L’actrice Noémie Schmidt se bat pour un cinéma racisé, non genré et libre

A 30 ans, l’actrice valaisanne Noémie Schmidt s’est déjà façonné une belle carrière cinématographique à Paris. Mais c’est au sein d’un collectif de cinéma alternatif qu’elle met toute son énergie. Leur dernier film, “Années 20”, vient de recevoir un prix au festival Tribeca de New York. Avec des amis artistes, Noémie Schmidt vient d’acquérir une ferme en Dordogne. Un espace qui sera mis à disposition d’autres artistes et qui doit leur procurer liberté et indépendance, en leur permettant de continuer à créer, penser et réfléchir différemment.

Sans pour autant lâcher leur colocation parisienne, c’est désormais dans cette région française qu’ils espèrent passer le plus de temps possible. “Pour moi, ce n’est pas un changement de vie, mais une continuité logique de ce que l’on a déjà mis en place”, explique à la RTS Noémie Schmidt.

Il faut dire que l’actrice aime brouiller les pistes, remettre en jeu ses acquis et surtout expérimenter. Née en Valais, et fière de ses origines, c’est tout d’abord en Belgique qu’elle se rend pour suivre des cours de comédie. Puis cap sur Paris, où ses premiers pas à l’écran dans le court-métrage “Coda” se voient récompensés par plusieurs prix.

Noémie Schmidt se met au vert [RTS]
Noémie Schmidt se met au vert

Le monde des séries et du cinéma lui tend les bras et le succès ne se fait pas attendre. En 2014, elle est la duchesse d’Orléans dans la série “Versailles”, puis on la voit dans “L’étudiante et Mr Henri”, au côté de Claude Brasseur, dans “Radin” avec Dany Boon ou encore donner la réplique à Fanny Ardent dans “For This Is My Body”.

Un cinéma expérimental

Mais le star-system n’est pas la tasse d’ovomaltine de la Suissesse qui préfère se tourner vers un cinéma qui lui correspond mieux. Entre 2014 et 2017, elle participe au film expérimental “Paris est à nous”, réalisé par un collectif d’artistes dont elle fait partie. Un long métrage au tout petit budget, obtenu grâce à un crowdfunding, qui prend la forme d’une immersion permanente dans une capitale alors sous tension suite aux attentats.

En 2019, le film est racheté par Netflix, ce qui permet au collectif de partir sur un nouveau projet expérimental. “Années 20” est un film manifeste qui immortalise Paris au moment du déconfinement. Il raconte une jeunesse et son époque et promet le plus long plan-séquence de l’histoire du cinéma français.

Ce film, pour lequel Noémie Schmidt est créditée à la fois comme actrice et comme scénariste, n’est pas encore sorti dans les salles, mais vient déjà de recevoir un prix au festival Tribeca de New York où il a été montré en première mondiale.

Au sein de ce collectif, “on propose un autre modèle”, explique la jeune femme à la RTS. On aimerait un cinéma qui soit à l’image de la vie réelle. Racisé, coloré et non genré. Qu’il y ait une grande liberté de création et des pouvoirs plus horizontaux.”

Un combat contre les inégalités

La question des rapports de pouvoir est centrale pour la Suissesse qui a fait partie de celles qui ont dénoncé les abus dans le milieu du cinéma dans la mouvance #Metoo en 2017. Depuis, “il y a eu une prise de conscience” mais le travail à faire reste encore énorme, estime Noémie Schmidt. “Les agressions sexuelles, le harcèlement, les discriminations, je les subis au quotidien dans mon métier, comme toutes les femmes dans tous les milieux. Mais dans notre milieu, il y a énormément de pouvoir. Et lorsqu’on en a, c’est plus facile de manipuler les gens. Et quand on n’en a pas et que l’on est fascinée par quelqu’un, c’est difficile de dénoncer, surtout quand on voit l’impunité qui existe”.

Les agressions sexuelles, le harcèlement, les discriminations, je les subis au quotidien dans mon métier.” – Noémie Schmidt, actrice

Ce sont des rôles comme ceux de la jeune maîtresse du roi dans “Versailles” ou de jeunes étudiantes ingénues et parfois séductrices qui ont forgé la colère de Noémie Schmidt et précipité sa prise de conscience. “Je me suis rendue compte que j’étais un peu cantonnée dans ce type de rôles et qu’on m’objectifiait. Dans les métiers de l’image, c’est très difficile de sortir de ces carcans, et c’est pour cela que je me bats”, martèle la jeune femme. Et d’ajouter: “nous qui avons une parole publique avons une responsabilité, et il faut qu’on se batte pour que les inégalités cessent et que l’on puisse avoir les mêmes chances. Aujourd’hui, je suis toujours moins payée que mes homologues masculins.”

Au sein de ce collectif, “on propose un autre modèle”, explique la jeune femme à la RTS. On aimerait un cinéma qui soit à l’image de la vie réelle. Racisé, coloré et non genré. Qu’il y ait une grande liberté de création et des pouvoirs plus horizontaux.”

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