L’antiracisme est-il devenu fou ?

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C’est bizarrement l’un des principaux griefs de la droite envers la gauche. Pire, de la gauche dite universaliste envers la gauche dite islamo-gauchiste. À cet égard, la principale vertu de l’antiracisme serait son hygiénisme : il a enfin permis à la gauche de se séparer de ses éléments problématiques et d’y voir un peu clair, après un demi-siècle de tourments indécidables sur la question du libéralisme.

D’y voir un peu plus clair, mais de savoir dans quelle direction, c’est plus compliqué : le schisme est irréfutable, mais qui gardera son poing serré sur la rose ? Car ce ne sont pas toujours les orthodoxes qui restent à Rome, à Solférino ou à Ivry. Une chose est certaine, le mouvement Black Lives Matter du printemps aura été l’un des grands événements de l’histoire de la gauche.

Comment j’ai rejoint le mouvement Black Lives Matter

Il faut d’ailleurs que je vous raconte comment j’ai été recruté, au printemps, par le mouvement Black Lives Matter.

J’ai intégré la cause pour des raisons illichiennes. Ce n’est pas la dénonciation de la violence de la police qui m’a fait basculer, c’est plutôt celle de son inefficacité : le monopole radical de la violence avait clairement échoué. Je veux dire que cela fait des années maintenant qu’on s’est habitué, dans nos rues, à une forte présence policière, comme à un discours politique prônant sans cesse son renforcement. Et que le constat est sans appel : cela a largement échoué dans la mesure où on continue à demander toujours plus de police.

En refusant de voir que la présence permanente d’éléments armés dans nos rue est en soit un échec, un échec qu’aucun fourgon de police supplémentaire ne pourra jamais cacher. L’existence de la police n’est pas une énigme moins grande que celle du mal. À ceci près qu’on demande rarement plus de mal pour que le mal enfin s’arrête — à moins, évidemment, de souscrire à la doctrine fasciste. 

J’ai ainsi intégré, spirituellement, le mouvement Black Lives Matter quand j’ai compris ce que la réponse dite sécuritaire avait de dangereusement débile. Et 2020 restera pour moi l’une des années les plus heureuses de l’histoire de l’humanité : l’année où, pour la première fois, on a envisagé de définancer la police. L’antiracisme était bien sous nos yeux en train de réussir là où toutes les utopies anti-industrielle avaient échoué.

Le paradoxe d’Huckleberry Finn

Sauf qu’à lui prêter des vertus aussi grandes, on risquerait de d’instrumentaliser l’antiracisme. Si il est la clé pour devenir meilleur, comme pensent les woke, ces évangélistes de la cause, de la cause transformée en messianisme, si l’antiracisme est mieux que la ZAD, mieux que le bio, le véritable levier pour une décroissance illichienne, on risquerait de le fétichiser — et par conséquent d’essentialiser, voire d’éterniser les victimes du racisme. 

La question a justement été posé par Mark Twain, l’un des pionniers de la conscience antiraciste. Huckleberry Finn et Jim, le blanc et l’esclave en fuite, accidentellement partis sur le même radeau, sont devenus d’authentiques amis. Mais Huckleberry souffre pourtant de l’apparition de sa conscience antiraciste nouvelle :

Ça prend plus de place que tout le reste, à l’intérieur, et pourtant ça sert à rien, mais à rien.” Pas à rien, lui répondra, avec ambiguïté Tom Sawyer, dans un passage qui résume toutes les ambiguïtés de l’antiracisme quand il passe d’une lutte au présent à une religion éternelle.

Tom vient enfin de libérer Jim de sa prison  : “il était de très bonne humeur. Il a dit que c’était ce qu’il faisait le plus amusant de toute sa vie et de plus intellectuel ; et il a dit que si seulement il avait le choix, on pourrait continuer pour le restant de nos vies et laisser Jim à nos enfants pour qu’ils l’aident à s’enfuir.

Comme les enfants d’esclaves naissaient nécessairement esclaves, les enfants de l’antiracisme seront-ils éternellement obligés de se rêver en libérateurs ?

France Culture

2 Commentaires

  1. Chronique de Aurélien Bellanger, gauchiasse de classe germanopratine, toujours prêt à crucifier sa mère pour un bon mot, un point d’audience en plus.

  2. à moins, évidemment, de souscrire à la doctrine fasciste.

    tous ces guignols “experts ès fascisme” qui s’imaginent le fascisme comme une idéologie petite bourgeoise de peureux à sa mémère demandant une société avec un flic planqué devant chaque logement afin de continuer sa petite vie de trou du cul…

    Tous ces gauchistes ont des problèmes à régler avec leurs parents, plein aux as en général, transposant tous leurs problèmes de ratés sur fond de psychologie comptoir.

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