Le général Pierre de Villiers constate que « les solides gaillards issus de l’immigration respectent l’armée » et « qu’il faut les aimer pour qu’ils soient fiers d’être Français »

L’ancien chef d’État major des armées, qui avait démissionné avec fracas au début du quinquennat d’Emmanuel Macron, est inquiet. «Devant les crises qui s’empilent, la France peut basculer», alerte l’ancien militaire, auteur d’un troisième livre en trois ans. […]

Vous écrivez dans votre livre qu’il y a une demande croissante d’autorité ?

Bien sûr. Tout devient tellement chaotique que les gens ressentent ce besoin, réclament de l’autorité. Dans les cités, c’est ce qui me frappe. Dans l’armée, j’ai commandé des Français venus de partout, beaucoup des cités. J’ai trouvé intéressant d’aller les voir chez eux. A ma grande surprise, aux Mureaux, ils m’ont dit : « Mon général, vous on vous respecte. » Il y avait beaucoup de solides gaillards, certains jeunes sortant de prison, pas des enfants de chœur. Je leur demande pourquoi ils sont venus ? « On veut vous voir, l’armée on vous respecte », m’ont-ils répondu.

Le respect ça marche dans les deux sens. Si on veut que tous ces jeunes soient fiers d’être Français, il faut comprendre que ça se fera progressivement, en les aimant. Mais tolérer que certains puissent être là, en quasi-autarcie sécuritaire et économique, c’est inacceptable. On voit un lien de plus en plus prégnant entre les caïds qui dirigent la cité avec les trafics et les salafistes qui la dirigent sur le plan religieux.

N’est-il pas trop tard pour changer cela ?

Non, on va mettre trois, quatre, cinq générations à résoudre ce problème, à restaurer l’équilibre entre fermeté et humanité. Récupérer des jeunes de 20 ans qui haïssent la France, qui sont proches des caïds, ou des salafistes, ça ne peut être ni simple, ni rapide. La tâche est gigantesque. Mais avons-nous d’autres choix ? La politique, cela devrait être l’art d’inscrire son action dans le long terme.

Que pensez-vous du projet de loi sur les séparatismes, présenté mercredi en Conseil des ministres ?

C’est toujours la même chose après chaque attentat. Ce que les Français attendent, ce sont des actions concrètes. S’il faut pour cela modifier la loi, dont acte, c’est un débat de juristes, mais ce n’est pas ce qui intéresse la population. Enfermer les délinquants qui menacent les citoyens et dégradent la vie de leur quartier, fermer les endroits qui n’ont pas à être ouverts si l’on y propage la haine de la France.

J’ajoute que les Français ne comprennent pas qu’on leur interdise de sortir sans attestation dûment signée… mais qu’on ne puisse pas expulser un imam qui crache sur la France ! C’est du simple bon sens, pas de la démagogie, de constater qu’il y a des incohérences. C’est tout juste si on ne nous demande pas la taille de nos chaussures mais on ne peut pas expulser un fiché S ! Je ne conteste pas l’État de droit, je dis juste que la loi est un serviteur et pas un maître. C’est une guerre contre l’islam radical, et il faut la mener avec toutes les armes. […]

Le Parisien