“Le plus grand choc n’est pas climatique mais démographique”

Beaucoup de scientifiques estiment qu’un monde à 4 °C de réchauffement pourrait ne pas soutenir plus de 4 milliards d’habitants.
dpa Picture-Alliance via AFP

Il est antinomique de penser que le monde subit une crise écologique majeure et que la population va continuer à évoluer comme si de rien n’était. La démographie est un sujet « monumental, tectonique » pour reprendre les mots de l’ancien président Nicolas Sarkozy. En 1950, la planète comptait 2,5 milliards d’habitants, elle en compte aujourd’hui 7,9 milliards autrement dit, en soixante-dix ans, soit la vie d’un homme, la population a été multipliée par trois et l’estimation n’est pas rassurante avec en 2050 presque 9 milliards et pour la fin du siècle 11 milliards d’habitants.

Le fait de pointer du doigt ce trop-plein de démographie mondiale a tendance à gêner certaines idées de la bien-pensance qui tergiversent entre être moins nombreux et consommer plus, ou être plus nombreux et consommer moins. À l’aube du dernier rapport alarmiste du Giec où certaines idées fumeuses naissent sous la pancarte écologiste, d’autres axes sur notre société devraient être explorés.

Le plus grand choc n’est pas climatique mais démographique. Des crises climatiques, la Terre en a toujours connu a contrario du choc démographique que nous vivons. Beaucoup de scientifiques estiment qu’un monde à 4 °C de réchauffement pourrait ne pas soutenir plus de 4 milliards d’habitants.

« Réduire la population dans les pays riches aurait un effet important sur l’émission de gaz à effet de serre »

Dans un contexte environnemental actuel, la question de la surpopulation se drape d’un caractère résolument contemporain. Or, ses racines remontent loin dans le temps avec l’économiste et prêtre anglican britannique Thomas Malthus à la fin du XVIIIe siècle réfléchissant à cette question dans son Essai sur le principe de population en 1798. Tandis que l’Angleterre amorçait sa révolution industrielle, le pasteur craignait que la production de richesses ne suffise pas à supporter une croissance démographique exponentielle.

Thomas Malthus pensait que la population non maîtrisée finirait par se heurter à des régulateurs brutaux : famines, guerres et maladies. Autrement dit, Malthus démocratise l’idée que la multiplication des consommateurs favorise celle des déchets nuisibles. Cette logique conduit à dépeindre la baisse de la population comme un processus indispensable pour améliorer la qualité de l’environnement et diminuer les pollutions industrielles, dont les émissions de CO2.

FRAGILITÉ FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Le consensus scientifique admet que la grande majorité du poids écologique de l’humanité provient des pays riches qui ont souvent une faible fécondité, l’évolution de la population dans les pays pauvres ne changera pas grand-chose. Chez les populations du Nord, la démographie ne se questionne pas uniquement du point de vue de la natalité, mais également sur le vieillissement des populations. Ainsi, réduire la population dans les pays riches aurait un effet important sur l’émission de gaz à effet de serre. La grande difficulté est de savoir comment agir radicalement via quelle acceptabilité politique, quel résultat et quelle échéance.

Aujourd’hui, ce sont les pays d’Asie qui sont les plus gros émetteurs de CO2 utilisant leur droit à polluer. Il reste deux grands groupes de pays à faire leur transition démographique : l’Afrique intertropicale et certains pays du Moyen-Orient moins développés comme l’Irak, le Yémen, l’Afghanistan ou le Pakistan.

Dans cette perspective, ces pays sont les plus fragiles face au réchauffement climatique, et une population plus élevée amplifiera les difficultés. Pour exemple, le Sahel, souffre déjà de la combinaison du réchauffement climatique et de la pression démographique. Beaucoup de pays en cours de transition démographique manquent déjà d’eau, de production agricole, et dégradent rapidement leurs écosystèmes. L’écologie est un problème monde et non franco-européen, l’Afrique reste le continent le plus fragile économiquement, politiquement et écologiquement.

Alors que l’ONU publie les chiffres de la population mondiale sans véritable légitimité, il n’existe pas d’organisme international qui suit l’évolution de la population mondiale. Il faudrait le créer en posant les bases d’une évolution mondiale.

« Aider les pays émergents à réaliser leur transition démographique, prioritairement pour eux et leur environnement et non pour réduire le réchauffement climatique serait une solution à mettre en place. »

Selon certains, le fait d’avoir un enfant est de loin la pire chose à faire envers le climat. Ne pas donner la vie éviterait presque 60 tonnes de CO2 par an. Est-ce la solution de renoncer à avoir des enfants, et se culpabiliser pour ceux que l’on a déjà ? Répondre à l’affirmative à cette question revient à remettre en cause la vie.

EFFORT COLLECTIF

D’autres solutions peuvent être proposées comme de donner 6 milliards de dollars par an pour rendre la contraception largement disponible partout dans le monde, avec environ 20 millions de naissances en moins chaque année. Par exemple en Afrique, un quart des femmes souhaitent des moyens de contraception mais n’y ont pas accès. Aider les pays émergents à réaliser leur transition démographique, prioritairement pour eux et leur environnement et non pour réduire le réchauffement climatique serait une solution à mettre en place.

C’est d’autant plus intéressant que dans ces pays la réduction de la croissance démographique devrait aussi se traduire par un enrichissement, contrairement à la plupart des mesures écologiques dans les pays riches. L’idée est que l’Europe se réunisse avec l’Afrique pour décider d’investir dans un plan d’infrastructure essayant d’augmenter leur niveau de vie. En d’autres termes, il semble qu’il y ait corrélation entre le niveau de développement et l’explosion de la démographie.

« Il est très difficile de freiner la démographie liée à des sujets politiques et économiques »

L’idée n’est pas ici de faire de l’ingérence tendant à faire oublier les vrais problèmes. Pire, il serait injuste de « donner la patate chaude » aux pays du Sud afin d’oublier l’échec collectif des pays occidentaux à agir, laissant espérer une solution « en réduisant les autres » qui nous épargneraient tout sacrifice de notre confort ou de notre niveau de vie. L’ombre néocoloniale plane sur ce genre d’idée voulant gouverner les pays pauvres plutôt que de réduire notre train de vie en ne consommant pas plus, mais mieux. Ainsi, il est très difficile de freiner la démographie liée à des sujets politiques et économiques. Toucher au futur peut avoir une part de mystère, provoquant un futur insoupçonné.

Marianne