Lambersart (59) : Martin, nigérian menacé d’expulsion, « Si j’y retourne, ils me mettront en prison »

Il vit à Lambersart depuis trois ans, avec sa compagne, Nigériane comme lui. Sa fille de trois ans est scolarisée à l’école Rameau, la plus petite est en crèche. Martin Ozemwongie, arrivé en France en 2016, et toute sa famille sont frappés d’une obligation de quitter le territoire… Il craint pour leurs vies.

C’est arrivé sans prévenir. Une double « OQTF », Obligation de quitter le territoire français, arrivée dans la boîte aux lettres début juin. Comme un énième coup de semonce dans le long parcours administratif semé d’embûches de Martin, sa compagne Sandra, et leurs deux filles, Valérie, trois ans et demi et Vina, deux ans, nées à Lille.Pour Martin Ozemwongie, 38 ans, ce parcours d’obstacles commence au Nigeria en 2016. Il est ingénieur civil, épaule sa mère et ses sœurs. Quand une condamnation tombe. Martin est, raconte-t-il, soupçonné d’homosexualité, et ça vaut 14 ans de prison au Nigeria. Il se sauve. Long périple aux étapes principales que l’on devine. Lybie, Italie, puis France. Lille sera le coup du hasard, par le biais d’amis rencontrés durant le voyage.

« Ils ne m’ont pas cru »

Un autre périple, administratif celui-là, commence. Demande d’asile. Refusée. « Ils ne m’ont pas cru », souffle Martin. Demande de titre de séjour… Compliqué, là encore. Et puis il y a Sandra. Elle est Nigériane, elle aussi, a subi des maltraitances dans son pays, est arrivée en France en 2010. Elle aussi ballottée entre « récépissés » et espoirs de titres de séjour. Ils se rencontrent en 2017. Arrivent à Lambersart en 2018, à la naissance de Valérie, leur première fille. Ils sont hébergés au centre parental de la ville. Sandra a besoin de soins quotidiens, des infirmiers passent tous les jours pour elle au centre parental, Martin est là, elle en a besoin. Il s’occupe de leurs filles, qui sont désormais deux… La plus grande est scolarisée depuis deux ans à l’école Rameau. Tout va bien pour elle. Tout va bien, mais ça pourrait bien s’arrêter.

Il n’y a pas plus humble et respectueux que Martin. L’injustice est là »

Martin s’investit au centre parental. « Il travaille bénévolement avec l’équipe technique de l’établissement, il est investi dans le groupe de parole, prend des cours de français au Pacot », énumère l’une des salariés du centre, qui ne peut pas croire que Martin, sa compagne et leurs deux filles soient sous la menace d’une expulsion. « Il n’y a pas plus humble et respectueux que Martin. L’injustice est là… »Parce début juin, en réponse à une énième demande de titre de séjour pour Sandra, c’est une double OQTF qui est arrivée dans la boîte du centre parental. Une pour Sandra, une pour Martin. 

D’un coup leurs deux dossiers se retrouvent liés, et leurs deux filles frappées du même coup. « Je n’arrive plus à dormir, lance Martin. Si je retourne au Nigeria, ils me mettront en prison. Je veux rester en France et travailler. J’étais ingénieur civil, mais je peux faire n’importe quel travail. Je veux m’occuper de ma famille. »Une avocate s’est chargée du dossier. Un recours a été déposé pour lever l’OQTF. Une audience est prévue, mais aucune date n’est annoncée. Alors il faut attendre, encore. Et espérer. Martin sait faire ça. Espérer, et attendre. Bercé de sages proverbes sur le cycle de la vie, il parvient encore à sourire en prédisant que quoiqu’il arrive, les feuilles des arbres finiront toujours par repousser.

La Voix du Nord