Le Puy-en-Velay (43) : Clap de fin judiciaire pour Véronique de Marconnay et Eric Durupt, “les parents de cœur” de l’apprenti-pâtre malien Madama Diawara, un clandestin toujours en cavale

Mardi 7 juin, Eric Durupt a comparu devant le tribunal correctionnel clermontois pour outrage à agent de police. Si le jugement rendu est un soulagement pour l’enseignant en histoire, « ce sera une victoire seulement lorsque tous les sans papiers seront régularisés dans le pays des Droits de l’Homme ».

La salle est comble. Beaucoup d’étudiants et de curieux sont là à assister aux 16 affaires qui défilent les unes après les autres au tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand en ce mardi 7 juin 2022. Parmi les dossiers empilés sur les tables, celui d’Eric Durupt. Si ce nom ne parle pas à grand monde dans ce morceau d’Auvergne, il résonne bien plus fort en Haute-Loire.

Pendant des mois, d’innombrables manifestations ont secoué la cité ponote pour que Madama Diawara, jeune garçon malien accueilli dans le foyer du professeur d’histoire et de sa compagne Véronique de Marconnay, obtienne enfin des papiers de régularisation.

Ce jour du mardi 9 mars 2021…

Des hauts, des bas, des angoisses et des espoirs, les années 2020 et 2021 sont ponctuées de sentiments contraires à chaque décision administrative. Cortèges à répétition, grève de la faim, médias locaux et nationaux, « l’affaire Madama » dépasse alors les frontières, enflammant réseaux et consciences. Et puis le 9 mars 2021, le couple est convoqué à Gerzat par la Police Aux Frontières « pour une simple vérification des papiers, rappelle Véronique de Marconnay. Une vérification qui s’est révélée en fait être un piège ».

« Nous étions dans une cellule à répondre au policier présent et Madama était dans une autre avec d’autres agents, décrit Véronique de Marconnay. À chaque question, nous apportions des réponses, des documents, des éclaircissements ». La gorge quelque peu étranglée, Eric Durupt ajoute : « Nous pensions vraiment revenir chez nous avec Madama une fois cet entretien terminé ».

« Et Madama ne sortait toujours pas »

« Pendant des heures, nous avons attendu que Madama sorte à son tour, partage Eric Durupt. Il faisait froid, il faisait nuit et il n’y avait presque personne avec nous si ce n’est deux amis qui bravaient le couvre feu du confinement et deux journalistes de France 3. Aucune communication n’émanait des policiers sur place. Et Madama ne sortait toujours pas ».

« J’ai cru mourir en l’instant »

Véronique de Marconnay relate alors la suite : « Vers 19 heures, le policier nous a fait signe de nous approcher. Il nous annonce alors que nous devions nous en aller tout de suite, que Madama était en route pour le CRA de Lyon (Centre de Rétention Administrative, Ndlr), qu’il avait reçu une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et qu’il allait bientôt retourner au Mali. Il a ajouté que nous serions bientôt convoqués pour faux et usage de faux et que nous serions poursuivis par le parquet ».

Le choc pour le couple. Un choc qui génère deux sortes de réaction. « J’ai été foudroyée sur place, tremble Véronique de Marconnay. Pendant un moment, je ne comprenais pas les propos du policier. Et puis j’ai fondu en larme ».

Pour Eric, c’est la colère qui s’empare de lui. « La tristesse m’a submergé et c’est vrai que j’ai insulté cet homme en face de moi. Cet homme qui me disait que je ne verrais plus jamais ce garçon que j’ai protégé, entretenu, éduqué pendant des années, ce fils de cœur que j’ai tant aimé et que je ne cesserai d’aimé. J’ai cru mourir en l’instant ».

« Cette condamnation était (…) un non sens par rapport à l’outrage »

L’agent de police insulté porte plainte. En CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) le 12 novembre 2021, un premier procureur suggère 500 euros d’amende, 1.000 euros de dommage au policier pour outrage à agent dépositaire de l’autorité publique et une inscription d’une condamnation sur la partie B2 du casier judiciaire d’Eric Durupt. « La CRPC permet d’éviter un passage au tribunal correctionnel, explique Véronique de Marconnay. Si on accepte la proposition de la CRPC, tout est terminé. Si on refuse, on repart au tribunal ».

Bien que les amendes sont acceptées, la mention B2 au casier judiciaire est inenvisageable pour le couple et leur avocat. « Cette inscription signifiait qu’Eric allait perdre son emploi d’enseignant, indique-t-elle. Cette condamnation était non seulement disproportionnée mais surtout un non sens par rapport à l’outrage ! »

Zoomdici

Communiqué de soutien à Eric DURUPT à l’occasion de son procès le 7 juin 2022

Ce communiqué a été publié le 04/06/2022

Le mardi 7 juin 2022 à 13h45, Eric Durupt doit comparaître devant le Tribunal Correctionnel de Clermont-Ferrand, afin d’y être jugé pour un délit d’outrage sur un représentant de l’autorité publique. On lui reproche des propos tenus sous le coup de l’émotion, à un moment où il se remettait difficilement de trois semaines de grève de la faim.

