Le Guilvinec (29) : Menacé d’expulsion, Papa Ndiaye est soutenu par ses confrères marins pêcheurs, « Si je le perds, je ne peux plus travailler » affirme son patron

Papa Ndiaye, marin au Guilvinec, son patron-pêcheur Kévin Le Fourn, et son avocat, Me Jean-Marc Le Crane

Arrivé en France en 2014, Papa Ndiaye, d’abord matelot à Boulogne (Pas-de-Calais), est venu s’installer au Guilvinec (Finistère) en 2017. Depuis 2019, il travaille à bord du Manona, un bateau de 9,60 m armé pour la pêche au congre.

Au départ, arrivé du Sénégal avec un visa de travail, il s’est marié à une Française, son titre de séjour a alors été modifié. Séparé de celle-ci, condamné à 300 € d’amende pour des violences conjugales, il est désormais menacé d’expulsion. Pas de prison ferme, ni de sursis mais une trace sur le casier judiciaire qui va provoquer une décision radicale de la préfecture. Avis d’expulsion avec obligation de quitter immédiatement le territoire. Il est sous le coup, depuis le 16 février, d’une obligation de quitter le territoire, et est assigné à résidence.

Il travaille dur et aime son métier. On a besoin de la main-d’œuvre étrangère pour faire vivre notre pêche artisanale »

Un marin apprécié de tous

Depuis le 16 février 2021, Papa Ndiaye, Sénégalais de 40 ans résidant légalement en France depuis sept ans, vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Devant la juge à Rennes, son épouse a plaidé sa cause, en vain. « Il est assigné à résidence et doit pointer, du lundi au vendredi, en gendarmerie », explique son avocat. Des obligations qui compliquent sa vie professionnelle.

Son employeur, Kévin Le Fourn, qui pêche avec lui en mer sur un palangrier de 9,60 m, s’adapte. « On aurait dû aller sur l’île de Sein, l’autre jour, mais il ne serait pas revenu à temps pour pointer à la gendarmerie le lendemain matin, alors on a renoncé », se désole le patron pêcheur qui ne tarit pas d’éloges pour son salarié. « La première année que j’ai eu mon bateau, le Manona, dix matelots se sont succédé. Aucun n’a tenu le coup. Il n’y a que Papa qui assure. Et depuis deux ans. Si je le perds, je ne peux plus travailler », assure-t-il. La pêche au congre qu’il pratique est réputée difficile et physique. Le poisson, qui ressemble à une grosse anguille, pèse une dizaine de kilos en moyenne et se débat vigoureusement lorsqu’il est remonté à bord.

Un comité de soutien

Charles Braine, président de l’association Pleine Mer qui œuvre pour une pêche durable et la justice sociale dans la profession, est également aux côtés du Sénégalais. « Nous allons constituer une cagnotte pour couvrir les frais de justice », annonce-t-il. Mickaël, un collègue pêcheur, le soutient aussi : « Il travaille dur et aime son métier. On a besoin de la main-d’œuvre étrangère pour faire vivre notre pêche artisanale », signifie le marin. En à peine une journée, vingt attestations en faveur du marin sénégalais sont venues étoffer le dossier de l’avocat, Jean-Marc Le Crane.

Ce dernier ne demande qu’une chose : « que la préfecture recentre le dossier sur la demande d’une carte de séjour salariée d’un an. La profession de marin pêcheur fait partie des métiers en tension, mon client a fait preuve de son engagement. Un coup de colère, regrettable mais sans violences physiques, ne doit pas gâcher sa vie », plaide-t-il.

Ouest-France