Le déclin démographique envahit l’Asie

La fécondité nippone est désormais supérieure à celle de toutes les économies développées d’Asie du Sud-Est.

Après le Japon, la natalité chute en Chine et Corée du Sud, freinée par le coût de la vie. The Economist présage une crise.

Cité comme exemple du déclin démographique des pays riches pendant longtemps, le Japon se fait rattraper, voire dépasser, sur ce plan par une bonne partie de l’Asie. A 1,3 enfant par femme, son taux de fécondité le place à égalité avec la Chine continentale. Pékin doit de son côté gérer une crise de natalité de grande ampleur et à vitesse accélérée, puisque 10,6 millions de petits chinois sont nés l’an dernier, contre 12 millions en 2020.

La fécondité nippone est désormais supérieure à celle de toutes les économies développées d’Asie du Sud-Est. En Corée du Sud, à Hong-kong, Macao, Singapour et Taïwan, les chiffres se situaient entre 0,8 et 1,1 en 2020 (voir graphique) . Ces pays ont trois choses en commun. La première est la rareté des enfants nés hors mariage: environ 2% des naissances au Japon et en Corée du Sud, contre 30 à 60% dans les pays occidentaux.

Education et logement

Le deuxième facteur est la cherté de l’éducation. C’est la raison principale évoquée par les jeunes parents nippons pour avoir moins d’enfants. Et ce coût est encore plus élevé ailleurs, comme à Singapour ou à Shanghai. Selon plusieurs chercheurs, l’explication pourrait aussi se trouver du côté de la sollicitation et de la pression parentale, avec des examens déterminants pour les enfants dès les petites classes à Singapour et à Shanghai, alors qu’au Japon, l’âge fatidique pour l’orientation scolaire reste à 15 ans.

Dernier facteur enfin: le coût du logement. C’est peut-être la raison pour laquelle le Japon s’en tire mieux que ses voisins. En Chine et dans la plus grande partie de l’Asie du Sud-Est, acheter une maison est extrêmement difficile pour les jeunes couples. La Corée du Sud, par exemple, dont le taux de fécondité (0,8) est le plus bas de la région, présente un ratio prix du logement sur revenu (soit le nombre d’années de revenu nécessaire pour pouvoir s’acheter son logement) de 16,6 ans. C’est le plus élevé de l’OCDE après la Nouvelle-Zélande. Au Japon, le ratio n’est que de 7,5, soit l’un des plus bas.

Il faut dire que le marché de l’immobilier y est très différent. Contrairement à la plupart des pays riches, il est relativement facile d’y construire. Du coup, le stock de logements à Tokyo augmente plus vite que la population de la ville, et les prix sont plus accessibles.

La plupart des Japonais se félicitent de ce que leur pays évitera probablement un effondrement démographique. Mais de tous les riches pays asiatiques, c’est lui qui enregistre le pire taux de dépendance liée au grand âge, c’est-à-dire le nombre de personnes de plus de 65 ans par rapport aux personnes en âge de travailler. Cela a des conséquences dans tous les secteurs.

La chute de la fertilité dans les autres pays asiatiques laisse augurer chez eux des problèmes similaires dans l’avenir. Ils seraient bien inspirés de tirer certaines leçons de l’expérience japonaise. Car l’Archipel n’a pas fini de payer les conséquences de sa crise démographique. La croissance de la population à la retraite la plus élevée d’Asie a induit de nombreuses conséquences sur l’équilibre des finances publiques et la cohésion de la société. Un avertissement pour ses voisins qui devront y faire face.

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