L’Allemagne va légaliser le cannabis pour “protéger les jeunes”

La future coalition au pouvoir en Allemagne a annoncé mercredi son intention de légaliser le cannabis afin de “contrôler la qualité” des substances et de remplir les caisses de l’État. Une politique diamétralement opposée à celle du gouvernement français.

C’est officiel : le pays le plus peuplé d’Europe va légaliser le cannabis. La future coalition au pouvoir au pouvoir en Allemagne, composée du SPD (sociaux-démocrates), des Verts et du FDP (libéraux), a annoncé mercredi avoir trouvé un accord sur le sujet. Cette libéralisation ferait du pays le deuxième de l’Union européenne après les Pays-Bas à choisir la voie de la vente encadrée. La France, elle, en est encore loin.

L’Allemagne dispose déjà d’une législation moins restrictive que nombre de ses voisins européens, avec la possibilité dans certaines villes comme Berlin de détenir quelques grammes pour sa consommation personnelle. L’usage de cannabis à des fins thérapeutiques a également été autorisé en 2017. La légalisation de l’herbe était réclamée par les Verts et les libéraux depuis de longues années.

Enjeu de santé publique

La future équipe qui succédera bientôt à Angela Merkel entend autoriser “la distribution contrôlée de cannabis aux adultes à des fins de consommation dans des magasins agréés”. Cette mini-révolution “permettra de contrôler la qualité, d’empêcher la circulation de substances contaminées et de protéger les jeunes”, plaide la coalition dirigée par le social-démocrate Olaf Scholz.

Le cannabis vendu dans la rue est en effet souvent coupé avec d’autres substances telles que de la laque, du sable ou encore du Brix, un adhésif de synthèse destiné à gonfler artificiellement le poids de l’herbe. En 2018, le magazine berlinois Zitty avait fait analyser du cannabis acheté dans les principaux points de vente de la capitale et avait abouti au résultat inquiétant que huit sur neuf étaient coupés avec d’autres substances.

Les autorités sanitaires s’alarment en outre de la circulation de nouveaux cannabinoïdes de synthèse disposant d’un taux de THC très élevé qui fait courir des risques sanitaires, en particulier aux plus jeunes. L’université allemande d’Ulm avait ainsi observé en 2019 presque huit fois plus de cas de psychose liés au cannabis qu’en 2011 et noté que durant la même période, la teneur en THC du cannabis consommé en Allemagne avait nettement augmenté.

Un marché très profitable

La légalisation permettrait donc de contrôler étroitement la composition du produit consommé. Le cannabis en vente libre pourrait aussi représenter une manne pour les caisses de l’Etat et se muer en “or vert”  comme au Canada ou dans les Etats américains qui autorisent un usage récréatif du chanvre.

Une récente étude menée par une équipe de l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf a estimé à environ 4,7 milliards d’euros les gains pour les finances publiques du cannabis légalisé. Une taxe sur le cannabis identique à celles sur le tabac ou l’alcool rapporterait à elle seule 1,8 milliard chaque année.

Des économies d’environ un milliard d’euros pourraient en outre être réalisées sur les poursuites pénales visant consommateurs et petits dealers, selon cette étude, qui évalue à environ 27 000 le nombre d’emplois créés par la légalisation. La prohibition du cannabis coûte chaque année de l’argent aux contribuables “sans avoir le moindre effet positif”, affirme Georg Wurth, directeur de l’Association allemande du cannabis.

Les futurs lieux de vente n’ont pas encore été définis. La Fédération des pharmaciens plaide pour une distribution dans les tabacs, “coffee-shops” et pharmacies.

Policiers et addictologues inquiets

Mais la légalisation conserve de nombreux adversaires en Allemagne. Stephan Pilsinger, porte-parole de la CDU dans la lutte anti-drogues, accuse ainsi la coalition de mener une “expérience sur la santé de notre société et de nos jeunes”. “L’Etat doit-il vraiment gagner de l’argent en plongeant ses citoyens dans le danger de la dépendance, des psychoses permanentes et de la souffrance physique et mentale ? Je pense que c’est immoral”, dénonce-t-il.

Des syndicats de policiers disent redouter une “banalisation de la consommation de cannabis” et des addictologues mettent en garde contre l’impact éventuel sur la santé mentale des plus jeunes et les risques de cancer. La future coalition a promis que la future loi serait réévaluée au bout de quatre ans.

Pendant ce temps-là en France

Selon l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies, les Français sont les premiers consommateurs de cannabis en Europe. Mais plutôt que de se diriger vers une dépénalisation ou une légalisation comme de plus en plus de pays, le gouvernement français a choisi de durcir sa politique de répression contre la drogue à travers un plan national de lutte contre les stupéfiants et le déploiement d’une amende forfaitaire.

Ouvert à une révision de la législation pendant la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron a finalement changé d'avis pendant son mandat, pointant les effets "désastreux" de la consommation de cannabis.

Quelques semaines plus tard, une mission d’information de l'Assemblée nationale estimait que la "nouvelle guerre contre les drogues" du gouvernement était "condamnée à échouer comme les précédentes". Elle appelait à la place à "un véritable changement de cap" et à une légalisation encadrée du cannabis.

Le Dauphiné