Le cabinet de la ministre des armées a un problème de conduite

Un conducteur mis en examen pour trafic d’armes, un autre en permis probatoire et des accusations répétées de malmener le droit du travail : depuis la réorganisation en 2020 de son équipe de chauffeurs, une certaine confusion semble régner au cabinet de Florence Parly.

La nouvelle, en soi, était déjà préoccupante. Trois sous-officiers français (ainsi que deux retraités de l’armée, dont un officier supérieur) ont été interpellés en janvier 2021 par la Brigade de répression du banditisme dans le cadre d’une vaste opération de démantèlement d’un trafic d’armes présumé.

Plus de deux cents armes ont alors été saisies, ainsi qu’au moins une tonne de munitions, destinées à être revendues à des narcotrafiquants et des réseaux de l’ultradroite, selon les premiers éléments de l’enquête rapportés à l’époque par la presse. Toujours selon les premiers éléments de l’enquête, les militaires interpellés auraient eu un rôle clé dans ce trafic : ils auraient été chargés de remettre en marche des armes démilitarisées et de démarcher des clients potentiels pour les leur revendre.

Ce que l’on ne savait pas, c’est que l’un de ces trafiquants présumés côtoyait quotidiennement les plus hautes autorités du pays : il était chauffeur au cabinet de la ministre des armées.

La ministre des armées Florence Parly, le 28 avril 2021. © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Le caporal-chef S. avait été nommé conducteur au service logistique du cabinet de Florence Parly en juillet 2020. À la suite de son interpellation en janvier 2021, il a été mis en examen des chefs « d’acquisition, détention, cession et transport en réunion d’armes de catégories 1 et 3 » et d’« association de malfaiteurs », indique à Mediapart une source judiciaire.

Avant le début de ses déboires, il avait eu le temps d’effectuer des conduites pour le directeur adjoint de cabinet de Florence Parly et d’escorter la ministre sur certains de ses déplacements, indique un de ses anciens collègues.

Comment est-il possible qu’un homme soupçonné d’avoir remilitarisé des armes afin de les revendre à des réseaux de l’ultradroite et à des narcotrafiquants ait pu avoir, plusieurs mois durant, la tâche hautement sensible de conduire les plus hauts fonctionnaires du ministère des armées – ce qui implique de connaître leur agenda, leur domicile ou encore d’assister à leurs conversations lors de leurs trajets en voiture ?

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