L’apocalypse démographique n’aura pas lieu, selon une étude américaine financée par la fondation de Bill Gates

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À rebours de l’ONU, une étude de chercheurs américains prédit que la population mondiale atteindra un pic bien avant la fin du siècle. À l’origine de l’inversion de la courbe, le net recul du taux de fécondité attendu dans les pays pauvres.

Les raisons de se montrer optimistes sur l’avenir de l’humanité étant plutôt rares en moment, il convient d’apprécier la publication d’une étude de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), financé par la fondation de Bill Gates et dont les travaux font référence en matière de santé publique. L’étude ne porte pas sur la pandémie de Covid-19, pour laquelle les projections de l’IHME n’ont rien de réjouissant – avec notamment 220.000 décès prévus aux États-Unis –, mais sur les perspectives d’évolution à long terme de la population mondiale.

Combien d’habitants la planète comptera-t-elle en 2100, où vivront-ils, quel âge auront-ils ? À ces questions – essentielles sur les plans économique, écologique, social et géopolitique – les démographes de l’ONU ont récemment apporté des réponses anxiogènes, en prédisant une augmentation forte et continue de la population mondiale tout au long du siècle. S’élevant actuellement à 7,7 milliards, elle grimperait à 9,7 milliards en 2050 et à 10,88 milliards en 2100.

Selon les chercheurs de l’IHME, la population mondiale atteindra un pic dès 2064, à 9,73 milliards, avant d’entamer un déclin qui la ramènera à 8,79 milliards en 2100 À l’origine de cette inversion de la courbe, le net recul du taux de fécondité attendu dans les pays pauvres, grâce à une meilleure scolarisation des filles et à un accès plus facile à la contraception : de 2,37 au niveau mondial aujourd’hui, le taux de fécondité reculera à 1,66 à la fin du siècle et tombera sous la barre des 2,1 – le seuil de renouvellement d’une population – dans 183 des 195 pays étudiés.

Le taux de fécondité chutera notamment de 4,62 actuellement à 1,73 en 2100 en Afrique subsaharienne, sans empêcher toutefois la population de cette région de tripler d’ici à la fin du siècle pour atteindre 3 milliards. La conséquence mécanique d’une planète néomalthusienne et faisant moins de bébés, c’est qu’elle va considérablement vieillir.

L’âge moyen de la population mondiale passera de 32,6 ans actuellement à 46,2 ans en 2100. À cette date, la planète comptera 2,37 milliards de personnes de plus de 65 ans et seulement 1,7 milliard de jeunes de moins de 20 ans. À la fin du siècle, le nombre d’enfants de moins de 5 ans tombera à 401 millions (681 millions aujourd’hui), quand celui des personnes âgées de plus de 80 ans grimpera à 866 millions (141 actuellement), posant un peu partout le problème aigu du financement de la dépendance.

Car, s’il est une excellente nouvelle pour l’environnement, le déclin démographique annoncé par les experts de l’IHME risque en revanche d’avoir des conséquences économiques catastrophiques pour de nombreux pays. La population du Japon reculera de 128 millions aujourd’hui à 59 millions en 2100, celle de la Thaïlande de 71 à 35 millions et celle de l’Espagne de 46 à 23 millions. Celle de la Chine chutera de 1,4 milliard à 732 millions, permettant aux États-Unis, dont la population en revanche restera stable (autour de 330 millions), de redevenir à la fin du siècle la première puissance économique mondiale.

Conclusion logique mais polémique qu’en tire l’IHME : les pays victimes d’hémorragie démographique dans les prochaines décennies n’auront pas d’autre solution que de faire massivement appel à l’immigration pour permettre à leur économie de continuer à tourner et préserver leur niveau de vie.

La nouvelle donne démographique mondiale se traduira par une révolution copernicienne, où les gouvernements ne chercheront plus comme aujourd’hui à fermer leurs frontières aux étrangers mais rivaliseront au contraire pour tenter, à coups d’avantages sociaux et fiscaux, d’attirer une main-d’œuvre qui sera devenue rare, principalement concentrée en Afrique.

On imagine sans peine que la perspective d’une Europe faisant venir par tous les moyens sur son sol des millions d’Africains donnera des haut-le-cœur à Marine Le Pen et à Éric Zemmour. Ils pourront toujours se rassurer en se disant qu’une étude de chercheurs rémunérés par Bill Gates relève forcément d’une propagande néoprogressiste et immigrationniste au service du mondialisme ultralibéral.

Le Point