Le gouvernement américain impose des restrictions à l’export de puces pour l’IA vers la Chine et la Russie

Le gouvernement des Etats-Unis hausse le ton vis-à-vis de la Chine et de la Russie. Il vient d’interdire à Nvidia et AMD d’y exporter certains de leur GPU spécialisés dans l’accélération de calculs pour l’intelligence artificielle. Une mesure sévère qui pourrait sérieusement handicaper certains pans des écosystèmes tech de ces pays.

Nvidia, leader de la conception de GPU, a fait l’annonce mercredi 31 août que le gouvernement des Etats-Unis l’a intimé de cesser ses exports de certaines puces vers la Chine et la Russie. Les produits concernés sont les puces A100 et H100, conçues spécifiquement pour accélérer les calculs liés à l’intelligence artificielle. L’A100 s’est établie comme la référence du secteur, et la H100, annoncée cette année mais pas encore commercialisée, doit prendre sa succession.
 

DES SANCTIONS STRATÉGIQUES…

Cette décision pourrait sérieusement limiter les capacités de ces deux pays aussi bien en matière de recherche que d’applications concrètes, notamment pour la reconnaissance d’image à grande échelle. Si la Russie dispose de quelques entreprises technologiques majeures comme Yandex, c’est surtout l’écosystème chinois qui risque d’être lourdement handicapé. Le gouvernement américain aurait indiqué à Nvidia que l’objectif est d’éviter une utilisation de ses produits à des fins militaires.

Elle aura aussi des répercussions sur le chiffre d’affaires de l’entreprise basée à Santa Clara en Californie. La fourniture de produits pour l’entraînement des modèles d’IA en datacenter est aujourd’hui l’un de ses principaux business et a été le moteur de sa croissance depuis 10 ans. La Chine représenterait environ 10% de ses ventes sur le marché des centres de données, et l’entreprise aurait 400 millions de dollars de ventes prévues ce trimestre qui pourraient être perdues du fait de cette interdiction.

Elle n’est déjà pas dans sa meilleure forme après l’annulation de son acquisition d’Arm suite au blocage des régulateurs et à des résultats en berne, officiellement pour cause d’un marché du gaming moribond, mais en réalité aussi (voire même surtout) à cause de la baisse de régime du marché des cryptomonnaies.

A noter qu’AMD, principal rival de Nvidia dans les GPU, aurait reçu des instructions similaires concernant ses puces MI250, d’après Reuters. L’entreprise sera cependant moins affectée que son concurrent, car dans les faits, l’immense majorité de l’accélération des calculs liés à l’IA se fait aujourd’hui sur du matériel Nvidia.

…SUR FOND DE TENSIONS AUTOUR DE TAÏWAN

Cet ordre du gouvernement américain souligne l’intensité accrue des tensions avec ces deux pays, dans le cadre de la guerre en Ukraine évidemment, mais aussi alors que la rhétorique du gouvernement chinois se fait plus belliqueuse vis-à-vis de Taïwan, centre névralgique mondial de la production de composants électroniques.

TSMC, qui fabrique entre autres des puces pour Nvidia, Apple et Qualcomm, est le fleuron national taïwanais. Les efforts aussi bien du côté américain qu’européen pour relocaliser les capacités de production de puces électroniques sont aussi intimement liées aux tensions avec la Chine et à la menace qui pèse sur Taïwan.

Le gouvernement russe n’a pas encore réagi. De son côté, le gouvernement chinois a dénoncé auprès de Reuters un “embargo technologique” de la part des Etats-Unis, et mis en garde contre la déstabilisation des chaînes logistiques mondiales. Il est vrai que ce n’est pas la première mesure prise par le gouvernement américain contre la Chine.

En 2020, le gouvernement Trump avait durement sanctionné Huawei, interdisant aux entreprises nationales de lui fournir leurs technologies. Un temps leader mondial des smartphones et des équipements télécoms, l’entreprise est aujourd’hui en très mauvaise passe. Certaines entreprises chinoises spécialisées dans le machine learning pourraient aussi se retrouver dans des situations périlleuses si les mesures annoncées venaient à être durcies (i.e. étendues à tous les GPU).

L’USINEDIGITALE