Le Havre (76) : Portrait de Baraa al-Halabi, un migrant photographe syrien, « Je veux rester ici avec ma famille pour avoir une vie normale »

Baraa al-Halabi a fui son pays, la Syrie, à l’âge de 23 ans. Aujourd’hui, ce jeune photographe vit au Havre, à Bléville, où il souhaite reconstruire sa vie avec sa femme et ses enfants. Il témoigne dans un documentaire.

La vie de Baraa al-Halabi bascule en 2011, lorsqu’éclate la guerre civile dans son pays, la Syrie. Il a alors 17 ans, vit à Alep et vient de commencer des études en informatique. « Les médias officiels disaient qu’il ne se passait rien. J’ai commencé à prendre des photos avec mon téléphone, plus tard, avec un appareil photo. Je me suis senti obligé de le faire, pour que le monde sache. » Ses clichés sont remarqués.

« Je voulais continuer mon travail, montrer… »

Son œil capte les manifestations, les bombardements, les bâtiments réduits en cendres, la mort. Le jeune étudiant devient correspondant pour l’AFP (Agence France-Presse) et une de ses photos lui vaut de recevoir le prix international de photojournalisme Fujaïrah en 2015. À cette occasion, il passe une vingtaine de jours à Paris invité par l’AFP, puis retourne chez lui. « Je voulais continuer mon travail, montrer la guerre, les manifestations et le gouvernement qui tuait les manifestants. »

Fin 2016, il décide de fuir le pays, avec sa femme et leur fils. Il passe par la Turquie et rejoint la France en février 2017. « L’AFP m’a aidé en me trouvant un logement où nous avons pu rester pendant un mois. Nous sommes partis ensuite chez un ami à Rouen, puis nous avons passé trois mois dans une famille rouennaise. Notre demande d’asile a été acceptée. Nous sommes alors partis pour Le Havre, dans un foyer à Bléville pendant neuf mois. Aujourd’hui, nous sommes toujours à Bléville, dans un appartement. »

« Quand j’entends un hélicoptère, j’ai peur »

Les souvenirs sont présents, trop présents. Le traumatisme de la guerre, dont il a vu les atrocités, ne le quitte pas. « Chaque fois que j’entends un hélicoptère, que j’entends un avion, j’ai peur. En Syrie, un hélicoptère dans le ciel signifiait qu’il y allait avoir des morts. Cela fait quatre ans que je suis en France, mais j’ai toujours peur. Je ressens toujours de la douleur et de la colère, je me rappelle tout. » De ces années-là, il a conservé 40.000 images d’archives.

« Rester ici pour avoir une vie normale »

Baraa al-Halabi travaille depuis deux ans au pôle communication de l’association Aquacaux où il conçoit des vidéos pour les clients. Il se plaît au Havre, où le hasard l’a conduit. « Les gens sont gentils. Il n’y a pas de problème, pas de racisme. J’aime bien prendre des photos de la mer, toute proche ici de l’hôtel de ville. » Il aimerait avancer dans sa vie comme la Ville du Havre a su se reconstruire au sortir de la guerre. « J’espère que mon pays fera la même chose. Mais tant que le président restera le même, ça n’évoluera pas. »

Pense-t-il retourner un jour en Syrie ? « Aujourd’hui, je suis très content. Mes deux enfants sont en sécurité, ils sont tous les deux en maternelle. Ils ne vivront pas la même chose que moi. Je ne pense pas retourner en Syrie. Le pays est en guerre depuis 10 ans, rien n’a changé. Je vais rester ici pour avoir une vie normale ».

À la télévision

Le témoignage de Baraa al-Halabi sera diffusé dans l’émission « Enquêtes de régions », consacrée aux « Traumatismes : les chemins de la résilience », ce mercredi 7 avril à 23 h 10, sur France 3 Normandie.