La technologie au service de la préservation des savoir-faire ancestraux européens

Temps de lecture : 2 minutes

En quoi les technologies numériques sont-elles utiles pour l’étude, la protection et la promotion de l’artisanat souvent millénaire comme la fabrication traditionnelle de fromages ? Nous sommes allés chercher des réponses au cœur des montagnes de Crète.

Dans un “mitato”, nom local des abris de bergers construits en pierre au XIXe siècle, nous retrouvons Alekos Ntagiadas : à 73 ans, il fabrique encore du fromage – deux variétés au lait de chèvre appelées “mizithra” (μυζηθρα) et “katsohiri” (κατσοχοίρι) – avec la méthode que son oncle lui a apprise quand il était enfant.

“Presque toutes les familles du coin, 85% des gens, étaient bergers ; chaque famille avait ses bêtes et ses abris à moutons et fabriquait ses produits, donc presque tout le monde produisait du lait,” indique Alekos Ntagiadas avant d’ajouter : “Dans ma famille, on avait des chèvres aussi ; j’en ai encore, je perpétue la tradition familiale.”

“Scanner” les objets, les gestes et le contexte

Ce savoir-faire est un sujet d’études pour des informaticiens qui participent à un projet de recherche européen appelé Mingei. Avec leurs appareils dernier cri, ils passent au crible les objets utilisés, mais documentent aussi les aspects immatériels de ces activités comme les mouvements et la dextérité des artisans, ainsi que le contexte géographique, architectural et culturel dans lequel elles trouvent leur origine et prospéraient à une époque.

“Tour d’abord, on utilise des scanners pour étudier les objets tangibles du patrimoine culturel,” précise Xenophon Zabulis, coordinateur du projet et informaticien au sein de la Fondation pour la recherche et la technologie Hellas (FORTH).

“Deuxièmement, on enregistre les mouvements des artisans pour pouvoir reproduire les gestes qu’ils font dans leur pratique et troisièmement, et c’est un point très important -, on recrée d’un point de vue sémantique les contextes culturels, les processus historiques, l’ensemble de valeurs et la mémoire collective dans lesquels ces artisanats sont nés,” explique-t-il ensuite.

D’autres savoir-faire intéressent les chercheurs : le filage et la teinture de la laine, le soufflage du verre, la poterie ou encore le tissage de la soie.

Grâce à la réalité augmentée et mixte, l’équipe du projet associe les activités traditionnelles à leur environnement historique et géographique dans lesquels elles se sont développées.

“On a dû travailler sur une méthodologie générale pour recueillir les données concernant ces savoir-faire et les présenter au mieux : cela n’a pas été facile,” reconnaît Nikolaos Partarakis, informaticien au sein de la Fondation pour la recherche et la technologie Hellas. “On a dû se concentrer à la fois, sur cette méthodologie – par exemple en discutant avec les artisans et en évaluant si notre approche correspondait à leurs besoins – et sur la création des outils techniques qu’il nous fallait pour atteindre nos objectifs : c’était un grand défi,” fait-elle remarquer.

“Moderniser les récits”

Pour mieux faire connaître ces traditions à un public jeune et habitué de la technologie, les chercheurs ont choisi de les présenter de manière ludique, sous la forme de bandes dessinées interactives comme pour le soufflage du verre ou grâce à de vieux appareils qui permettent de faire des selfies vintage.

“On a créé ces applications pour faire en sorte que nos résultats soient plus accessibles et plus compréhensibles : nos recherches doivent être présentées de manière plus amusante pour attirer le public,” affirme Xenophon Zabulis, coordinateur du projet Mingei. “Pour préserver ces savoir-faire, on doit susciter l’intérêt de différentes manières en modernisant les récits qu’ils portent,” estime-t-il.

Au-delà de ce travail patrimonial, les outils de ces chercheurs peuvent aider à renforcer la viabilité économique de ces savoir-faire, par exemple dans l’écotourisme.