Les faits remontent au 9 mars 2021, au cœur d’une mobilisation importante en faveur de Madama, jeune Malien accueilli depuis près de deux ans par Eric et sa compagne Véronique de Marconnay. Madama, à qui le préfet de Haute-Loire refusait depuis des mois un titre de séjour. Le jeune Malien, convoqué par la Police Aux Frontières (PAF) de Gerzat pour donner des précisions sur ses papiers d’identité, se retrouve soudain pris au piège, immédiatement placé en garde à vue, interrogé pendant des heures, et pour finir, interné en CRA (Centre de Rétention Administrative). Après toute une journée d’attente devant le commissariat, après avoir subi eux aussi des heures d’interrogatoire, les deux parents de cœur ont dû encaisser brutalement la décision du préfet de lui délivrer une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et de l’expulser sans délai vers le Mali.

Cette mise en examen reflète un acharnement judiciaire contre nos deux camarades militant-es pour les droits des migrant-es, et une volonté de faire peur aux familles solidaires qui ouvrent leur porte à l’accueil de jeunes fuyant la misère, l’insécurité et la guerre.

Un acharnement qui s’est aussi traduit par une enquête préliminaire menée par la PAF contre le couple sur une supposée affaire de faux papiers en lien avec les deux jeunes qu’ils avaient accueillis chez eux ; en toute légalité, d’ailleurs, puisque les deux jeunes Maliens leur avaient été confiés par une Juge pour Enfants afin qu’ils puissent veiller sur eux jusqu’à leur majorité en tant que Tiers Dignes de Confiance. Ainsi, en septembre 2021 Eric et Véronique avaient tous deux fait l’objet d’une convocation par la PAF, d’une mise en garde à vue, d’un interrogatoire et d’une perquisition à leur domicile avec saisie du matériel informatique et de téléphone portable.

Une affaire sans fondement, qui a récemment été classée sans suite !

Depuis maintenant plus d’un an, ces deux militants de SUD Éducation subissent donc la répression de la part des autorités, pour punir ce qui ressemble fort à un «délit de solidarité». La sanction proposée pour l’auteur de l’outrage, lors de la comparution devant le procureur, semble tout a fait disproportionnée par rapport aux faits.

Par ce rassemblement nous entendons encore une fois dénoncer et condamner l’acharnement des autorités à l’encontre de deux militants.es. Nous estimons que l’État stigmatise la solidarité et l’engagement dont ont fait preuve Eric et Véronique, ainsi que tous les autres soutiens aux exilé.e.s. Nous dénonçons la violence de la politique migratoire de la France qui d’un côté ouvre ses portes à des réfugiés et d’un autre continue d’expulser sans aucune considération humanitaire sur des bases plus que contestables.

Nous appelons donc à un rassemblement militant de protestation devant le Tribunal Correctionnel, 16 Place de l’Étoile à Clermont-Ferrand, le mardi 7 juin à partir de 12 heures pour permettre à tous et à toutes de venir manifester leur soutien (repas partagé à apporter sur place).

Signataires :
– Sud Education 63/03, FSU 63, SNES Clermont, SNUIP 63, UD CGT 63, CGT Educ’action 63, Solidaires Auvergne, Sud Education 42 ;
– Collectif Intermittents et Précaires de la Haute-Loire (CIP 43), CGT 43, CGT Educ’action 43, Confédération Paysanne de Haute-Loire, FSU 43, Solidaires 43, Sud Education 43, UNSA 43, UNSA Education 43;
– RESF 43, Association pour la Promotion des Gens du Voyage (APGV 43), Comité de Soutien aux Opprimés de Brioude 43, Emmaüs 43, Ligue des Droits de l’Homme (LDH 43), Planning Familial 43, Action Catholique Ouvrière du Puy (ACO 43), la
Sosta, Secours Catholique 43 ;
– RESF 63, Ligue des Droits de l’Homme Clermont (LDH 63), Ligue des Droits de l’Homme Billom, Cimade 63, Association France Palestine Solidarité 63 (AFPS 63), Libre pensée 63, Attac 63, Droit au Logement 63 (DAL 63), Sauxillanges Entraide et Soutien aux Migrant-es (SESAME);
– La France Insoumise 43 (LFI 43), Front de Gauche – Brioude l’Humain d’Abord, Génération.s 43, PCF 43, Union Communiste Libertaire 43 (UCL 43), France Insoumise 63, NPA 63, Union Communiste Libertaire Clermont, Union Communiste
Libertaire Livradois-Forez.