Le Toulousain Jonathan Geffroy jugé à Paris : qui est cet ex-djihadiste qui a côtoyé Merah et les frères Clain ?

Le Toulousain Jonathan Geffroy est jugé à partir de ce lundi 16 janvier par la cour d’assises spéciale de Paris, aux côtés de son épouse et de sa mère. Cet ancien jihadiste a révélé de nombreuses informations depuis son interpellation il y a six ans.

Un jihadiste repenti qui se livre aux enquêteurs

Capturé début 2017 par l’Armée syrienne libre (ASL) tandis qu’il cherchait à fuir la Syrie avec sa femme et ses deux enfants (dont l’un né en Turquie en juin 2017 après l’interpellation du couple), remis aux autorités françaises en septembre de la même année, cet homme de 40 ans a beaucoup parlé aux enquêteurs. Il a révélé notamment que l’Etat Islamique envisageait d’envoyer des enfants-soldats – les “lionceaux du califat” – en Europe “pour y mener des opérations suicides”. Selon Jonathan Geffroy, l’EI avait également prévu de “semer la terreur dans les campagnes françaises” en commettant “de multiples meurtres isolés à la campagne”. L’EI souhaitait aussi “cibler une centrale nucléaire française”, a confié aux enquêteurs l’ex-jihadiste. Il a en outre livré les noms de dizaines de Français ayant rejoint l’organisation islamiste.

Une vision très rigoriste de l’islam

Jugé pour association de malfaiteurs terroriste (AMT), Jonathan Geffroy se présente aujourd’hui comme un “repenti”. Mais des rapports d’évaluation en prison notent qu’il adhère toujours “à une vision très rigoriste de l’islam, prônant la séparation des hommes et des femmes lors des fêtes et repas, préférant une femme portant le jilbab ou le niqab et n’écoutant pas d’autre musique que des anasheeds (chants religieux), la musique étant liée au plaisir”.

Jonathan Geffroy avait rejoint la Syrie et les rangs de l’EI en février 2015 avec sa femme marocaine Latifa Chadli, – qui comparaît libre sous contrôle judiciaire également pour AMT – et leur premier enfant, âgé alors seulement de deux mois, partie civile dans le procès de ses parents par l’intermédiaire de l’association SOS Victimes 93.

La mère de Jonathan Geffroy, Denise P., 59 ans, comparait également libre, sous contrôle judiciaire, pour “financement du terrorisme” après avoir envoyé plusieurs milliers d’euros à son fils quand il se trouvait en zone irako-syrienne.

Un ami d’Abdelkader Merah

Converti à l’islam en 2007, Jonathan Geffroy s’est rapidement radicalisé, effectuant un premier voyage en Egypte en 2008. À compter de cette date, il effectuera des séjours réguliers dans ce pays où il rencontrera notamment Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah – assassin, en 2012 à Toulouse et Montauban, de trois militaires, de trois enfants et un enseignant juifs. Au cours de ses auditions, Jonathan Geffroy a reconnu avoir brièvement hébergé Mohamed Merah lors d’un séjour en Egypte en 2010.

Malgré la naissance d’un enfant en novembre 2014, Jonathan Geffroy et sa première épouse Latifa Chadli rejoignent en février 2015 la Syrie où ils sont aussitôt pris en charge par l’EI. Jonathan Geffroy sert dans les rangs de la katiba (brigade) Anwar al-Awlaki, un détachement de l’EI regroupant quelques dizaines de Français dont les frères Jean-Michel et Fabien Clain, également originaires de Toulouse, deux responsables de la propagande de l’EI, qui revendiqueront notamment les attentats du 13 novembre 2015 en France.

Il combattra également à Ramadi en Irak dans les rangs de la katiba d’élite Tariq Ibn Zyad, brigade créée par Abdelilah Himich dont ont fait partie notamment les assaillants du Bataclan. Jonathan Geffroy qui aimerait “refaire sa vie” au Maroc où il envisage d’ouvrir “une boutique de lingerie” avec sa femme encourt 30 ans de réclusion criminelle. Latifa Chadli risque la même peine et Denise P. 10 ans de prison. Le procès est prévu jusqu’au 23 janvier.

La Dépêche