Le Mans (72) : Fadi Awhan, l’apprenti charpentier irakien aux mains d’or, au chevet de Notre-Dame de Paris

Repéré par le jury lors du concours national des Meilleurs apprentis de France, Fadi Awhan, apprenti en charpente au lycée Funay du Mans (Sarthe), rejoindra Paris en octobre 2022. Le jeune irakien a été retenu pour participer à la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

Repéré par le jury lors du concours national des Meilleurs apprentis de France, Fadi Awhan, apprenti en charpente au lycée Funay du Mans (Sarthe), rejoindra Paris en octobre 2022. Le jeune irakien a été retenu pour participer à la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

En avril 2022, nous l’avions rencontré au lycée Funay du Mans (Sarthe). Fadi Awhan, un jeune apprenti irakien, venait de décrocher la médaille d’or au concours départemental des Meilleurs apprentis de France (Maf), en charpente. Depuis, il a fait du chemin : médaille d’or en régional, en national, réussite au bac pro charpente. Déjà une bien belle année pour ce talentueux apprenti.

Mais il ne pouvait pas rester dans l’ombre avec sa maquette. Un raccourci cinq épis sans faîtage , présente-t-il. Une maquette au 1/8e en épicéa qu’il a travaillée pendant près de 150 heures sur son temps libre. Elle a fait l’admiration de son professeur de charpente et des jurys successifs des trois étapes du concours. En national, il a fait partie des 15 meilleurs sur 90. Aussi, l’entreprise Le Bras frères, qui gère la partie charpente de la réhabilitation de Notre-Dame de Paris, et à l’affût des meilleurs, a craqué pour la réussite de l’œuvre de Fadi.

Sept heures de français par jour à Berthelot

L’apprenti est arrivé en France, venu d’Irak avec sa famille. Il ne parlait pas un mot de français. Il entre au collège Berthelot pour suivre le cycle de l’EPE2A, classe pour les élèves allophones qui arrivent en France. En 3e, il réussit son Brevet des collèges. Il faut dire que le travail ne lui fait pas peur ; J’ai un devoir à rendre à la France pour ce que le pays fait pour nous. Sans compter qu’il a toujours bossé. À 12 ans, en Irak, il faisait plein de petits boulots, comme serveur dans un café. Je prenais tout ce que je trouvais pour gagner un peu d’argent , confie le jeune homme, dans un français parfait.”

À Paris, ce sera comme à Trangé

Fadi, qui ambitionnait de devenir sapeur-pompier, se tourne finalement vers la charpente, « après avoir fait le tour des ateliers » du lycée Funay. Un heureux hasard, pour celui qui réalise son apprentissage chez Cador Papin, une entreprise d’ossatures en bois et charpente, basée à Trangé. « C’est très complémentaire de ce que j’ai appris au lycée. Et j’aime travailler avec Antoine et Corentin, mes deux collègues. C’est important pour moi et à Paris, ce sera pareil. »

Sa pièce en épicéa vaut de l’or… Et lui permet de participer au chantier de Notre-Dame de Paris.

Fadi a déjà idée du travail qui l’attend dans la capitale. Une charpente à l’ancienne avec des plans d’autrefois. Du tout fait à la main et à la hache et entièrement réalisé avec du chêne, un bois très lourd. Il grimpera sur un échafaudage de plus de 1 000 tonnes. Il faut dire que le métier de charpentier est très physique. Il faut être manuel et matheux, car il faut transformer tous les plans avec des calculs. On nous donne un plan et nous n’avons pas tous les codes, il faut savoir les transformer. Avant de faire ce métier, je ne croyais d’ailleurs pas que j’étais bon en maths. Bon en langues, en maths, en charpente ? Il sourit car malgré sa grande simplicité et une sagesse surprenante. Il reconnaît une certaine fierté. Un chantier comme celui-là, c’est le rêve de tous les charpentiers.

Dans un dortoir chez les Picpuciens

Aujourd’hui, il prépare son contrat avec l’entreprise Le Bras frères, qui compte 300 salariés. Je dirais que c’est une famille quand ils me parlent. Le chantier débutera en octobre 2022 si tout va bien. En attendant, comme il est en vacances, il a demandé à son patron de Trangé de le garder jusqu’à cette date. Pour ne pas perdre la main !

Fadi (au centre) entouré d’Antoine Dumé et Corentin Jeudon, salariés qui ont fait leurs études au lycée Funay et médaillés aussi des Meilleurs apprentis de France.

À Paris, Fadi a prévu de circuler à trottinette électrique. Il occupera une chambre au sein de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie, dégotée grâce à des connaissances. Il sera chez les frères appelés Picpuciens, qui vivent rue Picpus. « Je dormirai dans un dortoir avec d’autres personnes, je suis heureux, car je n’aime pas la solitude, reconnaît-il. Je paierai un petit quelque chose, achèterai un peu de produit et je pourrai rendre des services de bricolage, par exemple. » Sacré Fadi, à qui la vie sourit.

Ouest-France