Le bitcoin est une religion, pas une cryptomonnaie

La mythologie du bitcoin comprend un dieu créateur tout-puissant, un «Bitcoin Jesus» de chair et d’os et quelques miracles au programme. Avoir la foi ou pas détermine la façon dont on aborde ce phénomène technologico-financier

La création de la première cryptomonnaie, le bitcoin, remonte à 2008. Le bitcoin n’est pas une cryptomonnaie, c’est une religion. Elle a son créateur, tout-puissant et mystérieux. On ne connaît que son nom, Satoshi Nakamoto, qui est probablement un pseudonyme utilisé par une ou plusieurs personnes. De lui, on ne possède pas d’image, pieuse ou pas, ce qui ne l’empêche pas d’être vénéré par des millions de fidèles (utilisateurs). C’est que Satoshi Nakamoto a rédigé les textes sacrés du bitcoin: le «white paper» qui a décrit ses grandes caractéristiques en 2009.

Un mystérieux créateur

Observant les ravages de la crise financière, Satoshi Nakamoto – dont on ignore toujours l’identité réelle – a voulu lancer une monnaie indépendante des banques et des États sous la forme de jetons numériques.

Ce dieu a bien sûr un fils, «Bitcoin Jesus», le surnom donné à l’un des premiers et plus fervents prédicateurs. Ex-politicien, ex-taulard et ex-Américain, Roger Ver de son vrai nom est connu pour son besoin irrépressible de convertir son prochain . La trilogie du bitcoin est complétée par les «mineurs», une communauté dévouée qui ne fabrique pas la monnaie par une opération du Saint-Esprit mais grâce à de puissants ordinateurs connectés à la blockchain, le Saint des Saints technologique.

Pour organiser la vie des croyants, “le calendrier et ses dates sacrées” jouent un rôle moteur. Les “jours de halving” (opération qui a lieu tous les quatre ans environ et qui divise par deux la rémunération des “mineurs”) sont des jours d’espérance pour les utilisateurs qui cherchent à résoudre les “calculs mathématiques complexes” à l’origine de la cryptomonnaie et ainsi se voir récompensés.Le bitcoin possède “ses mythes et ses prodiges” : Ceux régulièrement décrits par ses partisans, comme le fait que les ‘mineurs’ finiront miraculeusement par utiliser de l’électricité verte pour faire tourner leurs ordinateurs, ce qui diminuerait la facture énergétique du bitcoin,réputée colossale.”

Le ciment de la foi

La ressemblance va même plus loin car le bitcoin a même connu son “schisme, à la suite de débats théologiques sur la nature même du bitcoin.” Depuis 2017 et l’apparition du“bitcoin cash”, des milliers de courants – “altcoins” – ont vu le jour.Mais ce qui fait le succès de ce phénomène technologico-financier, c’est bien la foi des croyants dans le projet (comme dans une monnaie traditionnelle). Dans les périodes de hausse de la valeur, comme de baisse, les “fondamentaux sont objectivement toujours en place”, à savoir un système “décentralisé et résistant à la censure ou à la manipulation”.

Un catéchisme répété à l’envi par les adeptes. Et même quand Elon Musk, l’un des premiers apôtres du bitcoin, s’amuse à en acheter et à en vendre avec sa société Tesla, en février, affectant le cours de la monnaie virtuelle,rien n’ébranle la foi des mineurs : “Quoi qu’il fasse, ce sera vu comme bon pour la crypto.”

Le Bitcoin, on n’y croit pas : on le comprend ou pas. Et quand on le comprend,on adhère.”

“Le bitcoin est en train de remplacer l’or comme valeur-refuge”

D’abord cantonné au monde des informaticiens, le bitcoin s’est progressivement étendu à d’autres types de transactions. Puis d’autres cryptomonnaies, parfois assises sur des actifs comme l’électricité ou l’immobilier, ont vu le jour.

Le bitcoin et les autres cryptomonnaies suscitent encore parfois une certaine méfiance. Parce qu’on en connaît mal les principes, assure Marc Toledo, CFO de bit4you. Or, ces actifs atypiques sont intéressants à détenir pour quasiment tous les profils d’investisseur. Car la plupart des craintes entretenues à leur sujet sont infondées.

“Depuis les premières pièces frappées dans l’histoire de l’humanité, toute monnaie repose sur la confiance”, entame Marc Toledo. “Les utilisateurs savent que l’émetteur paiera la contrepartie, qu’il honorera ce contrat tacite. Les cryptomonnaies, dont la pionnière a été le bitcoin, reposent sur le même principe. Leurs utilisateurs – ils passeront de 100 à 150 millions en 2021 – reconnaissent qu’elles représentent un moyen simple, sécurisé et sans frais de transférer et de stocker de la valeur.”

En pratique, chaque cryptomonnaie est fondée sur un registre où sont sauvegardées les informations qui la concernent: les identifiants de chaque propriétaire et ceux de chaque unité de valeur. Ces informations sont copiées sur des milliers de serveurs indépendants les uns des autres.

“Une cryptomonnaie, c’est la représentation numérique d’un actif”, éclaire Marc Toledo. “On peut dire aussi qu’il s’agit d’un actif numérique géré par un réseau informatique décentralisé, contrôlé et validé en permanence par les utilisateurs eux-mêmes. Cette indépendance contribue au statut de valeur-refuge dont jouissent les cryptomonnaies. Les grands fonds de pension en détiennent ainsi dans le cadre de leur stratégie de diversification, notamment parce qu’elles semblent être totalement décorrélées de l’économie réelle. Les cryptomonnaies sont en train de remplacer l’or comme valeur-refuge! Les citoyens des États soumis à une inflation extrême s’en servent pour se libérer des fluctuations de leur devise.”

Il faut préciser qu’on peut de plus en plus facilement payer avec les cryptomonnaies. “Les échanger est très facile via les places de marché. Ce sont donc des actifs très liquides. Pour un investisseur, ils représentent un pari sur le futur de ces technologies et la demande qui en découlera. Si la demande tend à dépasser l’offre, les répercussions sur la valeur sous-jacente sont assez évidentes. En revanche, je ne les recommande pas aux cardiaques, car ils fluctuent très fortement! Je conseille de ne miser que ce qu’on peut se permettre de perdre.”

Le Temps