Lanciné, réfugié guinéen : un parcours exemplaire, mais pas sûr de pouvoir rester en France

Lanciné nous reçoit dans une de ses familles d’adoption de l’Armentiérois. Arrivé en France en 2016, le Guinéen arrive en bout de course pour obtenir des papiers. Alors qu’un dernier recours va être déposé cette semaine et que des citoyens ont lancé une pétition en ligne pour le soutenir, il nous raconte son parcours, sa nouvelle vie en France et ses espoirs.

Lanciné, 21 ans, est arrivé en France en 2016. Aujourd’hui toutes ses demandes d’asile ont été déboutées. Son dernier espoir, le recours qui va être déposé cette semaine par son avocate. Photo Thierry Thorel – VDN

Lanciné n’a que 21 ans, mais fait preuve aujourd’hui d’une maturité impressionnante. Il faut dire que la vie ne l’a pas épargné. Né en Guinée, orphelin de père à 10 ans, il est envoyé chez un oncle de sa mère en Côte d’Ivoire à cause d’une histoire familiale compliquée. Son frère a vraisemblablement été assassiné. Il y restera deux ans, sera un temps scolarisé, puis perdra son oncle. Il doit très vite travailler et bascule dans la vie d’adulte. Sa mère, inquiète pour sa vie, lui envoie toutes ses économies.

Lanciné n’a pas encore 14 ans et il vient de lui promettre de rejoindre la France pour avoir un avenir. Ce périple durera trois ans. Il le fera passer par la Libye et les geôles de passeurs. « Je n’avais plus d’argent. » Chaque jour, ses ravisseurs appellent sa famille pour essayer de lui extorquer des fonds. En vain. Les coups pleuvent, la nourriture manque.

Lanciné doit sa liberté à un fermier libyen qui a payé pour lui. « J’ai travaillé un an dans ses champs pour le rembourser et une année de plus pour payer mon voyage jusqu’à l’Italie. » Lanciné est encore un enfant, mais son corps – et particulièrement son genou en très mauvais état – le freine et lui rappelle les heures les plus sombres de son voyage.

Finalement, après avoir embarqué sur un bateau de fortune avec près de cent vingt-cinq personnes, c’est l’arrivée en Italie et la prise en charge dans un foyer pour migrants. Lanciné économise de nouveau. « Je suis arrivé en France, à Nice, grâce à un réseau de passeurs. Ils nous ont déposés à côté de la gare. »

Lanciné est toujours mineur, il embarque dans un train en direction de Marseille puis dans un bus à destination de Lille. « J’étais fan d’un Ivoirien du LOSC, Gervinho, et je me disais qu’il y avait beaucoup de noirs dans l’équipe de Lille, que peut-être j’aurais une chance. » …[…]

Une nouvelle vie en France

L’état de santé du jeune Guinéen s’est dégradé. Sa première nuit, il la passe à la gare de Lille. « Le lendemain, j’ai vu un noir, je lui ai parlé il m’a dit d’aller au camp de migrants du jardin des Olieux. J’ai retrouvé d’autres réfugiés, ils m’ont fait une place sous les tentes. ».

Premières démarches auprès de l’aide sociale à l’enfance, mais les foyers pour mineurs sont complets, les appels au 115 restent vains. Lanciné n’a pas de passeport, doit se faire envoyer un extrait d’acte de naissance. Les semaines se succèdent. Il voit enfin un médecin grâce à une association. Une demande de couverture sociale, via l’aide médicale d’État, est lancée. Une opération est nécessaire. Elle aura lieu en février 2017.

C’est à ce moment-là que Lanciné découvre l’Armentiérois et le formidable réseau solidaire qui s’est créé à travers l’association TRAAMSa convalescence se passera dans plusieurs familles d’accueil qu’il ne quittera plus. C’est simple, aujourd’hui, Lanciné a deux mamies, un capitaine et plein de clés de maisons dans lesquelles il est toujours le bienvenu…[…]

Une pétition citoyenne de soutien

« Ce n’est pas la guerre, c’est une histoire familiale qui a poussé Lanciné à quitter son pays. Il ne peut pas être considéré comme un réfugié politique, mais pourtant, dans son pays, il ne serait pas en sécurité. » Catherine, Armentiéroise, fait partie des initiateurs de la pétition de soutien à Lanciné, avec Véronique et Laurent. Elle fait partie aussi de toutes ces familles de l’Armentiérois qui ont adopté symboliquement le jeune garçon depuis son arrivée en France. Ce garçon qu’elle décrit volontiers comme discret, sérieux. « C’est aussi un garçon investi dans ses témoignages de vie. Il a participé à plusieurs spectacles pour évoquer son parcours à Fleurbaix et Armentières. »

A.-C. P.

L’article complet: La Voix Du Nord