Le faux Louis XVII : L’horloger prussien qui se prétendait héritier du trône de France

Cet été, l’édition du soir part à la chasse aux imposteurs. Ces personnes qui se sont fait passer pour d’autres au cours de l’histoire. Parfois, plus c’est gros plus ça passe ! Cinquième épisode avec un horloger prussien nommé Karl-Wilhelm Naundorff, qui se prétendait héritier du trône de France.

« Ici repose Louis XVII, Charles Louis, duc de Normandie, roi de France et de Navarre. Né à Versailles le 27 mars 1785, décédé à Delft le 10 août 1845. » À Delft, ville des Pays-Bas près de Rotterdam, cette tombe interpelle les Français. Qui est ce Louis XVII, roi de France, enterré ici ? Car Louis XVII n’a eu malheureusement pour lui qu’une brève existence.

Le fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, né en 1785, était l’héritier légitime de la Couronne à la mort de son frère aîné. Mais pendant la Révolution, le jeune garçon décède de la tuberculose alors qu’il est en captivité à la prison du Temple. Mais comme bien souvent dans ces disparitions d’héritiers à l’âge de l’enfance, les rumeurs fusent. Le Dauphin ne serait pas mort, il aurait été remplacé dans sa geôle…

La mort en captivité du Dauphin, en 1795, a donné lieu à l’existence de différents affabulateurs

Un roman et la rumeur

Une rumeur amplifiée par un romancier du début du XIXe siècle, Jean-Joseph Regnault-Warin. Son livre Le Cimetière de la Madeleine était une fiction, mais il y narrait l’enlèvement du Dauphin de la prison du Temple dans un cheval de bois, remplacé par un orphelin. Sauf que le Dauphin mourait quand même à la fin… De quoi susciter des vocations d’hurluberlus, dont plusieurs seront même condamnés par la justice. On aurait compté une centaine de personnes revendiquant cette identité !

Un seul est réellement passé à la postérité : Karl-Wilhelm Naundorff. On trouve ses premières traces à Berlin en 1810. Cet horloger en chambre de 25 ans se prétend le fils de Louis XVI et Marie Antoinette… Il écrit aux monarques de Prusse, de Russie et d’Autriche, puis à sa prétendue sœur et son prétendu cousin en France, sans succès. Durant cette période, il se marie, mais passe aussi quelques années en prison pour une histoire de faux monnayage.

Une cour à Paris

On le retrouve à Paris en 1833. Mais cette fois, c’est plus sérieux. Après avoir fait paraître deux ouvrages (Mémoires du duc de Normandie et Révélation sur l’existence de Louis XVII), il réussit à se constituer une cour de partisans légitimistes. Certains prétendent reconnaître le Dauphin, dont l’ancienne femme de chambre de la Reine ! En lui apportant un habit bleu ciel qui lui aurait appartenu enfant, elle l’interroge sur ses souvenirs. Ils lui paraissent crédibles.

Cela permet à Karl-Wilhelm Naundorff de rameuter d’autres partisans, mais aussi de faire entendre sa voix de plus en plus loin. Jusqu’à transmettre une assignation en héritage ! Ce qui commence à faire trop pour la parenthèse monarchiste du XIXe. Naundorff est arrêté, puis expulsé. Il ira d’abord en Angleterre avant de mourir en Hollande.

Naundorff, qui se prétendait Louis XVII, sur son lit de mort.

Des tests ADN

À défaut d’être reconnu comme le Dauphin, Karl-Wilhelm Naundorff continuera de passionner des décennies plus tard. En 1998, encore, deux équipes de généticiens de l’Université catholique de Louvain (Belgique) et de l’Université de Nantes travaillaient sur le sujet ! Comme le rapportait à l’époque Le Monde, les chercheurs avaient fait parler l’ADN mitochondrial, en se basant sur une mèche de cheveux et un humérus droit prélevé lors d’une ouverture de sa tombe pour sa restauration dans les années 1950.

La pierre tombale de Naundorff aux Pays-Bas.

En les comparant avec les reliques des parents maternels de Louis XVII, les chercheurs ont prouvé qu’il n’y avait aucun lien de parenté. « Des tests complémentaires ont été réalisés à partir du sang et des cheveux de deux descendants toujours en vie de Marie-Antoinette, Anna de Roumanie et son frère André de Bourbon-Parme, indiquait également le quotidien. Avec des conclusions identiques. »

En 2014, une autre analyse, par un généticien plutôt controversé cette fois-ci, relançait néanmoins cette hypothèse. Certains mouvements légitimistes continuent à propager cette thèse.

Ouest-France