Le Ucclois Saïd Meer, roi de la boutonnière, devient fournisseur de la Cour : “dans ce métier, il faut se mettre à l’écoute”

Le tailleur ucclois recevra son brevet de fournisseur de la Cour le 17 mai prochain.

Le tailleur Saïd Meer a été nommé fournisseur de la Cour. Né au Bangladesh, l’artisan ucclois est passé par les grandes maisons avant de dérouler son mètre ruban au palais de Laeken. Les bottes secrètes de ce vaillant petit tailleur ? Patience et dévouement. “Regardez cette robe de mariée : elle a été abîmée dans l’incendie d’une entreprise de nettoyage. La dame qui est venue me trouver était très inquiète. Parce que le mariage se déroulait 4 jours plus tard !” Saïd Meer est formel : reproduire la même robe satinée, détacher les dentelles fleuries et perlées du bustier pour les recoudre sur le tissu neuf, tout ça en quatre jours, “c’est impossible ! Mais j’ai accepté parce que je ne dis jamais non”.

1 h 15 pour une boutonnière

C’est ce dévouement sans condition qui élève aujourd’hui l’artisan ucclois au rang de fournisseur breveté de la Cour de Belgique. “Dans ce métier, il faut se mettre à l’écoute”, confie le vaillant petit tailleur. “Parfois, il faut raccourcir une manche de veston de 2 millimètres.” Il détaille un vêtement accroché sur cintre, près d’une de ses machines. “Pour ça, on ne peut pas découper au bas de la manche, sinon les boutonnières sont décalées par rapport à celles de l’autre bras. Il faut donc tout démonter et retailler l’épaule.” La boutonnière, c’est justement la marque de fabrique de l’atelier de la chaussée de Waterloo.

Un savoir-faire “unique”, qui exige doigts de fée et patience de bénédictin. “D’abord, il faut couper le tissu. Puis bloquer tous les fils intérieurs. On pique plusieurs couches serrées en ligne pour que ça soit dur au toucher avant de terminer par une couche de finitions qui enrobe, pour le look.” Au total : 1 h 15 de travail par boutonnière, avec une aiguille minuscule, fine comme le cheveu. “Il faut beaucoup de patience. C’est sans doute pour ça qu’il y a si peu de vrais tailleurs.”

Ce savoir-faire exceptionnel, Saïd Meer l’a acquis au service des logos les plus prestigieux de la mode internationale. Mais son voyage jusqu’aux vestibules du Palais royal de Laeken commence au Bangladesh, son pays d’origine. Confortablement installé dans un fauteuil de sa boutique, il déroule le fil de sa vie. “L’école, c’était pas pour moi. Mon père m’a suggéré d’apprendre un métier qui pouvait me servir.” Adolescent, il se lance comme apprenti. “J’ai appris le métier de tailleur puis je suis parti dans les pays du Golfe.” Saïd fait ses armes au Qatar et au Koweït. “Mais je ne me plaisais pas là-bas.” Il gagne l’Europe et travaille “dans plusieurs grandes maisons”.

Manteau en cachemire

Le Bangladais s’établit en Belgique en 1995. C’est alors qu’il se fait remarquer par son talent. “À l’époque, les grandes marques faisaient très peu de pièces. Par exemple, un manteau en cachemire, on n’en trouvait qu’un ou deux”, raconte-il. “Un jour, l’atelier où je travaillais reçoit un manteau de ce type à réparer. Mon patron m’a demandé si j’en étais capable. J’y ai mis toute mon énergie.” Ce type de retouche devient la marque de fabrique de Saïd Meer. Et la boutique pour laquelle il officie lui confie les ajustements des griffes de luxe. Chanel, Dior, Armani, Boss, Vuitton ou Hermès défilent entre ses longs doigts, habiles à manipuler les aiguilles.

C’est alors qu’il a ses premiers contacts avec la famille royale, cliente de l’entreprise qui l’emploie. Il doit notamment reprendre des tenues de la reine Paola. Et petit à petit, la confiance s’établit avec nos têtes couronnées. “Je faisais l’essayage, je mettais les épingles. J’ai commencé à aller au château de Laeken pour prendre les mesures et assurer les retouches.” Lorsqu’il ouvre son affaire en 2003, Meer Couture poursuit ses allées-venues au palais. “Toute la famille” en appelle à son mètre-ruban. “Lorsque la Reine ou le Roi a besoin de moi, le secrétariat appelle et fixe un rendez-vous. Je reste entre 10 et 15 minutes, en fonction du nombre de pièces à retoucher. Ces essayages sont très réglés.”

En plus des retouches, Saïd Meer a créé sa propre griffe. L’Ucclois a même dessiné une robe pour la souveraine, portée en début d’année 2020 lors d’un voyage à New York. Il crée aussi un veston bleu marine pour le roi Philippe qui, paraît-il, apprécie beaucoup le type de vêtement sobre et élégant.

Siglée de ses initiales, la gamme est aussi appréciée de sa clientèle internationale. Notamment pour la qualité de ses tissus. “Robes de mariées, smokings, tailleurs, costumes, gilets, robes de soirées, etc. : tout est sur mesure. Mes tissus sont belges, français, italiens, anglais, etc.” Le prix est à l’avenant pour un service aussi luxueux que discret.

Une robe pour la Reine

C’est d’ailleurs l’humilité qui transparaît chez le souriant papa de trois fillettes. “Je n’ai jamais dit que je suis le tailleur du Roi et de la Reine mais maintenant, tout le monde le sait.” Saïd Meer assure qu’il a reçu beaucoup de félicitations de ses fidèles clients. “Certains me font confiance depuis si longtemps que je n’ai plus besoin de prendre leurs mesures : j’en ai fait des patrons.”

Ce qui tombe plutôt bien en ces temps troublés par le coronavirus. “Le contexte sanitaire ne permettait pas de recevoir les clients”, précise s’il le fallait encore le patron qui emploie sept personnes dans deux ateliers. “Je garde encore un peu de travail de mes partenaires du boulevard de Waterloo.” Ce calme exceptionnel lui permettra en tout cas de terminer dans les temps la robe crème qu’une mariée attend pour ce week-end.

DHnet