L’alphabet épicène de Tristan Bartolini

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À l’étranger comme en France, la question de l’inclusivité de notre langue fait débat. De jeunes graphistes, typographes et designers apportent de nouveaux outils pour répondre à ces enjeux. Tristan Bartolini, lui, a créé de nouvelles lettres, pour un alphabet plus neutre.

“Je suis personnellement convaincu que l’art et le design ont vraiment le pouvoir d’alimenter tous les débats qui existent sur des aspects sociaux et politiques”. Tristan Bartolini, graphiste, œuvre à une meilleure représentation de tous les genres. Un travail qui lui a permis de gagner le prix Art Humanité de la Croix-Rouge genevoise.

Vers une langue neutre ?

Les caractères qu’il a créé sont complètements nouveaux et épicènes. Ils ne représentent ni le genre masculin, ni le genre féminin. Ses signes sont épurés, lisibles, poétiques. Comme dans ce signe où le X et le SE s’entrelacent

Il crée des terminaisons uniques avec chaque consonne et s’inspire également de néologisme, comme le mélange des pronoms “il” et “elle” = iel . Un procédé linguistique qui permet de désigner des personnes sans faire référence à leur genre. 

Sa démarche typographique fait écho à des questionnements sur la langue française : pourquoi le masculin l’emporte sur le féminin ? Comment rendre notre langue plus neutre ?
Des pratiques ont émergé ces dernières années comme l’utilisation du point médian pour exprimer le féminin et le masculin à égalité, par exemple : mon ami.e ou les citoyen.ne.s. Perçu comme une avancée pour certains, le point médian peine à convaincre. L’Académie française  parle de “péril mortel pour la langue” tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, évoquait lui “une complexité qui n’est pas nécessaire”.

Des caractères épicènes 

Tristan Bartolini cherche d’autres réponses, d’autres outils. Au printemps 2020, pour son projet de Bachelor à la Haute École d’Art et de Design de Genève, il se lance un défi : trouver des solutions graphiques, typographiques pour superposer les genres féminin et masculin. Il commence par faire des recherches pour voir jusqu’où il peut aller sans trop intervenir dans la graphie de l’alphabet. D’abord à la main puis en version digitale, pendant des heures, il découpe puis fusionne des lettres pour qu’elles puissent s’écrire, se calligraphier et se taper à l’ordinateur. 

Entrelacer des lettres est un procédé rare mais complètement admis dans notre alphabet comme dans le mariage du “o” et du “e” dans les mots cœur ou sœur.

La première observation a été de se dire qu’il fallait prendre en compte l’orthographe, respecter l’orthographe des terminaisons féminine et masculine et les superposer en un seul signe. Mais les lettres devaient être suffisamment présentes pour qu’on puisse les reconnaître assez intuitivement et donc lire le signe quand il est contextualisé dans un mot.              
Tristan Bartolini, graphiste

Ce genre de procédé graphique existe aussi dans d’autres pays, d’autres langues. En espagnol par exemple, où le “a” désigne le plus souvent le féminin et le “o” le masculin, le caractère “@” qui ressemble à un “a” et un “o” mélangés est utilisé par des militants comme genre neutre :  todos / todas / tod@s.

Sa démarche graphique et militante s’inscrit dans un mouvement de typographes, de graphistes, de designers qui veulent rendre l’écriture plus inclusive. Une longue recherche, typographique mais aussi, linguistique et phonétique, qui pourrait un jour aboutir à de nouveaux usages et qui nous incite à la réfléchir  sur nos pratiques.

France Culture