L’autre épidémie : 1918, l’Europe centrale à l’épreuve de la grippe espagnole

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À la sortie de la Grande Guerre, une autre épidémie a fait entre 50 et 100 millions de victimes dans le monde, et n’a pas épargné l’Europe centrale : la grippe espagnole.

À l’été 1918, alors que les mouvements de troupes des belligérants de la Première Guerre mondiale battent leur plein, plusieurs camps militaires américains puis alliés sont frappés par une virulente vague de fièvre qui atteint les soldats.

Vraisemblablement partie de camps américains du Kansas, ou amenée – selon certaines hypothèses – par les corps de travailleurs chinois envoyés chez les Alliés, la grippe dite « espagnole » atteint l’Europe occidentale au moment où les puissances centrales ploient sous les coups de boutoir des offensives françaises, britanniques et américaines.

Dans l’Empire allemand comme en Autriche-Hongrie, malgré les récents gains sur la Russie défaite, les populations souffrent de plus en plus de la faim et les conditions sanitaires se dégradent. Cette situation facilite la propagation de la grippe espagnole. À travers les cas de la Hongrie, la Tchécoslovaquie naissante et la Pologne, quel fut l’impact de cette épidémie sur l’Europe centrale ?

La Double-Monarchie usée, frappée par la maladie

On pourrait croire que l’Europe centrale est restée à la périphérie de l’épidémie, tant l’écrasante majorité des victimes européennes se trouvait en France, en Grande Bretagne, en Espagne ou en Italie. Mais la grippe espagnole n’a pourtant pas manqué d’accentuer la pression sanitaire déjà forte sur des sociétés centre européennes fortement marquées par quatre années de guerre. On estime ainsi aujourd’hui que, relativement à leur population, les pays les plus atteints par la maladie, sont l’Espagne, la Hongrie et la Pologne.

En effet, alors qu’à l’été 1918, l’Autriche-Hongrie combat sur le Front italien, dans les Balkans et sur le Front Ouest, elle perçoit déjà de nombreux signes de faiblesse sanitaire dans ses forces armées. Dès la première semaine de juillet, les Italiens lancent une contre-attaque qui ébranle les divisions de la Double Monarchie. Sur les rives de la Piave, les soldats austro-hongrois mal nourris et atteints du paludisme sont bientôt démoralisés.

Ces hommes sont devenus des silhouettes squelettiques, après des mois de pénurie alimentaire et d’opérations usantes. Dans cet état de faiblesse extrême, ils essuient deux à trois fois plus de perte par la maladie que par balle. […]

Le Courrier d’Europe Centrale