La télévision, mort ou mutation ?

La télévision se meurt-elle ? Les derniers chiffres des audiences du petit écran sont en baisse et s’inscrivent dans un mouvement de fond… Mais, plus qu’une fin de règne, ce changement s’apparente à une mutation des modes de consommation de l’information, des médias et de la culture numérique.

La consommation de télévision canal historique diminue. En avril, en pleine élection présidentielle, la télévision linéaire (terme utilisé pour la télé « classique ») était de 3h27 en moyenne par jour soit une baisse de 32 minutes par rapport à 2021. Une chute étonnante, alors que tous les voyants sont au vert pour faire de l’audience avec l’élection présidentielle et la guerre en Ukraine. Après des audiences exceptionnelles pendant le confinement, c’est un peu un retour sur terre pour la télévision même si les chiffres demeurent très flatteurs. Ils tendraient néanmoins à baisser encore pour quelques années…

Les plus âgés ont toujours le réflexe télé

Dans son intervention au Sénat le 28 janvier 2022, le président du directoire de M6 Nicolas de Tavernost expliquait que 68 % de l’audience de la télévision était faite par les plus de 50 ans contre 50 % en 2010.

La tendance est claire et n’est pas dénuée d’intérêt pour quiconque étudie les tendances électorales de l’élection présidentielle. La victoire d’Emmanuel Macron s’est faite grâce à une grande partie de la population de plus de 60 ans. L’influence de la télévision a pu diminuer sur la population globale mais elle constitue toujours un enjeu majeur pour quiconque veut s’adresser à ce segment électoral.

Moins de télé, plus d’écran : la multiplication des supports

Les chaînes de télévisions historiques se réorganisent, diversifient leurs supports et ont largement investi le numérique sous des formes multiples : création de plateformes, utilisation des réseaux sociaux pour valoriser leurs produits télés… La baisse de la consommation de la « télé de Papa » ne doit en rien laisser imaginer que les français ont délaissé les écrans pour la lecture !

Ainsi, la baisse de la consommation de télévision coïncide avec la hausse de consommation d’écran.

La télévision, compris sous le sens l’écran qui trône dans le salon, reste ainsi allumée pour regarder Netflix ou une autre plateforme mais délaisse un peu les chaînes classiques. Une enquête de 2021 évoquait 56 heures hebdomadaires passées devant les écrans par les français, tous écrans confondus et travail inclus, soit, 122 jours par ans et plus de 25 ans à l’échelle d’une vie.

Les plateformes, qui ont pris en main les programmes de type cinéma participent désormais largement de cette industrie et s’attaquent au secteur sportif, finissant de faire des diverses disciplines des spectacles de type « super Ball » à l’américaine.

Vers une fragmentation des modes de consommation

L’hégémonie de tel ou tel acteur de la télé semble révolue. De la même manière que Facebook a dû partager la part du gâteau des réseaux sociaux, il semblerait surtout qu’aujourd’hui la tendance soit à un découpage par segments des moyens de diffusion.

Schématiquement : les plus âgés sont utilisateurs de la télévision, les trentenaires et jeunes quarantenaires se sont habitués à Facebook quand les nouvelles générations se sont plus tournées vers Instagram ou Tik Tok. Ce constat n’empêche bien sûr pas l’usage de plusieurs plateformes par certains utilisateurs ou l’usage de réseaux sociaux « étiquetés » jeunes par des plus âgés ni la consommation du petit écran par les plus jeunes.

L’idée générale n’en demeure pas moins que l’on pourrait affirmer « donne-moi ton âge, je te dirai ton réseau ». Cette diversité des supports a pour conséquence une perception aussi diverse de l’information notamment dans sa hiérarchisation. Quant à la diversité des contenus et des opinions, elle semble plutôt renforcée de l’éclatement des supports. 

Un plafond de verre ?

Si les chiffres de la télévision continueront normalement de baisser pendant quelques années, la télévision linéaire demeure la plateforme de référence. Ses contenus, dopés par des productions disposant de moyens financiers exorbitants, alimentent les réseaux sociaux plus que les réseaux sociaux n’alimentent la télévision.

Avec le temps, la baisse pourrait être par ailleurs contenue par une lassitude des réseaux en tout genre. En effet, les réseaux sociaux existent par l’interaction et le public âgé de demain qui utilise ces réseaux aujourd’hui n’aura pas nécessairement envie d’être actif sur ces supports. Demeurant encore au centre du dispositif média, la télévision devrait encore avoir de beaux jours devant elle, surtout avec l’allongement de la durée de vie !

OJIM