Le mouvement woke : derrière l’indigence de la pensée, le totalitarisme

Les projets woke conduisent à une coercition étatique sans précédent que le seul mot qui convienne pour qualifier cette promesse d’avenir est : totalitarisme.

La radicalité politique a le vent en poupe. Les extrémistes d’aujourd’hui ne veulent plus de ce qualificatif dépréciatif. Le mot radical permet de laisser entendre aux insatisfaits que le changement sera profond. La politique ne pouvant pas grand-chose à elle seule, cette radicalité n’est qu’une illusion pour esprit manipulable. Mais la manipulation a pris une ampleur inédite avec internet.

Comme Janus, la radicalité a deux visages. Celui de l’extrême gauche regarde vers un avenir imaginaire et totalitaire (le wokisme), celui de l’extrême droite vers un passé mythifié (le souverainisme). Nous nous en tiendrons à la gauche radicale.

LE MOUVEMENT WOKE

À l’extrême gauche se situent l’intersectionnalité, le radicalisme, le décolonialisme, l’écologisme radical et le féminisme lui-même radical. Le terme anglo-saxon woke (du verbe to wake, se réveiller) est de plus en plus utilisé pour appréhender globalement cette nouvelle extrême gauche.

Comme toute extrême gauche qui se respecte, celle-ci explore notre réalité sociale en y cherchant les injustices. Selon la doxa en vigueur, elles sont cautionnées par les pouvoirs en place, qu’il s’agit donc de combattre. Les luttes politiques, voire révolutionnaires, sont un mantra de l’extrême gauche qui permet à ses recrues de donner un sens à leur vie.

Des mouvements politiques comme La France insoumise, Ensemble, Indigènes de la République, Europe Écologie Les Verts se rattachent en tout ou partie à cet amalgame contestataire. Les porte-paroles du la mouvance woke sont très peu connus du grand public. Citons Danièle Obono (LFI) ou Sandrine Rousseau (EELV) parmi les plus médiatiques.

Cette gauche radicale se place à l’échelle planétaire puisque la mondialisation l’impose. Ses réflexions plutôt fragiles proviennent d’universitaires occidentaux qui considèrent l’Occident dominateur comme l’ennemi à combattre. La domination est jugée complète et d’autant plus insupportable : scientifique, technique, économique, militaire. À l’intérieur des sociétés occidentales, l’analyse woke oppose dominés et dominants.

Il existe plusieurs types de dominations.

Les « racisés », immigrés venant en général des anciennes colonies occidentales, sont dominés par les Blancs. Nous sommes donc racistes sans le savoir. Ce racisme provient de relents encore actifs du colonialisme, qui plaçait les colonisés en situation inférieure.

Les femmes sont dominées par les hommes car le patriarcat subsiste malgré l’égalité juridique hommes-femmes. Le « mâle blanc » en situation de pouvoir (cadre, dirigeant) est le dominateur type. Les femmes voilées provenant de l’immigration doivent impérativement être défendues car elles appartiennent à maints égards à la catégorie des dominées.

Le djihad islamique est une révolte des dominés contre les abominables dominateurs occidentaux. On a souvent utilisé le terme islamogauchisme.

Il faut ajouter à ce fatras un écologisme radical promettant le jardin d’Eden par la décroissance économique et la contrainte juridique.

UNE PENSÉE WOKE INDIGENTE

Ces quelques éléments de la nouvelle approche de la gauche radicale permettent d’appréhender ses simplismes. L’opposition dominants-dominés a remplacé l’ancienne opposition bourgeoisie-prolétariat de l’idéologie marxiste. Mais alors que Marx fondait ses réflexions sur une analyse économique approfondie de la société du XIXe siècle (Le Capital, critique de l’économie politique), le wokisme n’est qu’un agrégat d’observations sociologiques éparses exploitées par des activistes politiques.

Il n’y a pas d’idéologie woke car les idéologies sont mortes. Marx et Engels avaient une vision globale de l’histoire de l’humanité, très naïve vue du XXIe siècle, mais puissante vue du XIXe. Rien de tel aujourd’hui.

Il est totalement exclu que le wokisme débouche historiquement sur des réalités géopolitiques comme l’URSS, la Chine communiste, la guerre du Vietnam, pour ne citer que quelques exemples. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette pensée indigente a toutes les chances de rester marginale.

UNE ACTION PROMISE À L’ÉCHEC

En vérité, la gauche radicale actuelle reprend les recettes politiques en vigueur depuis le XIXe siècle. La principale est fondée sur l’envie, la convoitise. Dès que la croissance économique est devenue significative au début du XIXe siècle, le socialisme est né. Frédéric Bastiat l’indique souvent dans ses écrits. Le socialisme consiste à utiliser le pouvoir politique pour effectuer la redistribution des richesses.

Dans les démocraties, l’accession au pouvoir des socialistes repose sur une communication politique simple : « si vous m’élisez, j’utiliserai la violence légale pour prendre aux possédants et vous redistribuer cette manne ». Cette approche du politique a remarquablement fonctionné puisque les prélèvements obligatoires oscillent désormais entre 30 et 50 % du PIB dans les démocraties occidentales avec une progression constante des dépenses sociales.

La pseudo-idéologie intersectionnelle généralise le principe de l’action politique basée sur la convoitise. Elle propose une société très égalitaire obtenue par la coercition étatique, un multiculturalisme général, un écologisme radical et un égalitarisme hommes-femmes obsessionnel.

En simplifiant, le message est le suivant : « si vous m’élisez, les dominants historiques qui détiennent le pouvoir en seront chassés et c’est vous, dominés, qui serez au pouvoir par mon intermédiaire ». Mais alors que l’électorat visé par les socialistes était déterminable presque quantitativement (« je suis pauvre, donc j’obtiendrai davantage des socialistes »), le public visé par le wokisme est totalement hétéroclite.

On voit immédiatement que cela ne fonctionnera pas. Jouer sur la rapacité financière de l’être humain permet de déclencher un réflexe élémentaire : « si je vote pour elle ou lui, j’aurai plus d’argent ». C’est le socialisme. Mais instrumentaliser le goût du pouvoir ou même l’avènement du multiculturalisme, voire l’idyllique société écologiste, est beaucoup plus difficile. En touchant à des éléments non quantifiables, très vaporeux, la crédibilité de la promesse politicienne devient faible.

TOTALITARISME

Le capitalisme et le socialisme ont construit le monde occidental actuel, le premier par sa propension à l’innovation et son efficacité productive, le second par son tropisme égalitariste aboutissant à un interventionnisme public généralisé, en particulier en Europe.

La gauche radicale actuelle pourrait instiller le doute et le découragement dans la jeunesse, mais elle ne construira rien, du moins, espérons-le. Ses projets conduisent à une coercition étatique sans précédent et à une telle densité légale et réglementaire que le seul mot qui convienne pour qualifier cette promesse d’avenir est : totalitarisme.

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