Le radar «Méduse» va flasher les deux-roues trop bruyants

Dépités par la décision d’Emmanuel Macron de différer le contrôle technique obligatoire des deux-roues, les associations antibruit saluent l’arrivée de nouveaux radars destinés à verbaliser les engins qui font trop monter les décibels.

C’est une jolie route forestière, sinueuse à souhait, connue de tous les motards franciliens au cœur de la vallée de Chevreuse (Yvelines). La « route des 17 tournants » voit défiler tous les week-ends et jours fériés une armada de pilotes qui viennent y faire vrombir leurs engins. Au grand dam des riverains qui ne supportent plus le vacarme des grosses cylindrées. C’est sur cette route qu’un nouveau radar acoustique, baptisé Méduse, a fait son apparition il y a quelques mois.

Objectif : mesurer les décibels au passage des motards et déterminer quel engin dépasse les normes. Pour l’heure, ce radar ne fait que « voir le bruit » comme l’explique l’organisme Bruitparif, qui l’a conçu. Mais dès l’automne, une expérimentation sera menée dans huit agglomérations françaises mobilisées contre les nuisances sonores des deux roues pour transformer cette antenne dotée de microphones en un radar capable de verbaliser les conducteurs trop bruyants.”

Qu’est-ce que le radar «Méduse», ce dispositif qui va flasher les deux-roues trop bruyants ?

Des verbalisations, mais pas avant 2022

Plusieurs communes se sont portées candidates pour tester ce nouveau dispositif : Paris, Nice (Alpes-Maritimes), Toulouse (Haute-Garonne), Bron (Rhône), Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne), Saint-Lambert (Yvelines) et Saint-Forget (Yvelines). C’est dans cette dernière commune qu’un radar méduse de Bruitparif a été installé il y a quelques mois le long de la route des « dix sept tournants ».

« Un seuil maximum de décibels sera fixé par décret pour déterminer à quel niveau il convient de sanctionner un conducteur qui fait trop de bruit », explique la directrice de Bruitparif Fanny Mietlicki. L’idée est de coupler ensuite le radar acoustique à un lecteur automatisé de plaques d’immatriculation pour photographier le véhicule bruyant et dresser un PV. D’après une étude commandée par Bruitparif auprès de la population francilienne, 87 % des habitants d’Île-de-France sont favorables à un renforcement des contrôles et des sanctions concernant les deux-roues motorisés qui émettent trop de décibels.

Si aucune verbalisation n’est prévue pendantles premières phases de tests, l’objectif est bien à terme de dresser des PV. Pas avant 2022, confie-t-on à Bruitparif. Les radars « Méduses » auront notamment vocation, selon Bruitparif, à « identifier et sanctionner les engins excessivement bruyants du fait d’une conduite en surrégime, d’une vitesse excessive, d’un débridage (NDLR : fréquemment effectué sur les cyclos de moins de 50 cm3 pour augmenter leur performance), de l’utilisation d’un pot d’échappement non homologué, modifié ou dont la chicane a été enlevée sur les motos. »

« Les gens ont beaucoup de mal à supporter ces bruits qu’ils considèrent comme inutiles », souligne Fanny Mietlicki. À Saint-Forget, une campagne de mesures effectuée le 8 juillet 2018 avait permis de mesurer de 210 à 520 pics de bruit générés par les deux roues motorisées. « Entendre à des kilomètres à la ronde passer un deux-roues dont le motard a volontairement modifié son pot pour faire plus de bruit, ça exaspère, souligne Franck Olivier Torro, porte-parole de l’association Ras le Scoot. Si ces radars de bruit sont installés un peu partout en France, nous sommes persuadés qu’ils auront un réel impact sur les nuisances sonores. »

« Depuis Brégançon, Macron ne doit pas être trop affecté par le bruit des deux-roues »

Le militant associatif tient d’autant plus au déploiement de ces radars acoustiques qu’il misait beaucoup sur l’instauration d’un contrôle technique obligatoire des deux roues pour mettre en sourdine les engins trop bruyants. Or, le président de la République a décidé jeudi de suspendre le décret – signé la veille par le Premier ministre – instaurant cet examen obligatoire des motos et autres scooters. « Depuis son fort de Brégançon, Emmanuel Macron ne doit pas être trop affecté par le bruit des deux-roues », ironisait Franck-Olivier Torro jeudi quand il a appris ce revirement de l’Élysée.

Sans surprise, la Fédération française des motards en colère (FFMC) s’en est, elle, félicitée et voit d’un mauvais œil la généralisation des radars de bruit le long des routes : « Quid des motos sorties d’usine qui font un peu trop de bruit ou des groupes de motards qui passeront tous en même temps devant ce radar ? » s’interroge la coordinatrice du bureau national de la FFMC, Céline Aubrun.

Le Parisien