Laval (53) : « Dépêche-toi esclave », 1.000 euros d’amende pour la cliente qui avait insulté Yaya Guirassy, un livreur Uber Eats guinéen

Le 14 mai 2021, à Laval, le livreur d’Uber Eats Yaya Guirassy avait reçu un message à caractère raciste d’une cliente, lui disant : « Dépêche-toi esclave ». Il avait porté plainte. Les faits étaient jugés lundi 23 mai 2022, au tribunal de Laval (Mayenne).

C’est une affaire ayant soulevé une vague d’indignation qui a été jugée au tribunal de Laval (Mayenne), lundi 23 mai 2022. Le 14 mai 2021, le livreur d’Uber Eats Yaya Guirassy avait reçu d’une cliente un message à caractère raciste : « Dépêche-toi esclave. Je vais te donner un centime, tu ne mérites que ça. »

Yaya Guirassy a tourné la page Uber Eats

Choqué », le trentenaire, originaire de Guinée-Conakry, et SOS Racisme, avaient porté plainte. Yaya Guirassy avait été reçu à l’hôtel de ville par le maire, Florian Bercault, et avait reçu le soutien de la section Laval-Mayenne de la Ligue des droits de l’homme, qui avait organisé avec lui une marche antiraciste. Elle avait réuni soixante personnes à Laval en juillet 2021.

Un message qui l’avait « choqué. J’en ai pleuré », nous confiait-il, peu de temps après. Pour le soutenir, une cagnotte en ligne a été lancée par le président du CLAP, le Collectif des Livreurs Autonomes de Plateformes, basé à Paris.

« On me reconnaissait dans la rue »

Une affaire qui s’est conclue lundi 23 mai 2022 : le tribunal a condamné la jeune femme à 1 000 € d’amende. Yaya Guirassy n’était pas présent à l’audience. Et pour cause : « Je n’étais pas au courant que le procès avait lieu ce lundi », affirme-t-il.

La page Uber Eats, il l’a tournée depuis « un moment. On me reconnaissait dans la rue. Les gens demandaient comment ça se passait. J’ai décidé de partir. » Depuis, il a complètement changé de voie : « Je travaille désormais dans l’agroalimentaire », dit-il seulement, lapidaire.

Une virée dans une chambre d’hôtel à Paris qui finit mal

Lundi 23 mai 2022, ni Yaya Guirassy, ni la prévenue, n’étaient présents à l’audience. La présidente du tribunal, Laure Ducros, a retracé la soirée du 14 mai 2021 de la prévenue, domiciliée à Paris, âgée alors de 18 ans et au casier judiciaire vierge, qui était « en virée dans une chambre d’hôtel à Paris ». Une première commande est effectuée sur le site d’Uber Eats, « qui se passe bien ». Une 2e commande est effectuée juste après, mais cette fois-ci « pour un ami, qui lui demande d’utiliser son compte pour faire une commande à Laval ».

La jeune femme s’exécute, mais le livreur met « beaucoup de temps à arriver ». Elle lui envoie alors le fameux SMS à 20 h 01, avant de le relancer à 20 h 12. Yaya Guirassy en rend compte à Uber Eats, « qui met fin à la commande, qui n’arrivera donc jamais ».

Que s’est-il passé exactement cette soirée-là dans la chambre d’hôtel parisienne ? La jeune femme de 18 ans explique aux forces de l’ordre qu’ils étaient quatre et qu’ils s’étaient « shootés au gaz ».

La prévenue aurait donc « peu de souvenirs » de cette soirée, mais affirme qu’elle « n’était pas à l’origine du message ». Elle met en cause un autre garçon présent à la soirée, un jeune majeur placé, à qui elle aurait donné les codes de déverrouillage de son téléphone.

« Complètement inacceptable »

Problème : ni lui, ni l’ami de Laval ne corroborent ses propos. L’ami de Laval a reçu de la jeune femme une copie d’écran de ses messages envoyés au livreur. Et le jeune majeur placé affirme que la prévenue était « raciste et qu’elle avait vu, via son compte, que Yaya Guirassy était noir ». À l’issue de la première commande, elle avait même « envoyé une vidéo raciste » sur Instagram, et le réseau social l’avait banni. Concernant le SMS, elle avait proposé au jeune majeur placé de « se dénoncer, moyennant argent ».

« C’est fort regrettable qu’elle ne soit pas venue aujourd’hui, a déclaré le procureur de la République, Axel Sandberg. C’est complètement inacceptable, en 2021, de dire ça de quelqu’un qui, en plus, fait un métier difficile, moyennant une rémunération faible, a-t-il condamné. C’était un message purement raciste. »

Il a demandé que soit infligée à la prévenue une amende de 1.200 € et de prononcer la confiscation de son téléphone. La jeune femme a finalement écopé de 1.000 € d’amende pour « injure non publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ».

Ouest France