Le Puy-en-Velay (43) : En grève de la faim depuis un jour, un couple d’enseignants se bat pour obtenir un titre de séjour à Madama, un jeune pâtre migrant malien

Madama Diawara, un jeune Malien arrivé mineur en Haute-Loire, aujourd’hui majeur, est dans l’attente d’un titre de séjour pour débuter des études agricoles. Sa famille d’accueil et ses maîtres d’apprentissage montent au créneau et fustigent les services de la préfecture.

Madama Diawara a traversé le désert et la mer sur un rafiot en quête d’une vie meilleure. Il est arrivé en France en septembre 2018. Depuis, il enchaîne les obstacles. Les différentes étapes qui doivent mener à une éventuelle régularisation de sa situation sont semées d’embûches. Confié à une famille d’accueil, il vit “dans une situation psychologique difficile alors qu’il a démontré sa volonté de s’insérer“, indiquent Véronique de Marconnay et Eric Durupt, un couple d’enseignants qui héberge le jeune homme depuis deux ans.

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La famille d’accueil est en conflit avec la préfecture. “On fabrique délibérément des clandestins“, s’offusque Eric Durupt, prêt depuis plusieurs semaines à entamer une grève de la faim. Alors qu’il n’avait jamais été à l’école, qu’il n’avait jamais appris à lire ou à écrire, Madama Diawara tente d’avancer. “Il a une scolarité difficile forcément mais il s’accroche, il est motivé“, assurent les deux enseignants qui l’accompagnent.

Des agriculteurs prêts à l’engager

Après un premier échec dans un apprentissage en charcuterie, Madama a semble-t-il trouvé sa voie. Inscrit à l’ISVT, il a trouvé des patrons pour un apprentissage dans l’agriculture au sein de l’exploitation de Jean-Louis et Martine Vigouroux à Saint-Geneys-près-Saint-Paulien. Des employeurs qui s’accrochent à vouloir recruter le jeune Malien.

Madama coche toutes les cases. Il a fait plusieurs stages chez nous et il se montre très intéressé par les cultures, les animaux. C’est le gars qu’il nous faut. Lui au moins ne nous demande pas la puissance de nos tracteurs, il a un profond respect pour le monde animal et veut comprendre le monde rural“, argumentent le couple d’agriculteurs.

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Une grève de la faim entamée

Véronique de Marconnay et Eric Durupt, lequel a effectivement entamé sa grève de la faim ce week-end, ne comprennent pas l’absence de réponse de la part de la préfecture. “On en a assez d’attendre, on est en colère. On demande aux migrants d’être bons, d’être excellents. On leur demande de faire en quelques mois ce qui en fait en dix ans pour un Français. On lui demande des papiers d’identité alors qu’ils savent très bien que les registres ne sont pas tenus à jour dans les villages de la brousse, ou n’existent pas. On lui demande l’impossible à Madama.

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Une pétition en ligne a été créée.

La réponse de la préfecture sur ce dossier

Nous avons sollicité la préfecture de Haute-Loire qui indique que “le préfet de la Haute-Loire ne régularise pas, à ce jour, la situation de M. Diawara, qui a présenté des faux papiers d’identité à la préfecture. Évalué par les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental de la Haute-Loire, il a fait l’objet d’un refus de prise en charge, sa minorité n’étant pas reconnue. Le juge des enfants l’a confié à des tiers jusqu’à sa majorité alléguée, sans toutefois se prononcer sur l’authenticité des documents d’état civil sensés confirmer l’âge de l’intéressé“.

Pour recevoir un titre de séjour, des documents d’identité ont été demandés au garçon, lequel a sollicité sa mère au Mali. M. Diawara a fourni deux extraits d’acte de naissance, qui lui ont été envoyés par sa mère, qui réside toujours au Mali. Ces documents ont été expertisés par les services de la police aux frontières, et se sont avérés présenter des traces de falsifications.

Un avis pour “faux document volé vierge” a été émis à leur égard. Dans ces conditions, rien ne permet d’établir l’identité de M. Diawara, ni que ce dernier était effectivement mineur lorsqu’il a été confié à des tiers dignes de confiance. En outre, l’intéressé a admis que toute sa famille réside au Mali et qu’il est très régulièrement en contact avec sa mère.

La préfecture poursuit : “Ainsi, l’intéressé ne remplit pas les conditions de délivrance d’un titre de séjour sur les fondements légaux, quand bien même il fait preuve d’application dans le suivi de sa formation à l’Institut des Sciences de la Vie et de la Terre (ISVT). Dans l’attente de la production de documents d’état civil authentiques, M. Diawara sera convoqué en préfecture pour se voir proposer le bénéfice d’une aide au retour volontaire et à la réinsertion, qui lui permettra de regagner son pays d’origine dans les meilleures conditions et d’y bénéficier d’un accompagnement dans ses recherches d’emploi ou ses démarches de création d’entreprise, en lien avec la représentation de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) au Mali.

A défaut de production de documents d’identité authentiques et en cas de refus du bénéfice de l’aide au retour volontaire, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sera notifiée. M. Diawara pourra solliciter, une fois qu’il aura regagné son pays d’origine, la délivrance d’un visa afin de rentrer en France pour y exercer, légalement, une activité professionnelle. La délivrance de ce visa sera notamment soumise à la production d’un passeport et de documents d’état civil authentiques.”

La Commère 43