connaissance».

Il s’agit d’un réel scandale que tout le monde fait semblant d’ignorer. Alors que chaque jour les médias constatent la pénurie de médecins, cette «brillante» réforme nous conduit à des aberrations majeures. Ainsi, dans la note finale d’admission en 2e année, 2 oraux de 10 minutes chacun comptent à égalité ou plus que 15 heures d’examens écrits. Vous avez bien lu ! D’un côté, 15 heures d’examens écrits (12 matières, 240h de cours) et de l’autre, 2 oraux de 10 min. (sans formation spécifique) qui comptent plus que les écrits. La palme revient à l’Université de Paris où l’oral compte pour 72 % contre 28 % pour les écrits !

Cette réforme des études de santé s’avère catastrophique et ne fait qu’aggraver la situation, quoi qu’en dise la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Mme Frédérique Vidal, qui refuse tout dialogue et se réfugie dans le déni. Cette réforme met en danger la formation de nos futurs médecins avec une sélection absurde et pousse les étudiants à l’exil, c’est la double peine. Pendant ce temps, on recrute des médecins étrangers non francophones sur le Bon coin…

Il n’y a plus de redoublement possible, les étudiants sont éjectés brutalement du cursus et réorientés vers des filières par défaut, avec quasi aucune chance de revenir en médecine, en dépit des mensonges éhontés du ministère qui promeut sa fameuse deuxième chance.

À Paris, une organisation des oraux… sans organisation !

Les examinateurs des oraux n’ont pas été formés par l’université de Paris, ils n’ont jamais eu de réunion collective d’information, seul un vague document de 9 diapositives les informait du déroulé des épreuves. Il n’y a pas eu de péréquation des notes entre l’ensemble des jurys, les notes ne pouvaient être que 1, 7, 14 et 20, certains évaluaient un «bon oral» par des 20/20 quand d’autres évaluaient par des 14/20. Les examinateurs n’ont jamais eu connaissance de la pondération de l’oral et ne savaient pas qu’une note de 15/20 serait éliminatoire pour un étudiant ayant obtenu plus de 14/20 de moyenne générale aux 15 heures d’épreuves écrites.

C’est ainsi que 48 étudiants de l’Université de Paris ayant réussis leurs écrits ont été scandaleusement déclassés.

Face à la débâcle, aucune empathie de la présidente de l’Université de Paris, Madame Christine Clérici, ni de sa Ministre de tutelle Mme Frédérique Vidal, qui a préféré envoyer la police plutôt que de recevoir les étudiants en délégation.Collectif PASS 2020-21 Université de Paris

Un terrible étalage d’incompétence au plus haut niveau

Face à la débâcle, aucune empathie de la présidente de l’Université de Paris, Madame Christine Clérici, ni de sa Ministre de tutelle Madame Frédérique Vidal, qui a préféré envoyer la police plutôt que de recevoir les étudiants en délégation. Elle a fait preuve de permissivité, voire d’incompétence, dans la mise en place d’une réforme sans critères objectifs et règles communes, en générant une inégalité criante sur l’ensemble du territoire français. Elle a mis en place l’ensemble des conditions propices à l’exode de nos meilleurs jeunes, alors même qu’elle a été alertée à maintes reprises de l’interprétation scandaleuse effectuée par les universités de médecine. Elle a ignoré les alertes d’un rapport du sénat (12 mai 2021) qui pointait une réforme «trop vite appliquée, insuffisamment préparée et pas assez pilotée […] Ce constat porte particulièrement sur les épreuves orales, dont la mise en œuvre reste encore très floue».

Citons au passage le professeur Diot, Doyen des doyens, décoré de la Légion d’honneur par Madame la Ministre Vidal, promoteur zélé de la réforme (article du Quotidien du médecin du 15/10/2021), très ambigu dans ses propos, prônant la mise en place d’une discrimination qui ne dit pas son nom, vantant une «diversité» des profils qui devrait s’appliquer aux épreuves orales.

Est-ce là le signal donné à notre jeunesse par la société ? Que le travail et le sérieux ne servent à rien ? Qu’il vaut mieux s’en remettre à l’arbitraire d’un jury plutôt qu’à son investissement dans les études ?

Cette tribune ne reflète que le sentiment d’injustice d’étudiants et de leurs familles, qui, désespérés se battent depuis des mois pour ressusciter leur vocation spoliée.Collectif PASS 2020-21 Université de Paris

Cette tribune ne reflète que le sentiment d’injustice d’étudiants et de leurs familles, qui, désespérés se battent depuis des mois pour ressusciter leur vocation spoliée. De parents qui souffrent de voir les valeurs de travail et de mérite piétinés avec impunité et de voir sombrer la nation de Pasteur.

Saisi en cassation, le Conseil d’État a donné raison aux étudiants qui soutenaient en référé que la fameuse deuxième chance n’en était pas une et qu’il y avait urgence à statuer sur leur situation en juillet dernier ce qui n’a malheureusement pas été fait. Il n’est donc pas trop tard pour que la raison reprenne le dessus : nous demandons la réintégration immédiate en médecine des étudiants de l’Université de Paris !

Le Figaro