L’armée allemande va de scandale en scandale

Le parquet fédéral allemand a fait incarcérer jeudi deux anciens militaires ayant projeté de créer une milice au Yémen. Quelques jours plus tôt, des matières radioactives et des rapports des services de renseignements étaient retrouvés chez un officier

Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre sortante de la Défense.
 © Sipa Press

La dernière affaire éclaboussant l’armée allemande a l’étoffe d’un roman d’espionnage. La police a retrouvé à la mi-octobre au domicile d’un artificier de la Bundeswehr une substance radioactive, du strontium-90, et des rapports récents des services de renseignement allemands sur la Corée du nord. Sur les lieux se trouvaient aussi de nombreux ouvrages communistes.

Le strontium-90 est un résidu d’un procédé de fission nucléaire. On en a retrouvé après l’explosion de bombes atomiques ou d’accidents dans des centrales nucléaires, à Tchernobyl comme plus récemment à Fukushima. La façon dont l’officier de 32 ans, affecté à un centre de lutte contre les explosifs artisanaux, a pu mettre la main sur des matériaux et documents aussi sensibles reste pour le moment inexpliquée.

La section contre-espionnage du renseignement militaire allemand (MAD) s’est mise sur l’enquête contre ce capitaine. Il était jusqu’ici hors des radars : les investigations trouvent leur source dans l’interception d’un paquet suspect à l’aéroport de Francfort. Le militaire, aujourd’hui incarcéré, voulait envoyer aux Etats-Unis un silencieux destiné à une arme automatique datant de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit manifestement d’un collectionneur : à son domicile, près d’Aix-la-Chapelle, la police a découvert une grande quantité d’armes et de munitions, hors d’état de marche, provenant en grande partie d’Europe de l’est.

Un lien éventuel avec un pays communiste serait une originalité dans une série d’affaires où la proximité avec la mouvance d’extrême droite est récurrente. Au début du mois, le ministère de la Défense a retiré une compagnie du bataillon d’apparat, déployé pour les cérémonies officielles ou l’accueil de chefs d’Etat étrangers. En son sein se trouvait un groupe de six soldats affichant ouvertement une appartenance à la mouvance néonazie. On leur reproche aussi d’avoir proféré des insultes racistes contre des camarades d’origine asiatique ainsi que d’avoir procédé à des bizutages violents et dégradants. Le même bataillon, composé de 1000 soldats, avait déjà fait parlé de lui récemment avec le contact d’un de ses membres avec le mouvement identitaire et la photo d’un autre dans un uniforme de la Wehrmacht.

Milice. La réputation de l’armée allemande est mise à l’épreuve également par d’ex-recrues. La police a interpellé la semaine dernière deux anciens parachutistes qui comptaient former une milice de 100 à 150 hommes, à recruter parmi d’anciens soldats et policiers. D’après la version du parquet fédéral, les deux hommes voulaient intervenir au Yémen pour le compte de l’Arabie saoudite contre les rebelles houthis. Ils espéraient une solde de 40 000 euros par mois. Les autorités saoudiennes n’ont cependant jamais réagi à ces propositions. Les deux hommes – sortis des rangs de longue date comme le souligne le ministre de la Défense – sont poursuivis pour tentative de formation d’une cellule terroriste. D’après le magazine der Spiegel, ils ont travaillé tous les deux pour la société de sécurité Asgaard, dans le collimateur des autorités allemandes.

L’actuelle ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, se dit prête à serrer la vis s’il le faut contre les réseaux d’extrême droite au sein de l’institution militaire. Appelée à être prochainement remplacée avec la formation d’un nouveau gouvernement, le bilan de la chrétienne-démocrate n’est guère meilleur sur ce plan que celui de sa prédécesseure, Ursula von der Leyen.

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