Le manque d’immigrés risque de provoquer un déclin démographique dans les pays riches

Les flux migratoires alimentant les pays industrialisés stimulent leur croissance économique et démographique. Avec la pandémie du coronavirus et la montée de la xénophobie, le risque d’un déclin des pays riches s’accentue.

Résultat : ces pays voient augmenter le risque d’un déclin démographique qui, selon certains observateurs, pourrait affaiblir leur économie.Le 27 septembre, une votation en Suisse a rejeté une proposition visant à suspendre la liberté de circulation entre la Fédération et l’Union européenne.Défendu par les nationalistes conservateurs de l’Union démocratique du centre (UDC), le projet a en bonne partie été refusé en raison de son possible impact sur une économie déjà mise à mal par la crise sanitaire.

L’UDC veut restaurer le droit souverain du pays à contrôler son immigration, comme le prônaient les partisans du Brexit [au Royaume-Uni] lors du référendum de 2016. Accueillir ou refuser l’immigration est une question récurrente historiquement.

En 1882, les États-Unis ont adopté une loi sur l’exclusion des Chinois, en réponse aux craintes des électeurs, qui avaient l’impression que les nouveaux arrivants leur volaient leurs emplois. En 1965, la loi sur l’immigration a aboli les quotas et ouvert grand les portes. Et sous la présidence de Donald Trump, Washington les a en partie refermées.

En comparant les 53 pays les plus riches, on constate que le produit intérieur brut (PIB) par habitant est plus élevé là où la proportion d’immigrants est plus importante. Certains arguent que les immigrants font concurrence aux travailleurs locaux pour les emplois mal rémunérés. Pourtant, d’après une étude réalisée [en 2014] par Giovanni Peri, professeur d’économie à l’université de Californie à Davis, l’influence de l’immigration sur les revenus à court terme est “quasi nulle”.

D’après lui, “les travailleurs locaux réagissent à l’arrivée d’immigrants en se spécialisant dans des métiers davantage centrés sur la communication et les tâches cognitives, qui viennent en complément du travail effectué par les immigrants.”

En avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a publié une étude selon laquelle “une augmentation de un point de pourcentage de l’afflux d’immigrants par rapport au total de la population active augmente la production d’environ 1 % à la cinquième année”.

Les économies disposant d’une main-d’œuvre plus diverse sont plus robustes, conclut le FMI.Alors que de nombreux pays ferment leurs frontières à cause de la pandémie,beaucoup d’entre eux sont à court de main-d’œuvre.Faillites des petits exploitants aux États-Unis. Aux États-Unis, les agriculteurs du Texas et de l’Oklahoma ont eu du mal à faire les récoltes cette année à cause de la pandémie. Les restrictions à l’entrée sur le territoire ont fortement diminué le nombre de saisonniers.

Depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, les faillites de petits exploitants se sont multipliées. Il y a eu 580 dépôts de bilan pour l’année agricole de 2019-2020, soit 8 % de plus que l’année précédente. D’après la fédération américaine des entreprises agricoles (American Farm Bureau Federation), la main-d’œuvre représente 35 à 48 % des coûts de production dans ce secteur, qui souffre durement du manque d’immigrants.

Elle estime que les conditions actuelles pour l’octroi d’un visa laissent entrer moins de 4 % de la main-d’œuvre nécessaire. La croissance démographique des pays les plus avancés tient à l’immigration. Les chiffres des Nations unies montrent qu’entre 2000 et 2019 leur population a augmenté de 7 %, soit 82 millions de personnes, dont 35 millions venaient de pays émergents.

En 2019, 91,7 millions d’immigrants issus de pays émergents étaient installés dans des pays riches.Si l’immigration s’arrêtait, la population des pays industrialisés commencerait à décliner dès l’année suivante, estiment encore les Nations unies.

En 2030, ils compteraient 24 millions d’habitants en moins. Leur population passerait de1,3 milliard actuellement à 1,2 milliard en 2050. À titre de comparaison, si les flux migratoires se poursuivaient comme d’habitude, le pic de population serait atteint en 2036 et non en 2020.

Selon une étude menée par le professeur Stein Vollset, de l’université de Washington, en 2100, le taux de fécondité dans la plupart des pays riches sera inférieur à 2,1, ce qui signifie que la population commencera à décroître. L’étude explique : “Des politiques d’immigration généreuses pourraient contribuer à maintenir le poids démographique et la croissance économique” de ces pays.

Au Japon, où les immigrants ne représentent que 2 % de la population et le taux de fécondité est faible, on manque de bras. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a déclaré que “sans suffisamment de main-d’œuvre qualifiée, les entreprises ne peuvent pas prospérer”. Et d’ajouter : “Sinon, les entreprises seront obligées d’émigrer.

Asia Nikkei