Le Mans : « Je m’appelle Ousmane, j’ai des CAP en maçonnerie et menuiserie aluminium, je veux rester vivre ici »

Ousmane II Keyra, 19 ans, est installé au Mans depuis trois ans. Le jeune homme est né en Guinée. Il a quitté son pays d’origine il y a maintenant cinq ans. Diplômé, apprécié de ses patrons et disposant d’une promesse d’embauche, il risque aujourd’hui l’expulsion. La préfecture de la Sarthe refuse de lui délivrer un titre de séjour. Il a quitté la Guinée pour rejoindre l’Europe et fuir une situation trop douloureuse ​pour qu’il accepte d’en parler. Témoignage.

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Le sportif a obtenu deux CAP, en maçonnerie et en menuiserie au lycée Funay du Mans.

Le jeune Guinéen est arrivé il y a trois ans au Mans. Il y a passé avec succès des diplômes. Su se faire apprécier de ses patrons. L’un est prêt à le prendre en apprentissage. Mais on lui refuse un titre de séjour. Ousmane est menacé d’expulsion. On lui reproche un vice de forme et son âge est remis en cause. Il trouvera finalement un foyer chez Dominique Levillain, militante associative, et son conjoint Pierre Guillotin. Cela fait trois ans qu’il vit chez eux.

Sur les réseaux sociaux, le jeune Guinéen se raconte avec des mots simples. Il explique se sentir français ​et ne pas comprendre pourquoi la préfecture de la Sarthe ne lui a pas accordé de titre de séjour, qui lui aurait permis d’entamer son apprentissage. En France depuis trois ans, Ousmane a créé un réseau large et solide qui manifeste aujourd’hui son soutien face à l’obligation de quitter le territoire français ​qui signifie pour lui un retour en Guinée. Ce qu’il ne souhaite pas.

Vêtu de son survêtement bleu marine aux couleurs de l’USN de Spay, Ousmane Keyra tient serré dans ses mains son dossier. Sa carte d’identité consulaire délivrée par l’ambassade de Guinée en France. Ses bulletins de notes aux commentaires élogieux de ses profs du lycée Funay-Boucher au Mans.

Ce jeune homme de 20 ans est arrivé en France il y a trois ans après un périple de deux ans. Il a aussi obtenu une promesse d’embauche auprès de Vincent Masson, patron des Ateliers Dabin, à Sablé-sur-Sarthe. Ne lui manque que son titre de séjour pour pouvoir entamer son apprentissage de deux ans. Et… la froide lettre de la préfecture lui signifiant son obligation de quitter le territoire français (OQTF). Autrement dit l’expulsion.

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Grâce à l’aide juridictionnelle, Ousmane a pu lancer un recours contre la procédure d’expulsion reçue après ses demandes de titre de séjour. Ousmane, galvanisé par les nombreux messages de soutien, espère obtenir gain de cause.

Il décrit son objectif de vie en quelques mots : “Je voudrais juste vivre en France parce qu’ici je me sens en sécurité, et que je peux réaliser mes rêves : être indépendant, travailler, payer mes impôts, être comme tout le monde, fonder une famille un jour“.

Son regard se voile quand il évoque les raisons de son départ. Je préfère juste dire que c’est parce que j’avais des problèmes familiaux. C’est trop douloureux d’expliquer tout ça. Cela me fait de la peine. Je préfère vivre sans rien ici que devoir retourner là-bas​, assure-t-il avec une détermination soudaine.

C’est donc à la suite de son parcours qu’il faut s’attacher. Il a rejoint le Mali puis l’Algérie et la Libye. Comme beaucoup de migrants, il est resté un moment à Tripoli. “J’ai été rusé. Je travaillais pour un monsieur mais il ne me payait pas. Un jour, il m’a dit de préparer mes affaires. Je me suis retrouvé à bord d’un canot pneumatique direction l’Europe“​, raconte ce dernier. Il débarque en Italie.

Puis, il poursuit jusqu’en France. Il a pris le train à Nice et est descendu au Mans. Ousmane n’avait plus rien.

“J’avais faim et soif”

Il est pris en charge par l’association Réseau éducation sans frontière qui le présente à l’Aide sociale à l’enfance.

C’est contre cette expulsion que se battent sa famille d’accueil, ses copains d’entraînement et tout le club de Spay. Ce dimanche matin, tous se sont prêtés au jeu des photos et des vidéos pour montrer leur soutien à l’un des leurs qui est en danger​. On voit sa détresse alors on lui montre qu’on est là. On l’accompagne​, témoigne Alexandre, son coéquipier.

Une pétition en ligne dès lundi

Spay, dimanche 7 février 2021. Tout le club de football de Spay soutient Ousmane dans son combat pour être régularisé.

Ousmane n’en revient pas. “Je n’ai pas de mot. C’est beaucoup tout ça. Je suis entouré et ça me touche énormément​”, souffle ce dernier, les larmes aux yeux. Visiblement ému, il retourne vite taper le ballon sur le terrain. Alexandre fait partie de ceux qui ont accompagné Ousmane dès le départ. Il s’est confié sur son histoire. “Je sais qu’il a risqué sa vie pour arriver ici. Il fait tout pour s’intégrer. Je l’ai aidé à monter son dossier pour la préfecture. J’ai lu les bulletins de notes, les lettres de recommandation. Au club, il entraîne les petits. Selon ma logique, on devrait obtenir gain de cause“​, affirme-t-il.

Ousmane aime tellement le foot qu’il y passe aussi ses mercredis et ses samedis avec l’équipe des U9. “Je suis éducateur. Je leur apprends les techniques, comment se placer sur le terrain, comment rester en forme“.

Il met aussi un point d’honneur à leur transmettre l’esprit collectif du jeu. Ousmane est apprécié des enfants et des parents. Il est bienveillant. Quand il joue, il respecte les règles et l’arbitre. Il est là pour faire son match. Je dirais que c’est une force tranquille et surtout foncièrement gentil“​, affirme Hervé Lemeunier, président du club.

Le responsable rappelle que ce sont ses amis entraîneurs et coéquipiers qui ont fait part des difficultés du jeune joueur. Il est discret. Au départ, les papiers tout ça, ça ne nous regardait pas car on fait jouer tout le monde. Le sport est un vecteur d’intégration sociale. Mais la résonance de son problème a montré à quel point les gens sont touchés par son histoire et à quel point il vaut la peine qu’on se bouge​, ajoute-t-il.

Ce dernier a créé une pétition, qui sera en ligne sur Change.org dès lundi 8 février, avec un autre ami, Charly. Ils se sont mis en relation avec Stéphane Ravacley, boulanger de Besançon qui a fait une grève de la faim pour dénoncer la menace d’expulsion de Laye Fodé Traoré, son apprenti. Ce dernier a été naturalisé français depuis.

Frédéric Michiels, vice-président du club, a de nouveau assuré que l’USN Spay ferait tout ce qu’il peut pour aider son licencié. Cela fait partie de notre rôle social en tant qu’association​.

Ouest-France