La Russie fait défaut sur sa dette étrangère pour la première fois depuis 1918

La Russie n’a pas pu rembourser ses créanciers internationaux, enregistrant un premier défaut sur sa dette externe depuis la révolution de 1917. (Kirill KUDRYAVTSEV/AFP)

Moscou n’a pas pu régler les intérêts dus sur ses obligations en dollar et en euro à l’expiration d’un délai de grâce de 30 jours. C’est une conséquence directe des sanctions prises après l’invasion de l’Ukraine. La Russie pourrait se voir durablement privée d’accès aux marchés de dette.

Au dernier coup de minuit sonné par la grande horloge du Kremlin, dimanche, la Russie s’est retrouvée en situation de défaut sur sa dette internationale. Elle ne s’est pas acquittée du paiement de 29 millions d’euros et de 71 millions de dollars d’intérêts à ses investisseurs. Ce règlement était dû le 27 mai dernier, mais Moscou avait bénéficié du délai de grâce de 30 jours prévu par les contrats pour faire face à ses échéances. Ce lundi matin, aucun versement n’avait été effectué.

C’est la première fois que la Russie ne paye pas ses créanciers internationaux depuis plus d’un siècle. En 1918, le pouvoir bolchevique avait choisi d’annuler la dette souscrite par le régime tsariste. En 1998, deux lignes obligataires en dollars avaient également été « oubliées », comme le rappelle Paul McNamara, gérant pays émergents chez GAM, dans un Tweet. Mais c’était lors de la restructuration géante de la dette en rouble du pays.

La Russie se trouve aujourd’hui dans une situation bien différente de 1918 ou de 1998. Moscou dispose des moyens nécessaires pour rembourser les prêteurs – grâce aux exportations de gaz et de pétrole , notamment – et avait la volonté de le faire. Mais la Banque centrale russe a été bloquée par les sanctions qui frappent le pays depuis l’invasion de l’Ukraine, et qui ont été considérablement renforcées le mois dernier.

Sanctions

Le Trésor américain a en effet mis fin le 25 mai à une dérogation qui permettait aux établissements financiers américains de percevoir et de distribuer les paiements d’intérêts russes. « Il est désormais interdit à la banque correspondante, à l’agent payeur, à la chambre de compensation ou aux dépositaires de participer au paiement en recevant l’argent provenant du gouvernement russe », témoigne Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management. Les banques européennes ont préféré s’aligner, certaines de subir les foudres de Washington si elles permettaient de contourner ces sanctions.

Côté russe, on dénonce comme « une farce » ce défaut artificiel, provoqué par la volonté des Etats-Unis. « Tout le monde peut déclarer ce qu’il veut, a déclaré le ministre russe des Finances, Anton Silouanov. Mais toute personne qui comprend ce qui se passe sait qu’il ne s’agit en aucun cas d’un défaut de paiement ». Les remboursements, effectués en roubles faute d’accès au dollar , ont été déposés auprès de la chambre de compensation de Moscou. Mais l’argent reste bloqué en Russie.

Symbole

Techniquement, le pays n’est pas encore défaut. Normalement, cette décision doit provenir des agences de notation. Or, les sanctions européennes et américaines ont interdit aux grands acteurs du rating de continuer à noter la Russie. Toutefois, indique Bloomberg, si 25 % des créanciers lésés constatent le défaut, celui-ci deviendra officiel. Reste à savoir si ces derniers agiront rapidement, ou s’ils attendront un peu avant de dégainer, pour voir comment évolue le conflit. Quant au comité de détermination de l’ISDA, qui se prononce sur le déclenchement des « Credit default swap » (CDS), des produits dérivés qui fonctionnent comme des polices d’assurance pour les créanciers, il a déjà constaté le défaut .

Une fois confirmé, le défaut aura un impact symbolique fort pour le pays. Moscou est déjà dans la situation d’un paria économique, financier et politique. Les réserves de change de la banque centrale restent gelées et les plus grandes banques sont coupées du système financier mondial. Depuis plusieurs années, il a réduit sa dépendance à l’égard des financements internationaux. Mais s’il est déclaré en défaut, même les investisseurs des pays moins hostiles – comme la Chine et l’Inde – pourraient afficher une certaine réticence à prêter à la Russie.

Les Echos