La « stagflation » : Cette menace qui plane sur la France et la zone euro

Un terme technique bien connu des économistes, mais beaucoup moins du grand public, nous touche dans notre quotidien. C’est un dangereux cocktail qui pourrait menacer l’économie européenne. La guerre en Ukraine a engendré une flambée des prix de l’énergie, entraînant une inflation de 7,5% dans la zone euro – du jamais vu depuis 25 ans – couplée à une croissance quasi-nulle (0,2% au premier trimestre). La combinaison des deux phénomènes fait planer la menace d’une «stagflation» en Europe comme en France.

C’est un dangereux cocktail qui pourrait menacer l’économie européenne. La guerre en Ukraine a engendré une flambée des prix de l’énergie, entraînant une inflation de 7,5% dans la zone euro – du jamais vu depuis 25 ans – couplée à une croissance quasi-nulle (0,2% au premier trimestre). La combinaison des deux phénomènes fait planer la menace d’une «stagflation» en Europe comme en France. Un terme technique bien connu des économistes, mais beaucoup moins du grand public.

Stagflation» est la contraction de «stagnation» et d’«inflation». Le phénomène intervient généralement après un choc qui affecte la production des entreprises, les prix et l’emploi. Ce fut notamment le cas au début des années 70 lorsque survint le choc pétrolier, que l’on compare à la situation économique actuelle. La zone euro en général et la France en particulier sont-elles vraiment en stagflation ? Les derniers indicateurs publiés par l’Insee, il y a huit jours, font effectivement craindre un début de stagflation : la croissance française est à l’arrêt au premier trimestre (environ -0,05%) et l’inflation, de 4,8% sur un an, a battu un record vieux de près de 40 ans.

Le ministre de l’Économie et des finances Bruno Le Maire a lui-même estimé, début mars, que la crise énergétique actuelle, marquée par une flambée des prix, était «comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973». Un avis que ne partage pas la présidente de la Banque centrale européenne. «Bien que le degré inhabituel d’incertitude puisse signifier un ralentissement combiné de la croissance et une inflation élevée, la situation actuelle ne peut être comparée à celle des années 1970», a déclaré Christine Lagarde dans une interview au quotidien slovène Delo. Deux raisons à cela : l’inflation était plus élevée il y a 50 ans (8,5% en France) et la hausse générale des prix avait provoqué une augmentation des salaires que «nous ne voyons pas aujourd’hui», argumente l’ancienne locataire de Bercy.

Dit autrement, les salaires n’augmentent pas aussi vite que l’inflation. Une mauvaise nouvelle pour les ménages qui voient leur pouvoir d’achat plombé, mais a contrario positive pour la BCE. «La BCE espère que cette perte de pouvoir d’achat va faire baisser la demande et donc l’inflation, décrypte Christopher Dembik, directeur de la Recherche macroéconomique pour le groupe Saxo Bank. C’est une stratégie risquée car elle pourrait engendrer une paupérisation des 15/20% des ménages les plus modestes et de nous mener à une crise sociale».

En effet, si la hausse des salaires ne suit pas ces pressions inflationnistes, la consommation des ménages risque d’être plombée. En réalité, elle l’est déjà selon les derniers chiffres de l’Insee publiés en février dernier (les prochains le seront fin mai) et risque de l’être encore plus dans le futur. C’est l’indice de confiance des Français qui nous le dit : cet indicateur avancé de la consommation s’est effondré en avril, retombant à un plus bas jamais atteint depuis fin 2018, lors du fameux mouvement des «gilets jaunes». Pour Marc Touati, économiste et président du cabinet ACDEFI, la stagnation de la croissance qui s’installe va se transformer en une récession. «Nous aurons un deuxième trimestre de baisse de la consommation et certainement du PIB en France. La récession a commencé en France !», affirme-t-il.

Dès lors, que faire pour lutter contre la stagflation ? Il existe deux solutions : relancer la croissance ou réduire l’inflation. Pour la première option, ce sont les États qui ont la main. Nicolas Bouzou, économiste et fondateur du cabinet Asteres, remet sur la table un sujet ô combien sensible en cette période d’élections législatives. «Pour relancer la croissance, il faut innover et travailler plus. Ce qui réduit le chômage», explique-t-il. Dit autrement, il faut retarder l’âge de départ à la retraite. L’autre option : réduire l’inflation. Et dans ce domaine, c’est la Banque centrale européenne qui peut agir. Comment ? En remontant ses taux d’intérêt. Ce que son homologue américaine a déjà fait. La présidente de la BCE a ouvert cette semaine la possibilité d’une première hausse des taux cet été si l’inflation persiste à un niveau élevé. Pour la plupart des économistes, la hausse des prix pourrait d’ici la fin de l’année atteindre voire dépasser les 7 ou 8%.

Problème : une hausse des taux risque de mettre un coup d’arrêt à l’activité économique puisque le coût de l’argent serait plus élevé. Ce qui peut peser sur la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Obtenir un crédit immobilier pour acheter un logement deviendrait aussi plus compliqué. Cette solution serait d’autant plus dommageable que la croissance est déjà affectée par les conséquences de la guerre en Ukraine. «Il devient donc urgent pour les Banques centrales de ne surtout pas resserrer trop vite et trop fort leur politique monétaire.

Quant aux États, il serait bon qu’ils s’engagent dans de véritables politiques budgétaires de soutien à la demande et la transition énergétique, le tout accompagné d’une politique industrielle de long terme», analyse Raphaël Didier, docteur en économie et chercheur au laboratoire BETA de l’Université de Lorraine.

Reste à savoir comment le futur gouvernement va influer sur le pouvoir d’achat des Français, après les efforts déjà consentis pour aider les ménages mais aussi les entreprises depuis la crise sanitaire. Au risque de faire gonfler encore plus la dette de la France (plus de 2800 milliards d’euros) qui plombe déjà le redressement économique du pays.

Le Figaro