Le Monténégro appelle l’UE à l’aide pour rembourser son autoroute chinoise (MàJ)

17/04/2021

Le Monténégro, bientôt un confetti chinois? Incapable de rembourser la première échéance d’un prêt octroyé par la Chine, le pays pourrait être obligé de céder une partie de son territoire à Pékin.

Le Monténégro, ses plages de rêves, ses canyons vertigineux, ses villages médiévaux… et son autoroute. Plus précisément, une portion de 41 kilomètres qui doit relier la côte adriatique du pays, très touristique, à la Serbie voisine. Mais ce coûteux projet pourrait bien faire tomber le pays dans les griffes chinoises…

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16/04/2021

Le vice-premier ministre affirme qu’il est « impossible de rembourser » un prêt de 800 millions d’euros contracté à la China Exim Bank

Une quarantaine de kilomètres d’autoroute hors de prix dans un des paysages les plus accidentés et les plus magnifiques d’Europe sont brutalement devenus un enjeu géopolitique majeur entre l’Union européenne (UE) et la Chine. Toujours en construction au cœur du Monténégro, petit pays des Balkans candidat à l’adhésion à l’UE, une section de l’axe devant – à terme – relier la côte méditerranéenne touristique à la Serbie, au nord, en passant par la capitale, Podgorica, « place notre pays dans une situation très difficile », alerte, dans un entretien au Monde réalisé mercredi 14 avril, le vice-premier ministre monténégrin, Dritan Abazovic. Celui-ci demande « un arrangement financier » à Bruxelles pour l’aider à rembourser le crédit de 800 millions d’euros contracté en 2014 par le gouvernement précédent auprès d’une banque chinoise.

« Nous sommes un petit pays de 600 000 habitants assez pauvre et très dépendant du tourisme. Pour nous, il est impossible de rembourser cet argent vu la situation actuelle due au Covid. La dernière saison a été perdue et nous ne savons pas comment sera la prochaine », explique cet ancien activiste anticorruption de 35 ans, devenu subitement vice-premier en décembre 2020 à la faveur d’une coalition inédite et fragile ralliant son parti pro-européen et des formations pro-serbes, pour renverser le parti de Milo Djukanovic, l’homme fort du Monténégro depuis son indépendance, en 2006 […].

«26 millions d’euros par kilomètre»

En raison de la récession consécutive à l’épidémie, l’endettement du Monténégro a atteint 104,8 % du PIB en 2020. Environ un quart de cette dette est détenu par la Chine, depuis que M. Djukanovic a signé avec la banque China Exim Bank un accord pour financer cette section d’autoroute. Selon le modèle classique des projets financés par Pékin, la construction a été confiée à la China Road and Bridge Corporation, une entreprise d’Etat chinoise, et réalisée en grande partie par des travailleurs chinois. Le chantier a pris du retard et ne devrait pas être fini avant fin 2021, mais le contrat prévoit que le Monténégro commence à rembourser dès juillet prochain, avec environ 66 millions d’euros d’échéance annuelle pendant les quatorze prochaines années.

Même s’il reconnaît que cela est en partie dû à la nature géologique du parcours, par ailleurs environnementalement très contesté parce qu’il passe par la sublime vallée de la Tara, « nous aurons une des autoroutes les plus chères du monde, à 26 millions d’euros par kilomètre », dénonce M. Abazovic. « Aucune des dates de fin de chantier prévues n’a été respectée, mais les Chinois nous disent que c’est de notre faute car on n’aurait pas donné toutes les autorisations », assure-t-il. Selon M. Abazovic, l’accord prévoit que la Chine puisse demander le remboursement immédiat du crédit à n’importe quel moment, demander des terres en compensation en cas de défaut, et fait de la justice chinoise la seule instance d’arbitrage en cas de conflit. « L’ancien gouvernement était vraiment irresponsable et maintenant nous devons payer pour ces mauvaises décisions. »
Lundi 12 avril, la Commission européenne a très prudemment répondu à cet appel à l’aide. « L’UE est déjà le premier fournisseur d’aide financière au Monténégro, le premier investisseur et le premier partenaire commercial », mais « nous ne remboursons pas les prêts que [le Monténégro] contracte auprès de tiers », a affirmé Peter Stano, porte-parole de la Commission européenne. Les institutions européennes, et notamment la Banque européenne d’investissement, se sont toujours opposées dans le passé à ce projet d’autoroute jugé impossible à rentabiliser.

« Un malentendu »

Face à ce refus, M. Abazovic ne désespère pas et évoque un « malentendu ». « Nous ne demandons pas un don, mais un arrangement financier pour étaler et diversifier notre endettement. On a peut-être besoin de 500 millions d’euros. Ce n’est pas grand-chose pour l’Union européenne mais cela nous laissera le temps de stabiliser notre situation financière et c’est en ligne avec sa politique étrangère », affirme-t-il, alors que l’Europe s’inquiète de plus en plus ouvertement de l’influence chinoise dans les Balkans dans le cadre de la politique dite des « routes de la soie » menée par Xi Jinping […].

Le ton est d’ailleurs un peu différent à Paris, où le ministre des affaires étrangères monténégrin est attendu prochainement pour discuter, notamment, du sujet. Clément Beaune, secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, a évoqué la nécessité de « trouver un soutien européen » pour « réduire la dépendance envers la Chine dans les Balkans ». « Les discussions ne sont pas fermées, on y travaille avec la Banque européenne d’investissement, la ligne rouge est de ne pas rembourser nous-mêmes les Chinois », assure-t-il au Monde.

De son côté, l’ambassade de Chine au Monténégro défend son projet face aux critiques en rappelant sur son site que « le taux d’intérêt des prêts n’est que de 2 % » . « Ils n’intègrent aucun motif géopolitique » ni « condition politique », et « ne posent aucune menace pour la sécurité » , ajoute-t-elle, en promettant que « l’investissement de la Chine dans les Balkans occidentaux est de nature (…) à aider les pays de la région à rejoindre l’UE » …

Le Monde